Expo: Vitalité de Munch!

Expo: Vitalité de Munch!

Paris Vox – En 2010, feue la Pinacothèque de Paris avait présenté « l’anti-cri », une vision de Munch (1863-1944) au-delà du tableau iconique auquel il est trop souvent réduit. L’exposition du musée d’Orsay contribue à son tour à nous mieux faire connaître le peintre norvégien.

Il est vain de distinguer un Munch symboliste et un Munch expressionniste, dans le faire comme dans la chronologie. Les thèmes qu’il semble emprunter au symbolisme – la jeune fille et la mort (L’enfant malade ; Près du lit de mort) ; la femme vénéneuse (Madone ; Vampire) ; la solitude (Mélancolie) – lui appartiennent pleinement, de par sa propre expérience et de par son tempérament. Loin d’être anémique et plaintif, ce que fut trop souvent le symbolisme, son art à lui se distingue par une force d’expression particulière. De la philosophie vitaliste de l’époque portée par Bergson et Nietzsche – ce dernier ayant une grande influence sur Munch comme sur beaucoup d’autres artistes nordiques –, il subsiste dans sa peinture une vitalité jamais démentie, une passion intacte et des thèmes récurrents : la vie, la mort, la renaissance. Ils sont présents dans les tableaux et prennent valeur de programme dans les grands projets décoratifs (la frise Linde, la frise Reinhardt, l’aula de l’université d’Oslo).

Munch a été obsédé par quelques motifs qu’il a travaillés sans cesse. Le baiser où l’homme et la femme s’absorbent l’un l’autre. La « chambre verte » où rôdent crime et jalousie. La Frise de la vie, ensemble de toiles qu’il compose et recompose longuement – il écrit à son sujet : « J’ai ressenti cette fresque comme un poème de vie, d’amour, de mort… ». Et la fameuse maison d’Asgardstrand avec son arbre colossal, qui a servi de à de multiples déclinaisons de jeunes filles ou dames sur le pont, jusqu’à ce bout de paysage sans présence humaine : Nuit d’été à Asgardstrand.

Ces motifs se retrouvent dans des gravures sur bois dont l’exposition n’est pas avare et c’est heureux : Munch est l’un des principaux jalons de la renaissance de la gravure sur bois moderne. Oubliées, les gratouilles du bois de bout ! Sa xylographie a la même manière large et jamais imitative que sa peinture. Du courant figuratif du XXe siècle qui refusa autant l’abstraction que le réalisme et dont l’histoire reste à écrire, Munch est l’un des maîtres. L’idée revient à plusieurs reprises dans ses carnets : « la nature n’est que le moyen ». Le moyen de quoi ? D’exprimer l’émotion face à la nature ou nos tréfonds : « L’art est notre cœur sanguinolent. » Alors, Munch, un cri ? Oui, et des angoisses (Soirée sur l’avenue Karl Johan) mais aussi de profonds silences comme lorsqu’il représente sa sœur au bord de l’eau parmi les rochers : Nuit d’été, Inger sur la plage.

Samuel

« Munch, un poème de vie, d’amour et de mort ». Jusqu’au 22 janvier 2023, musée d’Orsay.


Edvard Munch, Mélancolie,1894-1896. Huile sur toile, 81×101 cm. Bergen, KODE Art Museum (collection Rasmus Meyer). © Dag Fosse / KODE