N’est pas victime de la censure qui veut.

N’est pas victime de la censure qui veut.

Paris Vox – « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la connerie ! Vive Trotski ! » C’est pour cette plaisanterie dans une correspondance privée que Ludvik Jahn se retrouve enrôlé de force dans « l’armée des noirs », celle des déviants politiques et ennemis de classe du régime socialiste tchèque dans le roman de Kundera (« La plaisanterie »).


A l’époque, on ne rigolait pas avec la censure et avec les sanctions contre les contrevenants. Aujourd’hui on crie à la censure et on pleurniche dès qu’une plateforme privée décide de nous virer parce qu’elle n’aime pas trop ce en quoi l’on croit et ce que l’on publie. Cela revient très littéralement à payer pour avoir le droit de jouer et après de geindre parce que les règles du jeu ne nous conviennent pas.

Comme on disait quand j’étais gamin : «  son ballon, ses règles ». C’est pour cette raison que l’édito de l’excellent Jean Ernice (https://www.parisvox.info/2018/06/17/agir-face-a-la-censure/) me parait insuffisant. Les conclusions sont bonnes mais il me semble qu’il y a une erreur dans l’analyse des causes.

Bien entendu il y a une dimension politique dans la suppression des pages de tel ou tel camarade ou association amie. Mais qui a pu croire un instant que nos hébergeurs nous considéraient avec sympathie ?

Il y a peu, ma femme travaillait en free-lance sur une plateforme uberisant les ingénieurs. Elle y trouvait son compte et des clients jusqu’à ce que cette plateforme lui ferme son compte sans la moindre explication ni possibilité de faire appel. Notre première réaction, passée la stupéfaction a été de nous plaindre parce que ce n’était pas juste. Puis nous nous sommes souvenus que nous ne faisons pas partie de ceux qui pensent que la vie peut ou doit être juste. Ma femme a donc décidé de ne plus mettre tous des œufs dans le même panier. La sagesse populaire a souvent du bon. Mais cela nécessite beaucoup plus de travail, de risques et moins de confort.

Nous en sommes là aujourd’hui. Nous nous sommes nous-mêmes ligotés au cheval d’arçon et nous ne comprenons pas que le propriétaire du donjon nous utilise comme une poupée gonflable.

Nous sommes dans cette situation car notre entre-nous confortable est une prison, que nous ne travaillons pas assez et que nous n’avons pas assez d’imagination.

A nous d’aller chercher et de convaincre les ingénieurs qui seront capables de nous créer les plateformes dont nous avons besoin pour nous exprimer. A nous d’exister en travaillant ou en donnant à ceux qui risquent leur carrière et leur bien-être matériel à la cause commune. A nous de réaliser que nous pouvons être libres si nous acceptons d’en prendre le risque.

Nous n’avons de toute façon plus le choix. La catastrophe est déjà là.

Ils ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux.

En attendant, emmerdons les jusqu’à notre disparition.

Woland

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