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Travailleurs clandestins : au delà du cas Burger King, fraudes et tricheries à l’embauche

Travailleurs clandestins : au delà du cas Burger King, fraudes et tricheries à l’embauche

Paris Vox – Le dénouement de la grève des travailleurs clandestins oeuvrant au nettoyage de certains Burger King s’est fait sans bruit. Les 14 derniers grévistes travailleurs ont été régularisés et ont désormais leurs papiers en règles. Au delà de leur cas personnel, Paris Vox a mené l’enquête afin de comprendre comment des clandestins obtenaient du travail et parfois même des CDI.


Le cas Burger King

La grève de travailleurs clandestins opérant pour une société de nettoyage pour le compte de Burger King avait fait grand bruit il y à une quinzaine de jours. Nous traitions de cette affaire le 5 octobre dans l’article suivant : https://www.parisvox.info/2017/10/05/travailleurs-clandestins-greve-occupent-burger-king-a-paris/ 

Passée la fureur médiatique et la grève terminée, rares sont les journaux qui se sont intéressés à ce qui s’est passé ensuite. L’entreprise de nettoyage a signé le formulaire attestant que les personnes réclamant un titre de séjour et de travail étaient bien salariés de leur entreprise.

Ensuite, au vue de leurs dossiers respectifs, la préfecture a convenu d’accorder un titre de séjour à ces salariés, comme en témoigne le statut Facebook émanant d’un soutien des grévistes.

A la lecture de ce dénouement, on peut s’interroger sur ce qui s’est réellement passé. Nous avons enquêté afin de comprendre comment des clandestins peuvent travailler malgré leur clandestinité sur le territoire.

Nous avons interrogés plusieurs sociétés de nettoyages et personne n’a souhaité répondre à nos questions sur ce sujet épineux. C’est en approchant directement des salariés que nous avons pu éclairer cette question.

Le recrutement théorique

Afin d’être embauché en France, un travailleur étranger doit fournir un titre de séjour. Le titre de séjour a une durée variable. Il est délivré par la Préfecture. En l’absence de titre de séjour, aucune embauche n’est possible. Afin de prévenir toute tentative de faux titre de séjour, l’entreprise doit se rapprocher de la préfecture afin de vérifier qu’elle peut embaucher la personne.La préfecture répond sous 48 heures.

Quelques fraudes courantes 

Lors du recrutement, le « clandestin » présente des papiers qui ne lui appartiennent pas, plusieurs cas se présentent alors :

  • L’entreprise se rend compte de la tricherie: elle doit prévenir les forces de l’ordre, mais c’est rarement fait selon nos interlocuteurs.
  • L’entreprise ne voit pas la supercherie et embauche la personne de bonne foi
  • Parfois le recruteur est complice de la « combine » et ferme les yeux, l’obtention du travail pour un clandestin est la quasi-garantie d’une régularisation, l’entreprise argue alors qu’elle n’était pas au courant, des cas de bakchich existent également…

Une autre fraude nous a été révélée. Le travailleur clandestin présente des papiers d’identité française. Si la copie est de bonne qualité rien ne prouve que le candidat n’est pas titulaire de ces papiers. Aucune vérification des papiers d’identité français n’est prévue…

L’omerta sur ces trafics 

Ainsi plusieurs personnes peuvent travailler avec les même papiers / titres de séjour sans que cela n’alerte les pouvoirs publics. Les agents de nettoyage que nous avons interrogés parlent d’un « sujet sensible ». En réalité l’omerta est de mise sur ce sujet. On n’en saura guère plus sur les personnes qui fournissent de faux papiers français. Tout juste un travailleur reconnaitra que le prêt de titre de séjour est monnaie courante, et qu’une économie du prêt de titre de séjour existe. Cela permet de faire un » peu de sous ».

Le travailleur clandestin lorsqu’il a réuni un certain nombre de fiches de paies, essaient alors d’être régularisé.  On a affaire là à un véritable jeu de dupes dont sont bénéficiaires certaines grandes sociétés qui trouvent dans ces salariés « une main d’œuvre corvéable à bon prix« .

En vérité, cet apport incessant de main d’œuvre bon marché est le seul moyen de trouver des travailleurs pour des sociétés qui proposent des emplois à horaires décalés dans des conditions souvent aléatoires. Proposer des emplois à salaires décents ne semble pas être une priorité en 2017… On préfère contourner la loi.