Arnaud Gouillon : « le martyre des Serbes du Kosovo ne fait pas la Une de la presse occidentale »

Arnaud Gouillon : « le martyre des Serbes du Kosovo ne fait pas la Une de la presse occidentale »

Paris Vox – La crise sanitaire actuelle ne doit pas faire oublier la situation périlleuse des serbes au Kosovo. Entretien avec Arnaud Gouillon, président de Solidarité Kosovo.

Quelle est la situation en Serbie et quelles décisions ont été prises par le gouvernement ?

La Serbie a proclamé l’état d’urgence dès le 15 mars, alors qu’elle avait moins de 50 cas déclarés positifs au coronavirus. Le couvre-feu est imposé chaque jour de 17h à 5h du matin pour les personnes de moins de 65 ans et toute la journée, hormis de 4h à 7h du matin, pour les plus anciens. Le gouvernement serbe a pris ces dispositions draconiennes dès le début de la crise, lorsque la population ne ressentait pas encore le danger. Grâce à ces mesures, le nombre de personnes infectées paraît moindre que dans d’autres pays. Les cas augmentent chaque jour mais pas de manière exponentielle comme on l’a vu en Italie ou en Espagne. Le nombre de cas est au 6 avril 2020 de 1908, ce qui n’est pas négligeable rapporté à une population totale de 7 millions d’habitants, et sachant que le pic épidémique n’est pas encore passé. L’aide médicale importante de la Chine et de la Russie permet à la Serbie de lutter avec encore plus d’efficacité contre le virus. 

Le peuple serbe est discipliné et uni, les mesures sont respectées sur tout le territoire national sans exception. Habitués aux sanctions et à la guerre, les Serbes forment un peuple résilient et courageux qui a toujours su faire face aux coups durs du destin. Je suis certain que ce sera le cas cette fois-ci encore.

Est-ce la même situation au Kosovo ?

Le Kosovo traverse actuellement une crise politique importante. Cette région serbe dont la majorité albanaise a autoproclamé l’indépendance en 2008, indépendance qui n’est toujours pas reconnue par l’ONU, a un gouvernement démissionnaire depuis le 25 mars. Dans ces conditions, il semble bien difficile de faire face à une crise sanitaire mondiale ! Alors que la majorité albanaise du Kosovo traverse une période difficile, la minorité serbe est dans une situation encore plus critique. Le système de santé dans les enclaves serbes est dans un piteux état  : le matériel est vétuste et, hormis le soutien d’une Serbie qui se remet à peine du bombardement de l’OTAN de 1999, et l’aide apportée par Solidarité Kosovo, quasiment rien n’arrive de la communauté internationale. De plus, les Serbes n’ont pas confiance dans le système de santé albanais du Kosovo, connu pour les avoir maintes fois discriminés par le passé. La question qui est dans la bouche de tous les Serbes du Kosovo est : « Que se passerait-il si le virus venait à nous frapper et que les médecins albanais devaient, comme ce fut le cas en Italie, choisir entre qui soigner et qui laisser mourir  ? Dans le contexte du Coronavirus, les Serbes du Kosovo se sentent désarmés et encore plus menacés qu’auparavant.

Quel est le quotidien des serbes qui vivent au Kosovo actuellement ?

Au Kosovo les Serbes vivent en isolement depuis déjà 20 ans. Réfugiés dans des enclaves depuis la fin de la guerre de 1999, ils survivent tant bien que mal dans des conditions que l’on a bien du mal à imaginer au 21ème siècle. Villages brûlés, églises et monastères incendiés, populations chassées, le martyre des Serbes du Kosovo ne fait pas la Une de la presse occidentale mais existe bel et bien, à seulement 2h d’avion de Paris, en plein cœur de l’Europe. L’enclave d’Orahovac, au sud-ouest du Kosovo, ne compte que deux rues où les Serbes peuvent se promener. Leur croisement forme la « place du village » où les bambins jouent au foot ou au basket. En dessous, s’étend l’immensité albanaise à laquelle ils n’ont pas accès. Une frontière invisible, que tout le monde connait et que personne ne franchit, si ce n’est des radicaux qui attaquent régulièrement à coup de pierres ou d’engins incendiaires le petit quartier chrétien. Comme vous le voyez, même avant la pandémie, le quotidien des Serbes du Kosovo n’était pas très gai. Ces « villages d’Astérix » subissent aujourd’hui la double peine. A l’isolement identitaire, s’ajoute désormais l’isolement sanitaire. Aux menaces et violences répétées des extrémistes, ils font désormais face, seuls et sans moyens, à une épidémie de dimension mondiale. 

Dans le cadre de la crise sanitaire comment aider Solidarité Kosovo ?

Solidarité Kosovo ne reçoit aucune subvention publique et ne vit que grâce à la générosité de ses 12 000 donateurs français. Malheureusement, le nombre de dons que nous recevons a fortement diminué ces dernières semaines en raison du confinement imposé en France. Beaucoup de nos donateurs ne peuvent plus se rendre à la Poste pour envoyer les dons et ont, nous le comprenons parfaitement, l’esprit occupé à d’autres choses. L’urgence semble être ailleurs.

Et pourtant, si nous ne pouvons plus apporter d’aide aux Serbes du Kosovo, une crise alimentaire risque de succéder à cette crise du Covid-19.

Au printemps, depuis plusieurs années, nous fournissons une aide fondamentale aux paysans des enclaves : serres agricoles, machines, bétail etc. qui leur permettent de vivre de leur travail et pas uniquement de l’aide humanitaire. Mais si cette aide n’est pas fournie dans les semaines qui arrivent, alors ces familles auront faim dans quelques mois, lorsque l’hiver sera de nouveau là. 

Sans nous, les enclaves serbes du Kosovo-Métochie sortiront d’une crise pour plonger dans une autre. Toutes les personnes qui sont en mesure de nous aider peuvent le faire directement via notre site Internet : https://www.solidarite-kosovo.org/faire-un-don/

Merci par avance pour votre solidarité. Merci à tous pour l’intérêt que vous portez à nos amis serbes du Kosovo.