Le macronisme, idéologie du vide …

Le macronisme, idéologie du vide …

Paris Vox (Tribunes) – Avec la rentrée, c’est le retour de la retranscription écrites des chroniques d’Arnaud de Robert sur Radio Libertés, désormais hebdomadaires. Aujourd’hui, Arnaud de Robert se penche sur l’idéologie du président Macron


La cote de popularité du président Macron a beau s’être effondrée durant l’été, ne cherchez pas d’analyses sérieuses de cette dégringolade dans notre glorieuse presse nationale. Sa cécité complice, conséquence de son amour immodéré pour le sémillant banquier, l’empêche d’exercer la moindre critique étayée. Non, pour trouver un travail sérieux sur le chef de l’Etat français, il faut ces temps-ci aller se promener ailleurs et notamment dans les colonnes du New-York Times en date du 8 septembre dernier. Oh, je vous rassure tout de suite, il ne s’agit pas d’un article d’un des éditorialistes connus du célèbre journal, sa ligne aurait à en souffrir. Néanmoins la tribune de Chris Bickerton, professeur de politique européenne à l’université de Cambridge, a le double mérite de la charge magistrale et de l’analyse acérée.

Macron, l’homme que le New-York Times qualifiait au lendemain de sa victoire de « chance pour l’Europe », n’est plus sous la plume de mister Bickerton qu’un nouveau président français en train d’échouer. Si le professeur rappelle que Macron bénéficie toujours d’une certaine aura à l’étranger, c’est parce que dit-il les observateurs ne connaissent pas le macronisme. « Son projet politique entier est bien trop concentré sur sa personnalité. Son attrait vient essentiellement de sa jeunesse, de son dynamisme, de son allure et de ses qualités oratoires », estime monsieur Bickerton. « Cette approche hyper-personnalisée comporte toujours le risque qu’une fois le charme rompu, il ne reste rien à ses soutiens pour l’apprécier, ce qui est exactement en train de se passer ». Je cite encore, « Son attitude arrogante à l’égard du pouvoir a détruit l’image anti-establishment qu’Emmanuel Macron a cultivé durant sa campagne ». Et monsieur Bickerton n’est un inspecteur des travaux finis puisqu’il avait été un des rares analystes outre-Atlantique à qualifier le programme du Macron candidat de « bulle ». Il considère aujourd’hui que le « vide de son projet politique » est en train de se découvrir. Et le politologue de détailler tout son scepticisme sur la politique économique du président Macron en général et sur la réforme du code du travail en particulier. Pour lui, l’ensemble des mesures prises ne font que favoriser les employeurs au détriment de salariés, augmenter la précarité du travail et jouer à la baisse sur les rémunérations, en clair détruire ce qui reste de l’Etat-Providence à la française.

Et cet homme, pourtant pro-Brexit, compare le destin du marché du travail français à celui du Royaume-Uni ou prolifèrent les mini-jobs aux salaires indécents, les emplois à court-terme, ou malgré le nombre d’embauches record la productivité reste faible. L’auteur se pose la question de savoir si c’est bien de ce futur que la France veut.

Et cet homme, pourtant pro-Brexit, compare le destin du marché du travail français à celui du Royaume-Uni ou prolifèrent les mini-jobs aux salaires indécents, les emplois à court-terme, ou malgré le nombre d’embauches record la productivité reste faible. L’auteur se pose la question de savoir si c’est bien de ce futur que la France veut. On pourrait facilement lui répondre que non si l’on oubliait le nombre de gens ayant cédé aux sirènes du « changement ». Si monsieur Bickerton ne nous apprend hélas rien que nous ne sachions déjà, son papier a tout de même une vertu, celle de déchirer le voile d’illusion qui pendait encore devant le cirque communicationnel de celui qu’il qualifie d’homme à l’ego démesuré. Une tribune au vitriol qui fait mal et fait mouche si l’on en croit l’agitation des cellules de com de l’Elysée depuis vendredi. Cellules qui n’ont d’ailleurs pas hésité à qualifier monsieur Bickerton de « pro-Le Pen » espérant par cette manœuvre grossière discréditer l’enseignant. Las, c’est sa tribune qui est plus lue et de loin. Tribune dont on saluera la clairvoyance surtout dans la conclusion qui rappelle que malgré ce vide et cette arrogance, Emmanuel Macron reste l’enfant chéri de l’élite libérale mondiale, ce qui en dit long sur l’état d’esprit de cette élite. Mais surtout, le grand mérite de la tribune de l’universitaire américain est de nous rappeler que si l’arrogance et l’égocentrisme sont hélas des atouts majeurs pour la conquête du pouvoir politique, elles ne sont aucunement des qualités pour l’exercer et cela commence à se voir. Bonne semaine.