Théâtre : Brecht à la Comédie Française

Théâtre : Brecht à la Comédie Française

Paris Vox – La Résistible Ascension d’Arturo Ui entre au répertoire de la Comédie française. La pièce fut écrite en 1941 par un Brecht alors en exil en Finlande. Il voulait s’adresser aux états-uniens. D’où cette idée – censée séduire Brodway et ses films de gangsters – de transposer la montée du nazisme à Chicago au temps de la prohibition. Pourquoi pas. Mais ce parallèle qui structure la pièce de bout en bout a une conséquence idéologique très lourde : la réduction du totalitarisme nazi aux simples trafics d’une bande mafieuse.


C’est donc un contresens politique et philosophique majeur.  En 1960, Mauriac assista à la mise en scène de Vilar et écrivit : « Signée d’un autre nom, la pièce n’eût pas trouvé un directeur pour seulement la lire jusqu’au bout ». En 2018, rien n’a changé. Ou plutôt si : c’est pire.

Brecht voulait à la fois le « grand style » et le théâtre populaire. Mais le théâtre n’est plus populaire depuis longtemps (si tant est qu’il l’ait vraiment été sorti des foires). Quant au grand style, c’est raté. Le texte de Brecht et la mise en scène de K. Thalbach sont faux, lourdingues et conformistes.

D’abord faux. Nous venons de l’évoquer puisque le nazisme, en bonne doxa marxiste, n’est plus qu’un avatar mafieux du capitalisme.

Ensuite lourdingue. Les comédiens se présentent en costumes des principaux dirigeants nazis et retirent leur costume pour bien expliquer qui sera qui. Ainsi Hindenburg sera Hindsborough, Gori sera Göring, Roma sera Röhm, Gobbola sera Goebbel, et Dullfoot sera Dolfuss… Et, comme si cela ne suffisait pas, des panneaux explicatifs ( !) qui restent le temps qu’on puisse les lire, nous préviennent : vous allez assister à la corruption du vieil Hindenburg, à l’incendie du Reichstag, à la nuit des longs couteaux, l’assassinat du chancelier Dollfuss, à l’annexion de l’Autriche etc. Bref, de la pédagogie appuyée pour collégiens. L’unique décor est constitué par une grande toile d’araignée… qui symbolise la toile que le nazisme tisse sur la ville (brrr..). Le maquillage oscille entre le dictateur de Chaplin et le Joker de Batman (le théâtre doit s’inspirer du cinéma, c’est bien connu…). Le son est la plupart du temps étouffé ; la musique s’entend sans doute très bien en coulisse. Mais tout n’est pas brun dans cette pièce : les comédiens sont en général parfaits ; ils sont ce qu’on fait de mieux en France aujourd’hui (si ce n’est Bakary Sangaré qui, à son habitude, postillonne, joue trop vite et n’articule pas).

Enfin conformiste. Brecht et la mise en scène sont de bons petits soldats de la doxa antifasciste qui consiste à ramener à toute force le présent vers le passé. Ce qui est un bon moyen de ne rien comprendre au présent.  Ainsi, la conclusion de la pièce est célébrissime.  Mais le metteur en scène à juger pertinent de modifier la traduction. « La bête immonde »  – dont le ventre comme chacun sait est encore fécond gnagnaga… – devient ainsi une « vermine ». Bon. On suppose que c’est pour nous déshabituer de la formule ( ?). Mais si le ventre est toujours fécond alors il faut actualiser le texte par la mise en scène. Haha ! Que croyez-vous qu’ils firent ? Le Pen et Dieudonné pardi ! Hitler ponctue donc ses paroles des « n’est-ce pas » gutturaux à la manière des guignols de canal et se met à faire des quenelles… C’est bien connu Le Pen et Dieudonné veulent étendre l’espace vital de la France à l’est et en profiter pour anéantir les races slaves.

Faux, lourdingue, et conformiste : dignes des rebellions adolescentes propres aux « antifa » pour un public composé uniquement de bourgeois qui frétillent.