Vu du Québec : « cette crise a ravivé l’esprit souverainiste »

Vu du Québec : « cette crise a ravivé l’esprit souverainiste »

Paris Vox – Rémi Tremblay est journaliste québécois. Il nous fait l’amabilité de répondre à nos questions pour faire le point sur la crise au Québec.

Rémi, pourriez-vous présentez à nos lecteurs pour quels médias vous écrivez ?

Je suis d’abord le rédacteur en chef du Harfang, la seule publication
papier au Québec à offrir une alternative à la doxa actuelle. De plus,
j’ai la chance d’être le correspondant canadien du quotidien Présent et
du site Eurolibertés, en plus de collaborer à divers médias francophones
et anglophones, tant en Europe qu’en Amérique.

Comment continuez vous à faire vivre l’information malgré la crise sanitaire actuellement ?

Au niveau de la collecte des informations, la tâche est nettement plus compliquée. La plupart des bureaux sont fermés et à moins de connaître personnellement les personnes à qui parler et d’avoir leurs coordonnées privées, on se heurte aux boîtes vocales et aux courriels automatisés signalant l’absence de la période à joindre. Toujours est-il qu’on parvient néanmoins, mais avec difficultés,à trouver l’information nécessaire.

Je me permets d’ajouter qu’une revue comme Le Harfang, qui paraît six fois par année se démarque davantage par ses analyses que par son traitement de l’actualité.
Toujours est-il que la question de l’acheminement de notre revue aux abonnés soulève des problèmes auxquels nous devrons bientôt faire face.
Tout ce qui est numérique fonctionne bien, mais il est difficile de prévoir à ce moment si nous pourrons faire imprimer et envoyer les revues en respectant nos échéances. À suivre !

En ce moment, les plateformes numériques, dont les nôtres, connaissent un achalandage incroyable. Le temps passé derrière un écran semble avoir explosé depuis le début de la pandémie et les sites de réinformation en ressortent gagnants. Il faut espérer que les nouveaux visiteurs continuent de nous suivre une fois la crise terminée. Par contre, l’actualité comme telle semble s’être mise en pause et le sujet qui intéresse, est évidemment le coronavirus. Les autres enjeux, même s’ils sont capitaux à long terme, ne semblent pas susciter l’engouement des lecteurs.

Quelle est la situation au Québec et quelles décisions ont été prises par les autorités ?

La situation évolue rapidement au Québec et le nombre de personnes touchées augmente quotidiennement. Il reste toutefois relativement bas,
toute proportion gardée. Nous avons présentement plus de 1600 cas, ce
qui fait du Québec la province la plus touchée au Canada.
La réponse du Québec fut extrêmement rapide. Les écoles, les bars et les
cabanes à sucre furent fermées par le gouvernement du Québec dès le 13
mars, puis jour après jour, de nouvelles mesures comme la fermeture des
restaurants, des centres commerciaux, etc, furent annoncées.
Aujourd’hui, seuls les services essentiels sont maintenus, mais la notion de service nécessaire est assez large. Ainsi, les boutiques vendant de la marijuana sont encore ouvertes, tout comme celles vendant de l’alcool (ces produits sont des monopoles d’État).

Ce qui inquiète le plus la population n’est pas nécessairement le virus comme tel, mais l’aspect économique. La semaine dernière, près d’un million de Canadiens ont déposé une demande pour percevoir du chômage.
De nombreuses mesures ont été mises en place pour accommoder les chômeurs, comme les reports de paiement sans pénalité, mais la situation est inquiétante pour de nombreux ménages à moyen terme.
Ce qui est à noter par contre, c’est la gestion sans faille de François Legault, le premier ministre québécois. Depuis le début de la crise, il s’adresse aux Québécois quotidiennement lors d’une allocution qui est devenue pour de nombreux citoyens un incontournable. Il dresse le bilan de la situation, annonce des mesures claires et précises, puis donne des conseils et offre des indices sur les prochaines mesures à prendre.

Cette gestion pro-active et rassurante (Legault bénéficie d’un appui populaire rarement, sinon jamais, égalé) a permis à Legault de prendre le leadership. Depuis deux semaines, les Québécois se fient uniquement à l’État québécois et n’ont que faire des directives d’Ottawa. Après avoir été inactif durant les premiers jours de la pandémie, Justin Trudeau s’est réveillé trop tard et est depuis à la remorque de François Legault, ce qui est pour le moins paradoxal. Cette crise a révélé que François Legault, sur lequel je suis habituellement très critique, a l’étoffe d’un chef d’État. Et parallèlement, cette crise a aussi révélé la nudité ou la nullité du roi Trudeau. Son entêtement à ne pas fermer les frontières, puis à ne pas enrayer l’immigration illégale qui est tolérée par Ottawa, a créé une réprobation unanime au Québec.

Étonnamment, même si aucun politicien n’en parle ouvertement en ce
moment, cette crise a ravivé l’esprit souverainiste au Québec. En me promenant, j’écoute les conversations des autres marcheurs et la question de la souveraineté est souvent abordée, il faut dire que depuis le début de la crise, le Québec agit comme une nation indépendante. La réaction de François Legault redonne confiance aux Québécois qui constatent en même temps l’amateurisme de Trudeau.

Quel regard porte les médias québécois sur la gestion de la crise en France ?

Habituellement, les médias s’intéressent à ce qui se passe aux États-Unis, de par notre proximité, et en France, de par nos origines.
La plupart des Québécois connaissent le président français ainsi que les dirigeants du RN, mais ne savent habituellement pas qui gouverne les
provinces voisines. C’est là un effet de ces « deux solitudes » qui font
le Canada. Mais nous vivons une période exceptionnelle…

Ainsi donc, on entend peu ou pas parler de ce qui se passe en France. Les médias ont les yeux rivés sur l’Amérique, espérant notamment un faux pas de Trump, et sur les pays qui sont davantage touchés par la pandémie comme l’Italie, l’Espagne et la Chine qui sont brandis comme des exemples de ce qui pourrait nous arriver si ne nous suivons pas les directives gouvernementales. Ainsi donc, il n’y a ni critique, ni présentation exhaustive de ce qui se passe dans ce pays qui fut jadis le nôtre.

Sur les réseaux sociaux, ce qui ressort le plus de la situation en France, ce sont les interventions du docteur Didier Raoult, ainsi que les difficultés de l’État français d’imposer le confinement dans certains quartiers. Le reste, comme la gestion de Macron et le confinement, trouve très peu d’échos et la majorité des Québécois tendraient à croire qu’en France, la situation est similaire à celle du Québec, alors qu’ici, il n’y a pas encore de confinement.

Nous laissons conclure librement

Je me permets de vous remercier pour cette tribune. Paris Vox, média enraciné localement est inspirant et nous espérons un jour nous aussi pouvoir lancer des médias locaux viables comme le vôtre. Ceux qui veulent suivre la situation au Québec peuvent le faire en lisant Présent, qui est, si je ne m’abuse, le seul quotidien français à avoir un correspondant permanent au Québec, ou encore Le Harfang.