Faut-il se méfier populisme ?

Faut-il se méfier populisme ?

Paris Vox (Tribune – via Présent) – Le terme « populisme » est tellement vilipendé, dénigré, méprisé par les élites oligarchiques et leurs domestiques médiatiques qu’on pourrait avoir tendance, instinctivement, épidermiquement, « affectivement », à se l’approprier, à le défendre et à le revendiquer. Pourtant c’est un terme tellement vaste, tellement flou, tellement fourre-tout, qu’il mérité d’être interrogé.

Ainsi peut-on commencer par se questionner sur ce qui unit les diverses personnalités qui se voient qualifier par ce terme (on pourra d’ailleurs noter que c’est généralement leurs adversaires qui l’attribue, davantage qu’elles ne le revendiquent) : Viktor Orban, Matteo Salvini, Donad Trump, Jair Bolsonaro… Cette simple énumération révèle toute la problématique et l’ambiguïté du concept tant ces personnalités sont diverses et n’incarnent pas les mêmes réalités politiques. Elles n’ont pratiquement rien de commun entre elles si ce n’est l’opprobre que leur voue la pseudo-élite politico-médiaticointellectuelle d’Europe de l’ouest qui les rassemble de force sous le même étendard. Quel rapport, en effet, quelle communauté d’intérêts, entre un l’ex-communiste Salvini et le milliardaire libéral Trump, le protectionnisme de l’un se heurtant à celui de l’autre, les frappes militaires de l’un encourageant le chaos géopolitique et migratoire que subit l’autre de plein fouet ? A la rigueur on peut trouver comme seul point de convergence une certaine opposition à l’immigration incontrôlée. Sans rien nier de l’importance fondamentale de cette problématique, il faut admettre que cela fait tout de même bien peu pour fonder une quelconque unité politique.

D’une certaine façon, Emmanuel Macron lui-même pourrait être considéré comme un président populiste si l’on se base sur ses thèmes de campagne (« Sortir les sortants ! », « Place à la société civile ! » « Changement, jeunesse, modernité ! », « jeunisme »…), ses méthodes d’action et ses scores électoraux avant la dégringolade. On voit donc là qu’un « populisme » peut en chasser un autre et qu’il peut également très bien servir de marche-pied à un candidat de la finance mondialiste.

Un terme à manier avec prudence

Le « populisme » apparaît donc comme un terme à manier avec la pus grande prudence, pour éviter de tomber dans la démagogie et dans une sorte de « systématisme inversé » qui conduirait à défendre toute action, tout mouvement ou tout phénomène qui serait dénoncé, à un degré ou un autre, par nos adversaires et leurs relais journalistiques, comme étant « populiste ». Ce ne sont pas les éditorialistes de Libé ni les journalistes de BFM qui doivent définir et programmer l’agenda politique et les affinités idéologiques des patriotes et des identitaires. Ainsi, par exemple, un identitaire et un écologiste sincère peut difficilement défendre et louer un Bolsonaro qui veut encore accroître l’exploitation de la forêt amazonienne et « retirer le moindre pouvoir » aux populations indigènes indiennes… Et ce même si le dit Bolsonaro est présenté comme un « méchant populiste » par les médias du système. Il apparaît impératif de se pencher sur la réalité des faits, des idées, des programmes, des actes, pour juger et jauger, et non sur le traitement médiatique de ceux-ci. On peut alors faire le tri entre le bon grain et l’ivraie et ne pas se laisser berner par de « faux amis »excipés par l’adversaire comme autant d’épouvantails. Le véritable « populisme » pourrait être défini comme l’art délicat d’écouter et d’entendre le peuple pour bien savoir l’orienter et le diriger, mais certainement pas comme le fait de le suivre aveuglément ni se mettre à la remorque de tout mouvement collectif de plus ou moindre grande envergure, si « sympathique » puisse-t-il paraître au premier abord, e risque étant de tomber dans un « excès » de « populisme », qu’on pourrait appeler « populo-démagogisme » ou « populaciérisme ».

La politique exige, pour être efficiente, une cohérence globale, un programme clair et solide, une alternative construite, cohérente, des cadres formés, une colonne vertébrale idéologique… etc. Or le « populisme » est avant-tout un phénomène de l’ordre du ressenti, du spontané, de l’affectif et du circonstanciel, qui a certainement ses indéniables qualités, mais aussi, très clairement, ses limites.

Xavier Eman  (initialement paru dans le quotidien Présent  – www.present.fr)

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