Macron : Premières prêches …

Macron : Premières prêches …

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur revient sur le premier meeting du chouchou des médias Emmanuel Macron…


 

C’est un fait maintenant avéré, la coqueluche des médias c’est Emmanuel Macron. Depuis quelques semaines déjà Télés, journaux et radios ont décidé que ce serait lui le meilleur adversaire de Fillon au second tour. Difficile donc d’échapper à la présence médiatique de Macron d’autant que ce dernier a également su s’entourer de jeunes loups des médias aux carnets mondains bien fournis.

Et bien saisissons donc l’occasion de son premier grand et vrai meeting samedi à Paris pour analyser son début de campagne. D’emblée, balayons quelques poncifs que les journalistes aiment à promener à longueur d’articles.

Non, Macron n’est pas un objet politique non identifié. La seule chose qui est vraiment moderne chez Macron c’est son style et son phrasé. Pour le reste, tout est identifiable, les points d’appui comme les choix programmatiques.

Tout est identifiable, les points d’appui comme les choix programmatiques.

Il n’est pas non plus le candidat anti-système que l’on se plait à fantasmer chez les bobos de la rive gauche. Tout simplement parce qu’il est un produit chimiquement pur de l’oligarchie, un des clones de Trudeau, le premier ministre canadien. Macron le progressiste, champion de la mondialisation heureuse, celle de la finance sans frontières apparait au contraire comme celui qui sublime le système oligarchique. C’est d’ailleurs cette qualité qui lui permet de l’affranchir des paliers traditionnels du futur présidentiable. C’est parce qu’il est du sérail qu’il peut d’entrée de jeu viser le sommet.

Troisième poncif et non des moindres, certains journalistes tentent le parallèle Macron-Trump. On comprend que tout le monde en ce moment essaie de récupérer un peu de la lumière du futur président des Etats-Unis, mais tout de même, hormis un héritage libéral commun, on peine à trouver des points de raccord ! Non, si l’on devait faire un rapprochement entre Emmanuel Macron et l’Amérique, mieux vaudrait le comparer à l’un de ces télévangélistes exaltés. En tout cas, samedi soir en fin de meeting,  Macron hurlait son credo mondialiste à pleins poumon, visiblement en transe libérale avancée.

Macron hurlait son credo mondialiste à pleins poumon, visiblement en transe libérale avancée.

Je taquine mais je note aussi que là réside sa force. En effet, Macron a de l’intelligence et celle-ci lui confère du style. Et ce style est plaisant, souriant. On pense à un aphrodisiaque léger. Macron déploie un discours l’amenant à se positionner comme planant au-dessus de la mêlée, car lui est en marche, vers le peuple, au milieu du peuple. Macron réactualise le mythe de la longue Marche, celle qui doit l’amener à être porté par le peuple, celle qui doit l’amener à porter la vision du peuple. C’est beau, c’est brillant. Une vraie belle histoire, le roman parfait de la rencontre d’un homme et d’un peuple. Sur le papier du moins. Parce que ce joli story-telling ne dissipe pas le malaise que l’on peut avoir en l’écoute de Macron. Car, au-delà des effets scéniques, du décor et de la plastique des acteurs, il y a le fond, il devrait y avoir le fond en fait.

Certes, on sait le Macron progressiste, humaniste, partisan d’un monde sans frontières. Mais une fois que l’on a dit cela on a rien dit. Etre progressiste, humaniste immigrophile et libéral c’est dans l’air du temps chez les oligarques. Rien de neuf donc. Et l’impression se confirme lorsque Macron aborde les sujets sur lesquels on attend des réponses construites : chômage, travail, fiscalité, identité, immigration. L’emballage est beau, le verbe soyeux, mais le fond inexistant ou recuit. On reste dans un flou artistique, dans une confusion légère mais savante. Juste assez pour spéculer sur ces propositions mais pas suffisamment pour les moquer. Cela plait aux médias assurément. Cela suffit sans doute aux fans et groupies. Mais au-delà de ces cercles acquis, ce discours pourrait avoir du mal à percer. C’est peut-être le défaut du banquier qui aime à garder ses secrets et stratégies au coffre. C’est en tout cas ce qui pour le moment ne l’amène pas à dépasser le stade médiatique. Car ce n’est pas le tout de construire un culte à mystère, encore faut-il avoir des divinités suffisamment emblématiques auxquelles croire. N’est pas Trump qui veut. Juppé, candidat malheureux pourtant adoubé par les médias en a aussi fait les frais.

De fait, Macron reste pour le moment largement l’image d’un candidat plus que son incarnation. Mais c’est une image dangereuse, car elle prône un avenir radieux dans un paradis libéral bisounours et le prophète est encore jeune. A suivre donc. Bonne journée ! !