« Les nouveaux visages de la liberté scolaire »

« Les nouveaux visages de la liberté scolaire »

Paris Vox – Le mercredi 9 septembre se tenait la conférence de presse de rentrée de « Créer son école ». Fondée par Anne Coffinier en 2004, cette association se propose d’accompagner l’ouverture d’écoles libres en prodiguant des conseils juridiques et pédagogiques.

La fondation «  Créer son école  » confirme le dynamisme des écoles hors-contrat en France.

Anne Coffinier faisait sa rentrée au Lycée Autrement, dans le XVIe arrondissement de Paris.

L’évènement se déroulait dans un tout nouvel établissement qui, en plein XVIe arrondissement, fait le pari de la mixité sociale et de l’excellence académique. Chaque deuxième mercredi de septembre, la conférence de presse de rentrée se fixe deux objectifs  : recenser la création d’école hors-contrat et offrir des clés d’analyse des tendances en cours.

Depuis une quinzaine d’année, Anne Coffinier déploie une activité intense dans le domaine de l’éducation libre, qui permet à l’association d’assumer un rôle de vigie des plus probants. Ainsi, alors que la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), comptabilisait 34 ouvertures d’établissement, «  créer son école  » en recense 129  ! 129 nouveaux établissements, c’est cinq de plus qu’en 2019. On est loin des dix nouvelles créations d’école répertoriées par l’association balbutiante en 2005.

Pour prendre connaissance de ces évolutions, une centaine de journalistes  et de professionnels de l’enseignement avait fait le déplacement. L’épidémie de covid-19 semble ne pas être en mesure d’entraver la belle croissance des écoles libres. Les modalités plus strictes introduites par la loi Gatel (entrée en vigueur en mai 2018) en matière d’ouverture d’école hors-contrat n’ont pas davantage enrayé ce dynamisme.  

Le plus grand nombre d’écoles créées concerne le primaire. D’abord pour des raisons de praticabilité. Mais aussi parce que l’acquisition des fondamentaux est de moins en moins garantie par l’enseignement public et que les classes nombreuses rendent plus délicat le suivi individualisé de chaque enfant. L’ouverture d’un collège s’opère couramment comme le prolongement d’une école primaire. Côté lycée, la réforme du bac ne rend pas service au hors-contrat, notamment du fait de la multiplicité des options que ne peuvent assurer les petites structures.

Contrairement à une idée reçue, 80 % des nouvelles écoles sont aconfessionnelles. Parmi ces dernières, la tendance la plus dynamique concerne la pédagogie «  Montessori  ». Si le label garantit un certain lustre, il est parfois sacrifié à l’avantage d’une méthode mixte privilégiant l’instruction bilingue ou une spécialité qui fait la singularité de l’école.

Pourquoi un tel succès des écoles libres aconfessionnelles  ? Anne Coffinier évoque  : le suivi individualisé, les liens privilégiés avec le corps enseignant, la moindre taille des établissements ainsi qu’une pédagogie «  à la carte  » à rebours de l’égalitarisme niveleur qui prévaut dans le public.  

Parmi les écoles confessionnelles, le catholicisme accuse un net recul, de 18 % à 4,7 % entre 2019 et 2020, passant derrière les écoles musulmanes (8,5  % contre 6 % en 2019). Les écoles juives et protestantes font à peu près jeu égal à 3 %. L’analyse d’Anne Coffinier à l’égard du ralentissement de la création d’écoles catholiques renvoie à la précocité du hors-contrat chez les catholiques, qui pourrait avoir atteint sa maturité.

Dans un deuxième temps de la conférence de presse, les représentants de sept écoles libres ont pu présenter leur ligne pédagogique et se livrer à un échange de questions avec le public. Signalons par exemple l’école Montessori – Les Arches, établie dans le cadre enchanteur du château de Pontarmé, dans l’Oise. Les élèves suivent une pédagogie Montessori étoffée de l’enseignement du grec et du latin dès la 6e.

On le voit, le milieu éducatif en France connaît autant de renouvellement d’un côté que de remise en question de l’autre, et c’est tout le mérite de « Fonder son école » d’offrir aux bonnes volontés le soutien juridique, logistique et pédagogique de mener leur ambition à terme. Ce dessein est accompagné par deux structures complémentaires : l’association « Educ’France », qui joue un rôle de veille et de lobbying afin de « maximiser l’emploi de nos libertés », ainsi que la fondation Kairos « pour l’innovation éducative ». Aux côté de ces dernières, la fédération nationale de l’enseignement privé (FNEP) a permis d’appréhender la maturité et le professionnalisme de l’école libre en cette rentrée 2020.