Perception des faits divers : les mots plus graves que les actes ?

Perception des faits divers : les mots plus graves que les actes ?

Paris Vox – Les 24 dernières heures ont été marqués par deux faits divers qui ont particulièrement occupés l’espace médiatique. Analyse et remise en perspectives de ceux-ci.

Un fuyard qualifié de « bicot » par des policiers

Le premier fait s’est déroulé à l’Ile-Saint-Denis (93). Un jeune homme qui tentait d’échapper à la police se jette à la Seine. Les policiers se moquent du fuyard et usent d’un vocable qui a choqué de nombreuses personnes, on entend notamment : « Un bicot comme ça, ça nage pas ».

Cette phrase et d’autres dans la même vidéo ont créé un malaise jusqu’au plus haute autorités, des syndicats policiers se sont même désolidarisés de leurs collègues immédiatement.

La vidéo ne montre pas les policiers qui sont ensuite allés secourir celui qui était qualifié de « bicot », il s’agissait d’une personne sous mandat de recherche du Procureur de Créteil depuis mai 2019 selon Le Point.

Christophe Castaner, Ministre de l’Intérieur, a pour sa sa part réagi de façon ferme par ces mots :

Une vidéo montrant une intervention de police dans le secteur de l’Île-Saint-Denis suscite une indignation légitime. Toute la lumière sera faite. L’IGPN est saisie. Le racisme n’a pas sa place dans la police républicaine.

Les policiers, finalement identifiés, ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Deux policiers percutés à Colombes

Quelques heures après la diffusion de cette vidéo, deux policiers ont été percutés volontairement par un homme à Colombes. L’un des policiers est par ailleurs en état d’urgence absolu. Les motivations terroristes de l’acte font encore débat pour le moment.

L’indignation là aussi a traversé les rédactions et une partie de l’opinion publique.

Christophe Castaner a une nouvelle fois réagi :

Mes pensées accompagnent nos deux policiers blessés, alors qu’ils étaient engagés pour nous protéger. Hommage au sang froid des policiers municipaux qui leur ont porté secours et ont interpellé le mis en cause. L’enquête qui débute fera toute la lumière sur ses motivations.

Chacun jugera chacun des propos du Ministre. On pouvait lire sur Twitter des internautes qui s’indignaient d’une réaction seulet concentrée sur la compassion envers les policiers blessés sans volonté de mettre un terme à ces attaques de personnes « déséquilibrés » et de punir sévèrement les coupables.

L’ère de l’émotion

Il serait hâtif de tirer des conclusions définitives de ces recherches, mais on peut néanmoins émettre quelques hypothèses. Le devoir d’exemplarité de la Police est une préoccupation importante d’une part de la population. Les gens semblent finalement plus s’habituer à des actes concrets de violences (voir de meurtres) qu’à des propos jugés « racistes ». Les « dérapages » de policiers ont ainsi bien plus d’échos que ceux, quotidiens, des voyous.

On pourra toutefois s’étonner que l’émoi soit aussi important, voir plus important, autour de quelques mots prononcés, si déplacés et condamnables soient-ils, que pour une véritable tentative de meurtre… L’obsession du « politiquement correct » aurait-elle pris le pas sur la conscience claire d’une hiérarchie de la gravité des faits ?