Vu d’Autriche : « la question sanitaire prime »

Vu d’Autriche : « la question sanitaire prime »

Paris Vox – Karl Goschescheck anime le site Autriche-Matin, média francophone sur l’actualité autrichienne. Il nous apporte son éclairage sur la gestion de la crise sanitaire en Autriche.

Comment continuez vous à faire vivre l’information malgré la crise sanitaire actuellement ?

En fait, dans la mesure où en Autriche, nous sommes aussi confinés – au moins jusqu’au 13 avril – il n’est pratiquement pas possible d’aller faire des reportages ou des interviews. Par ailleurs, mes enfants ne vont logiquement pas à l’école qui n’accueille actuellement que les enfants dont les parents ne peuvent pas s’occuper ; ils sont donc à la maison toute la journée et il faut les occuper…

Pour le reste, il n’y a pas grand chose de changé, je me tiens informé des actualités autrichiennes et des pays limitrophes et produit des brèves sur ce qui me paraît le plus important. Le thème principal est actuellement en Autriche le même qu’en France et vraisemblablement dans toute l’Europe. Je suis en relation avec des collègues notamment à Budapest, Varsovie et Genève… et leurs préoccupations actuelles sont exactement les mêmes.

Quelle est la situation en Autriche et quelles décisions ont été prises par les autorités ?

À ce jour, nous avons 3244 cas confirmés en Autriche, soit une moyenne de 36,6 cas pour 100.000 habitants, ce qui est grosso modo le double de la France.

Les régions les plus touchées sont le Tyrol (85,3 cas pour 100.000 habitants) et le Vorarlberg, une petite région entre le Tyrol et la Suisse (66,2 cas pour 100.000 habitants), où les stations de sports d’hiver ont semble-t-il eu un effet démultiplicateur sur l’épidémie sur place, mais aussi dans d’autres pays d’Europe.

D’autres régions, comme la Carinthie (à la frontière italienne), le Burgenland (à la frontière hongroise) et la capitale Vienne sont encore peu touchées, mais cela pourrait ne pas durer.

Les autorités ont assez rapidement pris des mesures de confinement pour tout le pays qui semblent être assez bien acceptées et respectées par la population. Les personnes qui le peuvent, font du télétravail. L’ensemble des communes du Tyrol ont été placées en quarantaine – comme en Italie. Ces mesures vont durer jusqu’au 13 avril mais mon sentiment est qu’elles seront prolongées bien plus longtemps.

Comme tout cela va bien évidemment avoir des répercussions très néfastes sur l’économie, le gouvernement autrichien a déjà annoncé un plan d’aide de 38 milliards d’euros pour les PME, mais dans l’immédiat, de toute manière, c’est la question sanitaire qui prime bien évidemment. 

Quel regard portent les médias autrichiens sur la gestion de la crise en France ?

Les médias autrichiens sont actuellement essentiellement focalisés sur la situation intérieure et puis aussi sur l’Italie. On a certes évoqué les mesures prises en France, comme ailleurs en Europe, mais il n’y a véritablement de jugement, surtout dans la mesure où toute l’Europe semble pour cette fois vraiment à la même enseigne à quelques jours d’intervalles. En fait, tous les pays prennent à peu près les mêmes décisions et gèrent la situation de la manière semblable qui s’impose. 

Nous vous laissons conclure librement

À l’heure où les États ferment leurs frontières – j’étais à Budapest la semaine dernière et suis rentré plus tôt que prévu par crainte de ne plus pouvoir le faire pour un moment… – pour essayer de ralentir la progression du virus, on voit néanmoins que des élans de solidarité ont lieu : l’Allemagne et la Suisse accueillent par exemple des patients français pour alléger un peu le fardeau de l’Alsace, très touchée. L’Autriche va aussi fournir du matériel à l’Italie, etc. 

Il y aura aussi un après. Je crois que les pays européens se remettront plus rapidement de cette crise en mettant leurs forces en commun, et ce d’autant plus qu’ils auront traversé la même épreuve.