Football leaks : sport business et ère de l’image

Football leaks : sport business et ère de l’image

Paris Vox – Les multiples révélations de Médiapart issues des Football Leaks agitent la planète médiatique. L’équipe de Paris Vox propose un retour en plusieurs actes sur ce qu’est le sport business  afin de contextualiser ces révélations et les remettre à plat grâce à d’autres éléments.


Acte 1 : Sport business, l’ère de l’image

Notre ère serait celle de la communication et de la transparence. Le sport échappe cependant partiellement à cette règle, et l’opacité demeure assez présente sur des pans entiers de son économie. C’est pourquoi, dans ces conditions, il convient de ne pas toujours se fier aux images communément admises (« sport qui rassemble », « sport qui pacifie », sport qui échappe aux discrimantions… » etc…). Dans ce cadre, les « football-leaks » peuvent-elles tranformer les idoles de référence en parias, comme ce fût le cas, dans la musique, pour Bertrand Cantat, passé de génie artistique à horrible meurtrier ?

Alors que les entreprises sont désormais valorisées à la bourse en fonction de leur aura et non plus en fonction de leur capacité de vente dans l’économie réelle, il semble légitime de s’interroger.

Toute entreprise se doit de savoir gérer les risques. C’est le secret de la réussite : anticiper les problèmes. De plus, d’un secteur économique à l’autre, la sensibilité du sujet varie d’une entité à l’autre : un équipementier autos ne vendant pas directement au grand public sera moins sensible à son image qu’un vendeur de lessive ne le sera.

L’un des secteurs les plus sensibles à cette ère de la communication est le sport.

Quelques exemples

Lorsque le Qatar donne sa nationalité à un ensemble diversifiés de joueurs de handball, dans le but de créer, en réalité d’acheter, son équipe nationale, on se doute bien que ce n’est pas pour représenter une fulgurante passion de son peuple pour ce sport.

En revanche, l’image de marque qui est donné sert les intérêts de la nation pour le tourisme et encore davantage pour le degré de reconnaissance internationalle.

Et les sponsors 

Coca-Cola dépense 40 % de son chiffre d’affaires dans le marketing dont les 2/3 dans le sport, ce n’est pas pour rien. Mc Donald’s finance toutes les plus grandes compétitions mondiales, car cela lui permet d’accroitre ses revenus.

Ces entreprises ne sont pas des philanthropes.

C’est le cas également de la marque de boisson énergisante Red Bull qui copie son concurrent étasunien tout en se spécialisant sur les sports extrêmes. Avec l’explosion des réseaux sociaux, les activités atypiques ont une visibilité décuplée.

Quand on veut vendre, il faut tenter de toucher le plus grand nombre. Or, rien ne rassemble plus de consommateurs que les évènements sportifs. L’économie est devenue dépendante du sport. Mais, par effet miroir, le sport est devenu, lui aussi, dépendant des annonceurs…

Le sport professionnel, règne des enfants gâtés

Le sport professionnel traine souvent, auprès du grand public, une image de privilégiés, de sportifs trop payés (encore plus « pour ce qu’ils bossent »). C’est encore plus vrai pour les footballeurs professionnels car ils sont ceux qui génèrent le plus d’attention donc le plus d’argent dont ils prennent une belle partie.

Ce rejet un peu primaire a pu avoir un sens à une époque. Dans les années soixante-dix, la professionnalisation généralisée des joueurs et l’expansion de la télévision ont nécessité des moyens financiers supplémentaires dans les clubs. Le plus gros des recettes provenaient alors de la billetterie.

Cette escalade des besoins financanciers a même mené des présidents comme Roger Rocher à Saint Etienne ou Marcel Leclerc à Marseille à créer une double billetterie. Dans les années quatre-vingt, les mairies ont également mis de plus en plus d’argent public dans les clubs professionnels. Jusque-là le spectateur pouvait donc, légitimement, se plaindre que l’argent de ses loisirs ou celui de ses impôts soient ainsi dilapidés.

Mais, depuis, les choses ont énormément changé. L’argent n’a eu de cesse de prendre toujours plus de place dans le sport professionnel, mais c’est l’argent d’investisseurs privés, dont les annonceurs, qui est devenu la seule recette représentative. L’argent public a presque disparu des clubs professionnels, ce dont devrait se réjouir le contribuable. Cependant,  la privatisation du financement du football n’ a pas pour autant assuré la moralisation de celui-ci… C’est dans ce cadre qu’intervennent les désormais fameuses « football-leaks »….

A suivre, Acte 2 : remise en perspectives des révélations de Médiapart…
Fermer le menu