Retour sur le psychodrame de l’ICES

Retour sur le psychodrame de l’ICES

Paris Vox (Tribune) – Dimanche 19 mai, la France apprenait avec stupeur l’action violente et profondément homophobe menée la veille à la Roche-sur-Yon en Vendée par un groupe de jeunes activistes.

C’est tout d’abord Marlène Schiappa qui a 12h36 a ouvert le bal en condamnant fermement les violences commises la veille à l’encontre du stand du Centre LGBT Vendée place Napoléon. A cette heure, on parle purement et simplement de saccage. Bruno Retailleau, président du groupe LR au sénat et sénateur de la Vendée lui a rapidement emboîté le pas à 12h40 dénonçant la haine et des comportements inadmissibles. Le maire de la Roche-sur-Yon n’a pas hésité à poser sa pierre et le préfet de la Vendée a ultérieurement reçu les militants du Centre LGBT Vendée pour leur apporter son soutien. Rapidement, les réseaux sociaux enflammés ont pointé du doigt l’Institut Catholique d’Etudes Supérieures. En effet, fondé en 1985 par Philippe de Villiers, l’Institut Catholique de Vendée ,comme il aime à se définir, a toujours eu du mal à se fondre dans le paysage local. Au cœur d’une ville historiquement ancrée à gauche depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’école libre dérange, surtout quand elle draine des quatre coins de la France enseignants et élèves cherchant une liberté de ton et de pensée qui ne passe plus depuis 1968.

Alors évidemment, après une rapide déclaration Facebook annonçant des sanctions contre les protagonistes impliqués dans les évènements de samedi, l’ICES a redoublé d’effort lundi en publiant un communiqué de son directeur Eric de Labarre condamnant formellement des « actes de violence », lors d’un « grave incident » ayant impliqué des jeunes de son établissement. Ces jeunes ayant agi par « idéologie et militantisme » ne représentent pas les valeurs de l’ICES ou de l’université en règle générale et subiront des sanctions exemplaires car « leurs débordements ont été exemplaires ». Dans ce communiqué, M. de Labarre assure également le public du soutien de la grande majorité des 1300 étudiants de l’ICES eux aussi choqués par ces comportements. Il demande par là même aux étudiants de se serrer les coudes car ce « qu[ils] viv[ent] ensemble est très dur et même violent ». Dans la foulée les associations étudiantes composant l’ICES signent une tribune commune dans laquelle ils rappellent leur attachement à la lutte contre l’homophobie et la transphobie et apportent leur soutien aux victimes dont le centre LGBT Vendée.

La grand-messe semble donc être dite et le cancer homophobe sévissant à l’ICES traité massivement dès les premiers symptômes. Cela n’empêchera pas durant la semaine un grand nombre de médias de titrer sur cet événement, dont Quotidien qui comme à son accoutumé a su « retrouver » le témoin qui va bien.

Cependant, des voix s’élèvent contre ce qui semblerait être une cabale disproportionnée à l’encontre des quelques élèves sacrifiés sur l’autel de la dédiabolisation de l’institution. Pis, nombre d’étudiants et d’anciens reprochent au directeur son à-plat-ventrisme et sa trahison de la devise de l’ICES  : « l’audace d’être libre ».

Que s’est il donc réellement passé le 18 mai 2019 place Napoléon  ? Agression homophobe ultra-violente orchestrée par un groupe de jeunes nervis immatures, action politique motivée ayant dérapé ou peut être même simple fait divers exploité à charge par les réseaux LGBT  ?

Tout part d’une vidéo mise en ligne dès samedi et montrant une dizaine de jeunes hommes traversant le « village » monté par les associations LGBT en scandant le traditionnel slogan « Homo-folie, ça suffit  ! » l’un deux porte un sweat de la manif pour tous et un autre un sweat de l’ICES. Sans jamais s’arrêter ni entrer en contact avec les militants LGBT, l’un d’entre eux renverse un panneau sur lequel flottait un drapeau LGBT alors qu’un autre perce quelques ballons de baudruche aux couleurs arc en ciel. Alors qu’ils sont rattrapés par des individus vindicatifs, les jeunes tentent de poursuivre leur chemin et semblent finalement quitter la place Napoléon, la vidéo complète durant 2 min 08.

Mareva, militante du centre LGBT Vendée ,reconnaissait sur TF1 le caractère anodin des « ballons éclatés et de [l’arrachage] d’un drapeau »

Dans ce cadre, le parquet de la Roche-sur-Yon a annoncé ouvrir une enquête et travailler sur la qualification potentielle des actes commis par les jeunes étudiants-activistes. La tâche semble en effet ardue dans la mesure où tous les éléments arrivant au compte goutte quelques jours après les faits semblent concorder vers un simple trouble à l’ordre public sans conséquence matérielle ou physique. Alors que Mareva, militante du centre LGBT Vendée ,reconnaissait sur TF1 le caractère anodin des « ballons éclatés et de [l’arrachage] d’un drapeau », cela n’a pas empêché la police d’entendre une dizaine de personnes et de mettre en garde à vue deux jeunes durant 48h, durée maximale légale autorisée dans ce contexte. Ces derniers seront convoqués devant la justice fin octobre et répondront de qualifications telles que « incitation à la haine », « vol en réunion » (d’un drapeau arc en ciel), « agression » … De son côté, le directeur de l’ICES a pris des mesures radicales et déclarait sur France 3 que son institution reviendrait à l’organisation de conférences sur l’éducation affective et sexuelle. Lui-même pourtant déclarait quelques mois plus tôt  : « soyez résistants, soyez rebelles, à l’ICES nous n’aimons pas les moutons de panurge ».

Le mythe d’un front républicain des étudiants face à l’horreur homophobe s’est également écroulé assez rapidement lorsque se répandit la nouvelle du limogeage du président du BDE et de ses équipes, seuls représentants élus des étudiants, afin d’accélérer la passation de pouvoir à un nouveau BDE plus collaboratif.

Tous les étudiants identifiés passeront le 28 mai en conseil de discipline. Certains professeurs de l’établissement prendront leur défense alors que la machine répressive pénale poursuit en parallèle son entreprise de nettoyage politique. Plus que cette double peine qui risque de s’appliquer à des jeunes ayant exprimé sur la voie publique leur révolte face à un militantisme LGBT toujours plus voyant et toujours plus radical, il convient également de s’inquiéter du virage emprunté par des organismes et institutions fondés en principe pour lutter contre la pensée unique.

La manif pour tous a bien évidemment condamné dès dimanche l’action de ces jeunes, se réservant le droit d’engager des poursuites judiciaires, mais n’était-il pas du rôle d’un chef, d’établissement en l’occurrence, de faire preuve au moins de retenue et d’analyse et au mieux de faire le tampon entre ses jeunes élèves et la meute politico-médiatique réclamant du sang, ministre de la république en tête  ?

Sans préjuger de son honneur d’homme, était-il dans son rôle de dirigeant, non pas d’entreprise marchande, mais de creuset intellectuel catholique en défendant son image (l’ICES est actuellement en recherche d’investisseurs pour sa nouvelle extension), plutôt qu’une dizaine de jeunes engagés  ? Était-il fidèle à la mission qui lui a été confiée par le diocèse en cautionnant et en encourageant le soutien apporté par ses équipes aux lobbys LGBT ?

Quid également des parents d’élèves en droit de s’interroger  : pour 3000€/an, l’ICES est à même de préparer leurs enfants aux oraux des plus hauts concours français (St Cyr, Sciences-po…) mais son directeur n’est pas en capacité de tenir un entretien de 5 minutes avec France Bleu sans se liquéfier. Peut-être faut il aller chercher du côté de son chargé de communication, Cyril Pasquier, « catholique engagé en soutien total au centre LGBT de Vendée » et appelant à manifester avec les associations LGBT vendredi dernier alors même que tout le monde a les yeux braqués vers Eric de Labarre que les associations attendent de pied ferme à ce défilé.

Toujours est-il que le directeur de l’ICES a d’ores et déjà perdu la partie et quelques soient ses prochaines manœuvres, il ne gagnera pas la bataille médiatique face à la bien-pensance et laissera un goût amer au sein de la structure pour laquelle il aura sacrifié le cursus universitaire de jeunes catholiques.

François Lecahm

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