Histoire de Paris :  la tueuse de la rue Courtalon

Histoire de Paris : la tueuse de la rue Courtalon

Paris Vox – Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues,  ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


Une tueuse en série à Paris, au 17ème siècle.

En 1684, dans l’espace d’environ quatre mois, on signala dans la rue Courtalon la disparition mystérieuse de 26 jeunes gens de 17 à 25 ans. On envisagea diverses hypothèses. Certains évoquèrent un tueur en série s’attaquant aux travailleurs du bois, vu qu’on trouvait dans cette rue nombre d’ébénistes et de fabricants de meubles. D’autres, adeptes de la trop fréquente propagande anti-judaïque du temps, prétendirent que les victimes étaient enlevées par des Juifs dans le seul but de crucifier des chrétiens. Enfin, on prétendit qu’une princesse atteinte d’une maladie de foie les tuait pour prendre des bains de sang humain

Bientôt, le roi Louis XIV ordonna une enquête dont fut chargé un policier du nom de Lecoq. Le fils de ce dernier, âgé de 16 ans, accepta de jouer le rôle d’appât. Aussi, sous le surnom de l’ « Eveillé » (il était, disait-on, particulièrement intelligent, voire clairvoyant), déambula-t-il ostensiblement dans les environs de la rue Courtalon, en grande tenue, chargé de chaînes en or et d’une bourse bien garnie qu’il faisait tinter de la manière la plus provocatrice possible. L’Eveillé partit du Luxembourg pour se rendre aux Tuileries et c’est là, qu’au cinquième jour, il aperçut une jeune fille d’une grande beauté accompagnée de sa duègne.

Aussitôt, il engagea la conversation. La duègne prétendit que sa maîtresse était la fille naturelle d’un prince polonais et d’une mercière de la rue Saint-Denis. Son père, disait-elle également, avait été tué lors de son voyage de retour en Pologne, mais tous ses biens étaient restés à la jeune fille. Bientôt il fut proposé au jeune Lecoq de rencontrer la mère de la prétendue « princesse », et la duègne lui fixa rendez-vous, le soir même, devant l’église Saint-Germain-L’Auxerrois. Après avoir prévenu son père, le jeune Lecoq se hâta de se rendre à son rendez-vous.

La vieille duègne était bien là et par mille détours, elle mena notre « Eveillé » à la rue Courtalon où elle l’introduisit auprès de la jeune fille, affublée du nom de « princesse Jabirowska ». Le jeune Lecoq fut tellement ébloui par la beauté de la jeune fille, qu’il en oublia de faire entendre le signal convenu avec son père  ! La princesse se retira un instant de la pièce où ils étaient et le jeune Lecoq profita de ce moment pour fureter. Il tira sur un paravent qui céda, dévoilant une cache où se trouvaient les têtes coupées et momifiées des 26 jeunes gens disparus  ! Au même moment, la fenêtre s’ouvrit et le père Lecoq, suivi de toute sa brigade, qui avait discrètement suivi la duègne alors qu’elle entraînait le jeune homme par les rues détournées, s’engouffra dans la pièce. C’est à ce moment que la « princesse » revint avec quatre hommes armés, mais ceux-ci furent immédiatement désarmés et la bande fut arrêtée.

En fait, la prétendue « princesse Jabirowska » était une Anglaise qui, par sa beauté, attirait les jeunes gens dans son antre. Là, aidé de ses complices, elles les faisaient tuer, puis décapiter, avant d’expédier leurs têtes embaumées vers l’Allemagne afin d’y servir de sujet d’étude sur les crânes et leur morphologie. Les corps étaient revendus aux étudiants en médecine. Les criminels, quant à eux, furent exécutés.

Un mot sur la rue Courtalon et sur l’église Sainte-Opportune.

Entièrement bâtie en 1284, époque à laquelle on la nommait « rue aux Petits Souliers de Bazenne », la rue Courtalon, qui fut aussi appelée « rue de l’Aiguillerie », s’étend aujourd’hui entre les rues Pierre Lescot et Saint-Denis, et devrait son nom actuel, et ce depuis la fin du 15e siècle, à un certain Guillaume Courtalon, alors propriétaire de deux maisons établies dans cette rue. C’est dans la rue Courtalon que se situait l’entrée principale de l’église Sainte-Opportune. Celle-ci a donné son nom à la place du même nom (emplacement jadis occupé par le cloître de cette église), de même qu’à la rue Sainte-Opportune (ouverte en 1725) voisine. A l’origine de l’église Sainte-Opportune se trouverait une chapelle édifiée au Bas-Empire et dédiée à Notre-Dame des Bois, à une époque où cette partie de Paris était encore couverte par la forêt de Rouvray (le bois de Boulogne n’en est qu’un vestige). C’est au 9e siècle que l’évêque de Sées (Normandie), fuyant devant les Vikings, aurait déposé dans ladite chapelle les reliques de sainte Opportune (à savoir une côte et un os) à laquelle la réalisation de miracles supposés vaudra le titre de « Thaumaturge de la Normandie » (  ? – 770). La chapelle fut alors remplacée par une église flanquée d’un cloître. Reconstruits aux 13e et au 14e s., l’église et son cloître seront finalement détruits en 1792-1797, l’église ayant été vendue comme carrière de pierres auparavant. La rue Courtalon longeait jadis le côté sud de l’église et du cloître Sainte-Opportune.

Eric TIMMERMANS.

Sources  : Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris, Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006, p.12 / Connaissance du Vieux Paris , J. Hillairet, Editions Princesse, 1982, p. 112 / Guide de Paris mystérieux, Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979, p.276-277.

 

 

Fermer le menu

Chroniques
Une fin du monde sans importance