La malédiction des François…

La malédiction des François…

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur revient sur la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre.. 


 

Hier soir, Fillon a gagné. Quelques réflexions matinales donc sur cette victoire. Près de 67 % des voix. Rien d’étonnant à cela puisque le premier tour annonçait la couleur. La présidentielle est donc lancée, en mode télé-réalité et ça c’est définitif. Comme je le disais dans une précédente chronique, cette opération des primaires est probablement l’une des meilleures opérations de remobilisation « démocratique » que le système oligarchique ait pondu depuis longtemps. Huit millions de téléspectateurs devants les débats et au plus de quatre millions de votants au total des deux tours. Pour cela il a fallut marcher sur les partis, diluer les programmes et personnaliser à outrance les débats. Sarkozy, Juppé et Le Maire en ont fait les frais, à vrai dire ce n’est pas plus mal. Petite pensée pour Juppé, vrai « has been » de la politique française et désormais sacré Raymond Poulidor de la cinquième république finissante. Salut l’artiste. La seule vertu de ses primaires est finalement d’opérer un vrai ménage de printemps. Enfin tout de même hier soir, les votants avaient le choix entre un libéral ultra-intégrationniste, Juppé, et un ultra-libéral intégrationniste, Fillon. Pas de quoi fairte une syncope. Et pourtant, il y a dans ce pays une telle incurie, une telle faiblesse des élites politiques, voire comme je le une nullité et une bêtise crasse des élites politiques qu’une simple primaire bien mise en scène arrive à soulever un début d’enthousiasme, à ressusciter les clivages et à mobiliser suffisamment de français pour dépasser le stade de la blague. Ces primaires c’est « plus belle la vie politique ». A l’instar du feuilleton nullissime de France 3 qui dure depuis des années, les politiques de droite ont trouvé dans les primaires un ressort narratif suffisamment puissant pour revivifier un système moribond et détesté des français.

 Un premier ministre qui veut nous faire avaler qu’il n’a bien sûr rien vu, rien entendu et rien su de la montagne de scandales du quinquennat Sarkozy

Reste donc Fillon. A en croire Paul-Marie Couteau, il incarnerait une droite chimiquement pure. Je vous laisse peser le degré d’ânerie du propos. Voilà donc un type, Fillon, qui pendant cinq ans a accepté de faire le toutou de Sarkozy, subissant toutes les vexations sans broncher. Un premier ministre qui veut nous faire avaler qu’il n’a bien sûr rien vu, rien entendu et rien su de la montagne de scandales du quinquennat Sarkozy. Chimiquement pur sérieux  ? Voilà un homme qui a eu la lucidité de déclarer que le pays était en faillite mais qui a dépensé des sommes folles à Matignon en doublant ses collaborateurs et en retapant son logement de fonction pour y loger sa famille. Chimiquement pur  ? Translucide et couard oui  ! Allons, de gros sourcils et une tête de gendre idéal n’excusent pas tout. Je sais bien que la loi qui gouverne les masses en ce bas monde est celle de l’oubli. Mais je vais surtout finir par penser que l’on a finalement les politiques que l’on mérite. Ce soir donc la droite a trouvé son champion. Un type avec une allure de médecin de campagne, un programme écrit par Goldman-Sachs et un charisme de carpe japonaise. Un ultra-libéral en costume de velours, le système avait bien besoin de ça pour continuer à dissoudre la France. C’est beau  !

Un type avec une allure de médecin de campagne, un programme écrit par Goldman-Sachs et un charisme de carpe japonaise.

Reste que Fillon va pouvoir jouer au champion pendant que les autres pédalent encore à gauche. On va donc rire encore un peu en Janvier avec la primaire du PS, une vraie galette des rois. O  rit sûrement moins depuis hier au Front National. Car les bourgeois catho de droite ont plébiscité Fillon et préfèreront toujours son allure « Louis-Philippe » au néo-gaullisme light de Marine. Oh bien sûr, la question est de savoir combien de temps Fillon tiendra ce rôle récent et superficiel de traditionnaliste. Il a habilement joué de l’image lors des primaires, en utilisant le carré magique « nation-famille-valeurs-Islam ». La droite hors les murs, celle de Zemmour ou de Buisson s’est trouvée un héraut, une incarnation. On espère que cela aura au moins le mérite de secouer le bouquet de roses souveraino-chevènementiste du FN et de réveiller la bête politique. On espère. En attendant, on rit un peu sur la nullité cette fois achevée des sondages qui ne voyaient que Juppé, on sourit en pensant à Bayrou encore une fois cocu à droite. Mais on se prend aussi à cauchemarder en songeant que notre pays pourrait encore une fois subir la malédiction des François. Cette campagne présidentielle s’annonce décidément bien longue. Bonne journée  !

 

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Une fin du monde sans importance