Paris dans la littérature

Paris dans la littérature

PARIS VOX – EN PARTENARIAT AVEC LA REVUE LITTÉRAIRE NON CONFORME LIVR’ARBITRES, RETROUVEZ DÉSORMAIS RÉGULIÈREMENT SUR PARIS VOX UNE SÉLECTION D’EXTRAITS DE TEXTES LITTÉRAIRES ÉVOQUANT PARIS ET L’ILE DE FRANCE, LEUR HISTOIRE, LEURS HABITANTS, LEURS RUES ET LEURS MONUMENTS…. AUJOURD’HUI, ROBERT BRASILLACH.


Vaugirard

Dans Notre Avant-guerre (1941), Robert Brasillach évoque le quartier Vaugirard, au début des années 30. De quoi se faire une idée nette du progrès.

« Je devais apprendre à beaucoup aimer ce quartier populaire et aéré, aux maisons sans beauté, mais animé d’une vie familière, et ouvert, pour qui savait regarder, au plus charmant pittoresque. Nous recherchions, à travers ces grandes rues entre de hautes bâtisses, l’ancien village de Vaugirard, qui n’est pas si difficile à reconnaître. Il ne reste rien, presque toujours, de ses maisons : mais la forme même d’une place, la courbe illogique d’une rue, révèlent soudain, la vieille bourgade campagnarde. Par là-dessus, les temps modernes ont jeté leurs formes. C’est un faubourg, rempli de petites usines, où, dans l’été 1936, fleuriront les drapeaux rouges, et où on quêtera partout pour les grévistes. Au marché Cambronne, qui est l’un des plus vivants de Paris, s’opposent les boutiques du nouveau square, bâti depuis peu sur l’emplacement de l’ancienne usine à gaz : à Noël, les marchands de poisson, les épiciers, revêtent des tenues de carnaval, des hauts chapeaux Louis-Philippe, des robes rayées de tricoteuse, et se lancent avec allégresse dans une guerre des marchés rivaux. Chaque soir, sous les globes électriques, la foule énorme emplit les carrefours de cris et de marchandages, impose une vie magnifique à ces rues banales. Et puis, les Russes ont choisi le XVe arrondissement comme lieu élu de leur exil. On rencontre des popes à longue barbe, à grosses croix pectorales. On sait que dans une cave se réunissent des Vieux-Croyants, chrétiens séparés parmi les chrétiens séparés. Dans les boutiques où l’on vend la cuisine toute faite, le soir, il n’y a guère que des Russes.

Nous avons vécu trois années dans ce faubourg charmant et provincial, à connaître le vieux petit boulanger, qui était délicieux, la teinturière, la concierge de notre femme de ménage qui passait ses chats au bleu de méthylène, notre femme de ménage elle-même, romanesque, fantaisiste, dévouée et baroque, l’Italien marchand de jambon, la petite place de métro Convention, avec sept bancs de bois sous les arbres pauvres, où les soirs d’été, s’entretenaient les chargement d’amoureux et de vieillards. Nous abordions une vie libre à Paris par ce qu’elle peut avoir de plus plaisant, par ses petites gens ingénieux et malins, par les marchands de quatre saisons, les artisans provinciaux, les marchands de couleurs où l’on trouve toute chose pensable et non pensable, et la vie provinciale des quartiers un peu éloignés. »

Robert Brasillach, Notre Avant-guerre, chapitre IV.

 

 

Illustration : Paul Gauguin, Maisons à Vaugirard, 1880.

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