La droite du non-retour …

La droite du non-retour …

Paris Vox – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il s’interroge sur le prétendu « retour de la droite » suite à l’élection de Laurent Wauquiez.


Il parait que la droite est de retour. Enfin, c’est ce que l’on nous serine en boucle depuis hier, tous médias confondus. Mais que s’est-il passé hier  ? Ah oui, c’était l’élection du nouveau chef de file des Républicains, c’est-à-dire en clair l’élection de Wauquiez. Mais quelle surprise  ! ! Laurent Wauquiez est élu  ? Nan, c’est pas vrai  ! Les bras m’en tombent. Allez trêve de billevesées, depuis hier l’offensive médiatique des jeunes coqs des républicains cache mal le caractère parfaitement entendu de cette « victoire ». Cela fait des semaines que l’on connait le résultat. Les challengers de figuration tels Maël de Calan ou Florence Portelli n’ont jamais fait illusion. Le score de près de 75 % des voix pour le favori en est une preuve flagrante. Et malgré une montée en sauce communicationnelle savamment entretenue depuis des semaines, de suspens il n’y a pas eu.

Mais il parait quand même que la droite est de retour. Je commence vraiment à croire que ce slogan a une teinte très incantatoire. Parce que si la droite est de retour, il semble que tous les français ne l’aient pas bien compris. Pour preuve, dans un sondage récent, près de 20 % des français placent « La République En Marche » à droite. Il faudrait donc savoir quelle droite est vraiment de retour, d’autant que l’émiettement continu avec la naissance d’Agir, les électrons libres macron-compatibles, la réunification du Parti Radical et la multiplication des clubs de centre-droit. La droite est de retour  ? Oui mais laquelle  ? La molle pro-Macron, la fausse dure de Wauquiez, la vraie opportuniste de Juppé  ? Par moment il serait plus judicieux de parler d’une droite de retour que d’un retour de la droite.

La droite est de retour ? Oui mais laquelle ? La molle pro-Macron, la fausse dure de Wauquiez, la vraie opportuniste de Juppé ? Par moment il serait plus judicieux de parler d’une droite de retour que d’un retour de la droite.

Mais puisque ce slogan invite à trouver une surprise quelque part, essayons d’en trouver une, bon sang  ! Et puisque rien ne vient du parti ou des idées, tournons-nous vers les hommes, ou plus justement vers l’homme qui incarne cette vraie fausse surprise du scrutin d’hier, Laurent Wauquiez. Je ne vais pas faire ici sa biographie, elle n’intéressera personne. Non, ce qu’il est utile de relever, c’est l’impression que donne ce Wauquiez. Un visage poupin, une chemise ouverte qui refuse obstinément la cravate, probablement une forme de rébellion tardive trente ans après BHL. Un style lisse qui se voudrait incisif, un manque flagrant de charisme et des tentatives répétées pour exister en s’opposant. Cela suffit-il  ? On ne va pa tuer dans l’œuf les espoirs des droitards, mais le fait est que n’est pas Sarkozy qui veut. Franchement, Wauquiez semble plus appartenir aux Pierre Perret de droite molle qu’aux voix fortes d’une droite consciente d’elle-même.

Et la raison en est simple c’est que la droite n’est pas de retour, c’est seulement Wauquiez qui vient trouver une légitimité à ses désirs de carrière, à ses ambitions personnelles. Parce que la droite ou ce qu’il en reste, est dans sa grande majorité sous la séduction du boa constrictor de l’Elysée toujours plus libéral et vertical. Hélas oui, Macron est le rêve incarné d’une bonne partie de la droite bourgeoise. Et cette incarnation lui suffit, le reste n’est pas un gros sacrifice. Exit donc les principes, les valeurs et les enracinements d’une droite française qui n’est plus que le fantôme d’elle-même. Et comme la gauche, les gauches ne sont guère mieux loties, on se demande qui est vraiment de retour. Ce que l’on sait en revanche c’est tout ce petit monde est bien satellisé par l’Elysée. On doit bien rire au château.

La droite est de retour mais en même temps nous apprenons qu’il faut d’abord la reconstruire. Petit paradoxe qui n’étonne personne pas plus qu’il ne séduit jusque dans les rangs des adhérents des républicains de plus en plus désabusés.

Bref, à droite donc rien de nouveau, juste une prise de pouvoir des seconds couteaux. Je persiste donc plus que jamais à penser que l’opposition vraie au système ne peut se fonder que par le dépassement de ces clivages. Mais ça c’est une autre histoire, bonne semaine  !

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