Présidentielle : débats pas très hauts …

Présidentielle : débats pas très hauts …

Paris Vox a le plaisir de proposer à ses lecteurs une sélection des retranscriptions écrites des chroniques d’Arnaud de Robert, diffusées quotidiennement dans la matinale de Radio Libertés.


Pour une fois, oui pour une fois je suis d’accord avec Jean-Luc Mélenchon qui vient de refuser de participer aux deux prochains débats des présidentielles prévu par BFMTV, C8 et France 2 les 4 et 20 avril prochain. Oui j’approuve sans réserve son refus de participer à cette farce de débats à 11 candidats à trois jours du premier tour. Déjà à cinq, le débat avait montré de vraies limites. Trois longues heures d’échanges avaient paru interminables. Alors qu’au final moins de trente minutes de temps de parole par candidat représentaient un temps d’expression ridiculement faible obligeant à la simplification, au slogan et à la caricature. Et là, les 4 et 20 avril, les chaines de TV veulent rééditer le même schéma mais en étendant l’opération aux onze candidats en lice. Je me demande parfois que qui peut bien passer par la tête des dirigeants des grandes chaines télé. Je me demande surtout s’il est bien opportun et intelligent de confier ces débats à des « journalistes » imbus d’eux-mêmes et totalement hors des réalités. Car, si à cinq il a fallu plus de trois heures pour obtenir un résumé un peu conséquent de chacun – et encore il ne faut pas être exigeant – on imagine mal ce qu’il faudrait pour qu’à onze la chose reste audible et visible. On a au choix un débat fleuve de plus de six heures en mode Fidel Castro, marathon impensable à la télévision ou alors un débat de trois heures découpées en onze temps de parole égaux soit un pauvre petit quart d’heure chacun. On approche la bêtise pure.

Parce qu’à la vérité ces débats loin d’aider au choix démocratique rabaissent la politique.

Alors bien sûr, les rédactions et les directions de chaîne réagissent au refus de Mélenchon et au probable refus de Macron en se drapant dans leur mission de service public, dans la nécessité d’offrir un choix le plus démocratique possible aux français. Que c’est beau. Cela ne veut plus rien dire depuis longtemps, mais c’est beau. Une vraie belle hypocrisie de journalistes. Parce qu’à la vérité ces débats loin d’aider au choix démocratique rabaissent la politique. Comme si cette dernière en avait besoin  ! J’avais déjà exprimé mes doutes sur les débats des primaires, je le réitère en les renforçant pour ces soit-disants débats présidentiels. Leur forme autant que leur fond cassent les codes politiques et transforment le débat en une sorte de divertissement de masse. Il n’est plus question d’échange et de confrontation d’idées mais de bon mot, de sourire en coin ou d’une « punchline » bien placée. Les candidats en sont même réduits à des simplifications visuelles pour tenter de faire percevoir leur propos au public comme Marine Le Pen qui sort un graphique pour étayer sa minute trente sur la sortie de l’Euro. L’art du politique cède le pas à un mixte entre questions pour un champion et un oral de grand concours. Il est d’ailleurs piquant de constater que chaque candidat à l’issue du débat à cinq avait fait ce même constat avec pour certain même une pointe d’amertume. Comme si eux aussi avaient pris conscience de l’inutilité crasse de ce qui s’apparente de plus en plus à une mise en scène de ce qui reste de politique dans ce pays. Tout cela est grotesque et sans intérêt. Tout cela dévitalise encore la politique, horizontalise les candidatures et vide les échanges de tout contenu. La dignité qui a depuis longtemps fui les journalistes déserte ces débats. La distance nécessaire à la hauteur de vue présidentielle est gommée par la vulgaire proximité de la mise en scène télévisuelle, par la prime à l’instantanéité, par l’obligation de séduction rapide.

Vous voulez mon avis  ? Il ne devrait même pas y avoir de débats avant le second tour. Cette manie de vouloir copier les débats américains n’est pas fondée par nos usages politiques. Un débat entre les deux finalistes suffirait amplement. Au lieu de cette assignation à débattre permanente, les candidats retourneraient à leurs meeting, lieux privilégiés d’une expression politique de plus longue durée et donc plus complète. Tout redeviendrait plus simple. Mais c’est sans compter sur la dictature du débat, manifestation agressive de la prise de pouvoir médiatique sur le politique. Pour notre plus grand malheur et celui de la France. Bonne journée  !

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Une fin du monde sans importance