Quotidien Présent : « tenir sa place dans le paysage médiatique »

Quotidien Présent : « tenir sa place dans le paysage médiatique »

Paris Vox – Nous poursuivons notre tour des médias alternatifs. Rencontre aujourd’hui avec Francis Bergeron, du quotidien Présent qui nous explique comment continuer à faire vivre un journal papier dans un contexte compliqué.

Comment continuez-vous à faire vivre l’information malgré le confinement ? 

Les journalistes travaillent depuis leur domicile, l’un des deux monteurs-maquettistes aussi.  Les réunions de travail et de rédaction ont été suspendues. Une permanence téléphonique est assurée chaque jour au journal, et l’équipe administrative est en chômage partiel.  

Notre site internet est alimenté, et mis à jour quotidiennement, avec les nouveaux numéros, au fur et à mesure de leur parution. 

Nos abonnés sont censés être servis par La Poste. Malheureusement La Poste vient d’annoncer qu’elle ne ferait plus que trois distributions de courrier par semaine, ce qui, pour un quotidien distribué par voie postale, est un peu gênant.

Par ailleurs 20 % des kiosques sont actuellement fermés, et nous avons constaté une chute des ventes depuis le début de la période de confinement (le public n’est guère incité à sortir de chez lui pour acheter son journal, en ce moment !). Aussi avons-nous pris la décision de suspendre la mise en kiosques à compter du 24 mars, sauf pour les Hors-Séries, notre bimestriel à thèmes..

Vous alertez vos lecteurs sur l’importance de s’abonner, la distribution des journaux étant menacée à partir du 26 mars, pourriez-vous expliquer ce qui se joue actuellement ? 

En fait cette décision de suspendre la vente en kiosque était dans l’air avant même la procédure de confinement. La rumeur courait en effet d’un dépôt de bilan imminent de la société Presstalis, qui est l’entreprise monopolistique de distribution de la presse quotidienne nationale (Le Monde, Le Figaro etc., et Présent, bien entendu)

Selon certaines indiscrétions, ce dépôt de bilan devait intervenir le 26 mars. Quand il y, a dépôt de bilan, les créanciers ne sont pas payés. Et si le dépôt de bilan se transforme en liquidation, les créances, devenues “douteuses”, se transforment en pertes sèches. Nous craignions donc de ne jamais être payés par Presstalis pour les numéros de Présent vendus par son intermédiaire, et avions pris la décision de suspendre la vente en kiosque jusqu’à ce qu’on sache à quelle sauce Presstalis serait mangé (et ses clients avec).

Mais le coronavirus a tout chamboulé. La fermeture des tribunaux empêche par exemple Presstalis de déposer son bilan, car c’est une démarche qui passe par le Tribunal de Commerce. C’est le Tribunal de Commerce qui décide si l’entreprise peut continuer à fonctionner, ou si elle doit être liquidée.

Par ailleurs le gouvernement a dit qu’il entendait éviter les licenciements pendant la crise sanitaire. Or c’est entre 450 et 700 postes qui devaient être supprimés chez Presstalis. Tout semble donc figé du fait du coronavirus, mais il s’agit d’une conséquence indirecte et inattendue de cette crise sanitaire.

Nous reviendrons en kiosque dès le confinement levé, et sous réserve que nous soyons rassurés sur l’avenir à court terme de Presstalis.

Comment se porte le quotidien Présent ?  

Avant la crise sanitaire, Le résultat d’exploitation était à l’équilibre. En revanche nous poussons devant nous une énorme dette qui a trouvé son origine dans la démission de collaborateurs, en 2014. Ces collaborateurs ont  fait jouer la “clause de conscience des journalistes”. Le quotidien serait, selon eux, devenu soudainement “d’extrême droite” en mars 2014, et trop proche du Front national. Aucun de ces dossiers n’est définitivement clos. Par ailleurs le Tribunal de Commerce nous laisse dix ans pour régler les seules dettes du journal, qui sont ces dettes-là. Mais il est certain que c’est un gros obstacle à notre développement. Et ce coup, venu d’anciens journalistes, certes proches de l’âge de la retraite, voire l’ayant dépassé, est spécialement décevant. L’argent rend fou…

Nous vous laissons conclure librement 

Présent fait partie d’un écosystème d’information, au même titre que TV Libertés, Radio Courtoisie, Valeurs actuelles, Monde & Vie, Eléments, Boulevard Voltaire, Fdesouche, L’Incorrect etc.. Mais dans cet ensemble de médias, Présent est le seul quotidien papier. Il est donc important qu’il tienne sa place dans le paysage médiatique, et qu’il revienne en kiosque dès que la crise sanitaire sera finie.
Car la visibilité de la présence  dans les points de vente de la presse écrite est un créneau à tenir.

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