Inégalités : vers une balkanisation de l’Ile-de-France ?

Inégalités : vers une balkanisation de l’Ile-de-France ?

Paris Vox – Souvenez-vous, en septembre dernier, suite à la publication par l’INSEE d’une étude sur « Les niveaux de vie en 2013 », nous avions assisté à un de ces engouements médiatiques dont la presse a le secret : du Figaro à Libé en passant par le Monde, tous titraient fièrement « Les inégalités diminuent en France !». Bon nombre de politiciens de gauche en avaient alors profité pour se rengorger publiquement en 140 signes sur Twitter (« Pour la 1er fois depuis 2008 les inégalités se réduisent en France. Le plan de lutte contre la pauvreté doit encore monter en puissance. », « Enfin les inégalités diminuent en France ! #valeurs #gauche », …), établissant directement un lien de cause à effet entre ces brillants résultats et la politique fiscale menée par François Hollande depuis 2012.

Mais c’est un tout autre son de cloche qui nous parvient ce lundi 11 avril du Secours Catholique, par le truchement d’un rapport très étayé dont la conclusion est sans appel : les inégalités économiques, éducatives, sociologiques et sanitaires connaissent une progression significative et même inouïe en Ile-de-France ces dernières années.

Ile-de-France, région paradoxale s’il en est. Peuplée de 12 millions d’habitants, c’est la première région économique de France, et donc de loin la plus riche. Mais c’est aussi la région la plus inégalitaire, rassemblant à la fois les personnes les plus riches et les plus pauvres de notre pays, d’ailleurs sans que ces populations se croisent jamais. Certains lieux semblent en effet exonérés de toute forme de solidarité sociale : difficile d’imaginer loger un SDF dans un hôtel du 7ème arrondissement de Paris, ou construire un centre de réinsertion à Saint-Nom-la-Bretèche, et nous avons encore tous en tête les ruades des riverains du 16ème arrondissement contre un projet de centre d’hébergement. Premier enseignement, donc : la pauvreté se concentre inexorablement dans les lieux de pauvreté (sans surprise : la Seine-Saint-Denis, le nord-est de Paris, et une partie du Val-de-Marne), mettant en péril les grands équilibres qui participent au maintien de la paix civile dans la région.

En termes d’éducation, même topo. Le rapport conclut que « la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée en France que dans la plupart des autres pays de l’OCDE ; le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 » : belle réussite des réformes successives du système éducatif, et conséquence logique du processus de ghettoisation évoqué plus haut.
Chiffres clés :

20 % des ménages en Seine-Saint-Denis et dans les 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris disposent de moins de 990€ par mois par « unité de consommation » (contre 14 % en France métropolitaine), et la moitié des ménages pauvres franciliens (soit près de 900 000 personnes) vivent avec moins de 750€ par mois par UC.

Pour une moyenne de 17 % de personnes de plus de 15 ans sans diplôme en Ile-de-France la Seine-Saint-Denis se situe à 29 % alors que Paris est à 12 %.

En Seine-Saint-Denis, 37 % de la population n’a pas de diplôme dans les 10 communes les plus pauvres ; le ratio est de 30 % dans les communes les plus pauvres du Val-d’Oise. Le ratio dépasse 40 % dans 4 communes de ces deux départements.

On vit en moyenne deux ans plus vieux dans les Hauts-de-Seine qu’en Seine-Saint-Denis.

Le rapport du secours catholique :
http://www.secours-catholique.org/sites/scinternet/files/annexesfractureterritoriale2016.pdf

Le rapport de l’INSEE datant de septembre 2015 :
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1566#inter3

Fermer le menu

Chroniques
Une fin du monde sans importance