Les leçons de Notre-Dame des Landes …

Les leçons de Notre-Dame des Landes …

Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur la décision gouvernementale concernant Notre-Dame desLandes


Voilà, c’est donc fini et bien fini. Il n’y aura pas d’aéroport à Notre-Dame des Landes. C’est la fin de plus de cinquante ans d’un dossier projeté dès 1963, organisé dès 1972 et prévu dans les documents d’urbanisme en 1974, date à laquelle apparait d’ailleurs le fameux sigle ZAD, signifiant alors Zone d’Aménagement Différé, cette dernière ayant une vocation aéroportuaire. Le projet est donc définitivement enterré, là-dessus pas de doute. Et chacun de crier victoire. Les zadistes squatteurs fêtent dans la liesse « leur victoire », celle de l’action directe, de l’activisme populaire et alternatif, celle de l’écologie radicale, celle d’une opposition frontale qui paierait donc. Côté gouvernement, on se félicite d’avoir « décidé ». On communique à l’envie sur cette fermeté dans la décision publique, sur le retour d’un Etat et d’un chef de l’Etat qui sait quand il le faut trancher selon le principe de réalité. Et tout le monde ment, tout le monde ment éhontément. Les zadistes d’abord qui ont en réalité déjà perdu. Car ce sont les organisations paysannes qui ont en réalité organisé la lutte sur le terrain et soumis les troupes supplétives ultra-gauchistes à leurs règles. Pour des raisons de buzz évident, les médias ont préféré montrer des guignols à nez de clown et dread locks face aux forces de l’ordre. Mais en réalité comme l’a démontré récemment un article de Breizh-info, La Confédération Paysanne et ses alliés ont imposé un tri sélectif des « zadistes », un tri fondé sur le respect du capital foncier et le paiement des taxes agricoles. Fini les rêves anarcho-autonomes, autogestionnaires et décroissants.

Ceux qui veulent rester doivent se « régulariser », racheter les terres qu’ils occupent quand l’Etat les cèdera, suivre les normes administratives et sanitaires

Ceux qui veulent rester doivent se « régulariser », racheter les terres qu’ils occupent quand l’Etat les cèdera, suivre les normes administratives et sanitaires. Enfin, l’abandon de l’aéroport va permettre de rénover et d’agrandir les aéroports de Nantes et Rennes, pas très écolo tout ça d’autant que chaque commune fourmille de projets d’aménagements en tout genre. Le gouvernement et Emmanuel Macron ensuite. Toute la belle communication hi-tech, tout le story-telling autour de cette « décision » tellement prévisible, la réécriture grossière et orientée de l’histoire du dossier, la mise en avant du premier ministre Philippe comme pivot de l’affaire, oui tout cela cache mal la renonciation présidentielle et l’abandon net d’une promesse du candidat Macron. Défaite en rase campagne. Le fusible de Matignon n’y suffit pas. Le sauvetage du soldat Hulot non plus. C’est un renoncement total, un de ceux que l’on ne peut cacher, maquiller ou travestir, même avec une excellente campagne de com.

Non, la vérité sur ce dossier est finalement très simple. L’abandon du projet de Notre-Dame des Landes c’est avant tout l’abandon d’un certain étatisme de projet, un étatisme dépensier. Et puis surtout, Macron signifie par sa décision une volonté d’une reprise en main technique, technocratique, des grands projets d’Etat par le pouvoir central. Dans la continuité de l’action de François Hollande, cette reprise en main sonne le glas de la décentralisation, en tout cas de son déploiement. Taxe d’habitation supprimée, emplois aidés réduits tout comme les APL, des mesures techniques et symboliques d’un pouvoir qui récupère ou entend récupérer toutes les manettes ou en tout cas affaiblir durablement le pouvoir décisionnaire et financier des collectivités locales. La décision verticale de renoncement au projet de Notre-Dame des Landes raisonne donc comme un avertissement aux pouvoirs locaux : l’aménagement du territoire redevient prérogative d’Etat. Cela peut sûrement plaire aux admirateurs, à droite et à gauche, d’un renforcement de l’autorité de l’Etat. Mais pour nous, soucieux des libertés anciennes, la vraie leçon de ce dossier est que l’Etat entend désormais verrouiller les pays, les territoires et les terroirs, c’est-à-dire les derniers bastions d’opposition. Normal pour Macron qui ne considère la France que comme un des territoires de l’Union européenne. Et comme dit un écrivain, « il faut être cohérent, surtout lorsque l’on invente ». Cela promet … Bonne semaine !

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