La république des mots …

La république des mots …

Paris Vox – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur la nouvelle « grande cause nationale » : l’égalité homme/femme.


C’est fait  !  Ça y est  ! Après pratiquement 12 semaines d’un combat médiatique acharné sur fond de scandale Weinstein, l’égalité entre les femmes et les hommes est déclarée grande cause du quinquennat  ! Emmanuel Macron l’a annoncé ce samedi lors d’un discours à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Il a même évoqué un budget de 420 millions d’euros pour 2018 en faveur de cette égalité. Très fort. Fort d’ailleurs comme la minute de silence qui a entamé cette réunion, minute de silence en hommage aux 143 femmes tombées sous les coups de leur conjoint en 2016. Alors, je sais bien qu’il n’y a pas de palmarès à l’horreur, mais les familles des presque 700 agriculteurs et celles des plus de 600 gendarmes et policiers également suicidés en 2016 apprécieront la différence de traitement. Du reste, ces pénibles minutes de silence pratiquées à tout bout de chant par le pouvoir ont plus une fonction de conditionnement que d’hommage. Une petite minute de silence et hop on passe en mode bisounours avec séquence émotion et discours larmoyants.

Il faut dire que Macron adore ce type de discours évènementiels. C’est là qu’il peut déployer tout son jeu de scène, positionner sa voix suave pour ces dames, sa voix qu’il sait faire vibrante. C’est là aussi que ses regards de chien battu feraient pleurer un aveugle.

Mais ce que l’on retiendra d’abord de ce discours, outre les annonces de mesures dont il reste à voir l’effectivité, ce sont d’abord les formules chocs. « Une société entière malade du sexisme », la nécessité de « civiliser »les jeunes hommes de ce pays et  enfin le tonitruant «  la honte doit changer de camp ». On imagine facilement l’air ravi du porte-plume macronien qui a trouvé ces petites phrases, véritables formules magiques pour un discours tout de mots vêtus. Au diable le fait que ces mots comme « camps » ou encore « société malade » puissent créer des images clivantes, puissent séparer encore hommes et femmes, puissent introduire une sorte de défiance généralisée. Pourvu que la formule claque  ! Pourvu que cela plaise aux médias et séduise les associations.

Mais c’est ça la démocratie moderne, une bande de joyeux drilles qui inventent des mots sensés guérir des maux par le simple fait de leur médiatisation.

« La honte doit changer de camp ». Cela nous rappelle « la peur doit changer de camp » pour les banlieues dont on attend toujours la karcherisation, cela rappelle aussi que l’on est très loin de « terroriser les terroristes ». Mais c’est ça la démocratie moderne, une bande de joyeux drilles qui inventent des mots sensés guérir des maux par le simple fait de leur médiatisation. Certes, je ne méconnais pas le pouvoir des mots. Je ne méconnais pas la force phénoménale qu’ils peuvent avoir et leur capacité à littéralement modifier le réel. Mais je souligne ici, tout de même, que cette accumulation de bons ou mauvais mots, de formules magiques mais stériles finit par ne plus rien produire, par ne plus rien manifester. Rien de réel en tout cas. Le réel, se mesure lui aux actes. La république des mots n’est plus quant à elle depuis longtemps celle des actes mais celle des slogans. Un peu comme le régime soviétique en fin de cycle. Les mots d’ordre sont là mais plus personne n’y croit. Le slogan sert ici de clef de fermeture d’une séquence publique. Puisque la honte va changer de camp, l’affaire est faite, circulez c’est fini.

Et le pire c’est que cela marche. Calais est évacué, il n’y aura « plus jamais de jungle », allez hop, aux oubliettes. Encore un attentat islamiste  ? « Pas d’amalgame », allez, suivant  ! Les confrontations communautaires explosent  ? Allez donc, il faut « vivre ensemble », terminé. Dans ce cadre ou dire c’est effacer, il devient urgent pour nous de développer un vocabulaire propre, un vocabulaire qui ne déserterait pas le réel. Un vocabulaire de guerre, désignant clairement l’ennemi et rappelant constamment nos fondamentaux car France n’est pas un vain mot. Sans ce travail crucial, ce sont les autres qui nous raconteront, ou pas, ou plus. Bonne semaine.

 

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Une fin du monde sans importance