Sursum corda !

Sursum corda !

Paris Vox a le plaisir de proposer à ses lecteurs une sélection des retranscriptions écrites des chroniques d’Arnaud de Robert, diffusées quotidiennement dans la matinale de Radio Libertés.


Ouf  ! C’est fini ou presque. Reste encore les élections législatives, un sacré morceau, mais on peut déjà dire que le plus gros est derrière nous. Et ça soulage. Cette campagne des présidentielles, pourtant tout sauf à suspens, n’en finissait plus. Et puisqu’il faut tout de même tirer quelques bilans, je vous livre ce matin le mien.

Tout d’abord j’aimerais féliciter Emmanuel Hollande pour sa réélection. Ensuite, j’aimerais saluer les 20, 7 millions de français qui ont préféré sauver leur portefeuille que la France. Bravo, belle marque d’égoïsme collectif. J’aimerais aussi souligner que cette admirable continuité de gestion entre Hollande et Macron n’a été rendue possible que par une formidable entreprise oligarchique dont je salue le succès en grand amateur de coups fourrés. Je suis sûr que dans les mois à venir sociologues des médias, politologues et autres analystes vont s’emparer pour la disséquer de cette extraordinaire séquence de hold-up qui a commencé en automne dernier avec les primaires.

j’aimerais saluer les 20, 7 millions de français qui ont préféré sauver leur portefeuille que la France

Pensez donc, arriver à faire élire au travers d’une pseudo-nouveauté un homme du système issu du pire gouvernement de la cinquième République, lui-même dirigé par le pire président. Chapeau  ! Jamais au cours de son histoire la France n’aura vu se déployer pareille machinerie en vue de préserver le système de gestion oligarchique. Et le fait qu’elle ait été couronnée de succès dimanche prouve la puissance de cette machinerie. Il a certes fallu cannibaliser les élites, tromper les soutiens historiques et tuer des concurrents de valeur, mais que pèsent le PS, les Républicains, Hamon et Fillon face au triomphe de la pyramide du Louvre ? Dimanche, l’appareil de domination oligarchique a directement installé un de ses clones sur le trône. Passant outre les artefacts partisans, les paravents démocratiques, il faut bien constater que les élites ont pris le pouvoir, au grand jour, directement. Magnifique manœuvre d’ingénierie sociale dont beaucoup mettront du temps à réaliser l’ampleur. J’aimerais aussi saluer ceux, et ils sont nombreux quand même, qui ont opéré dimanche un choix différent, donc courageux, qu’il se traduise dans l’abstention, le vote blanc ou nul ou enfin dans le vote du bloc patriote. S’ils ne forment pas un tout cohérent, loin de là, ils sont tout de même numériquement majoritaires.

Tout additionné, 57 % des français n’ont pas voté Macron, c’est  à prendre en compte. Ils ont résisté à la propagande d’Etat, au récit eschatologique hitlérien, au matraquage des médias aux ordres.

Tout additionné, 57 % des français n’ont pas voté Macron, c’est  à prendre en compte. Ils ont résisté à la propagande d’Etat, au récit eschatologique hitlérien, au matraquage des médias aux ordres. Ils sont la preuve que les puissants ne sont pas omnipotents, que toutes les consciences ne sont pas encore mortes. J’aimerais aussi saluer le courage des militants, sympathisants et électeurs du camp national. Malgré un parti qualitativement médiocre, une candidate qui alterne le meilleur et le pire, voilà près de 11 millions de français qui manifestent un désir sain de réappropriation du réel. On peut pleurer la défaite, vomir les traîtres, maudire les faiblesses des acteurs ou regretter un potentiel gâchis, il faut aussi se rappeler que très peu de pays européens disposent d’un tel socle électoral. Il y a donc là matière à fondation ou à refondation. Et puis, je crois que c’est mieux ainsi. Je vais sûrement déplaire à certains, mais Marine Le Pen n’aurait jamais pu gouverner. Il lui aurait manqué les réseaux d’influence vers les grands corps d’état, les syndicats et le monde économique. Il lui aurait manqué aussi la cohérence d’ensemble pour aboutir à une majorité saine aux législatives. Il est parfois plus utile de faire ses armes dans l’opposition en apprenant à y être mature que de jouer au jeu du pouvoir sans en connaitre les règles et surtout sans avoir l’épaisseur technique et humaine nécessaire. Cinq ans c’est sûrement long, mais c’est finalement très court lorsque l’on veut fonder une opposition capable de prendre le pouvoir. Reste maintenant une inconnue, que faire de ces 35 %, Quelle opposition bâtir  ? Sur quel socle et dans quel but  ? Beaucoup de questions en suspens qui fondent déjà une  autre histoire. Je finirais simplement en rappelant que l’arme électorale n’est et ne doit être considérée que comme l’une de nos armes. Car, pour le militant actif, il y a une vie entre les élections et donc quantité d’autres formes d’actions  : réinformation, associativisme, lutte écologique, soutien aux plus faibles de notre peuple, formation des jeunes … Nous allons donc pouvoir nous remettre pleinement au travail. C’est notre devoir, c’est notre joie, c’est notre combat et surtout nous n’avons pas le choix. Bonne journée  !

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