Acheter le monde…

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Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur l’affaire « Mamoudou Gassama » et son incroyable instrumentalisation médiatico-politique.


Il faut bien l’avouer, l’affaire Gassama sent bon le fait divers bien calibré, pour ne pas dire choisi et ciselé. Toutes les circonstances sont réunies pour que la séquence dramatique soit parfaite. Un clandestin dans la force de l’âge et sportif, un enfant dans une posture à peine croyable, un voisin apathique qui réagit avec la célérité d’un escargot hémiplégique et quelques téléphones portables qui déclenchent la vidéo au bon moment. Je vous rassure tout de suite  : rien à ce stade de l’histoire ne m’autorise à parler de coup monté et je m’en garderais bien. Je me bornerai donc  à souligner que ce bon gros fait divers qui oscille entre Spiderman et la caméra cachée tombe à pic pour le pouvoir, la propagande morale et les nombreux lobbies du Padamalgam. Bref, ces hypothèses levées, cette affaire est tout de même révoltante. Révoltante parce qu’elle appuie encore sur le circuit court de l’affectif au détriment de l’analyse. Révoltante parce que l’on fait de ce clandestin malien un super-héros dont le nom s’étale dans toute la presse mais qu’on ne connait et qu’on ne connaîtra jamais aucun des noms des vingt-et-un soldats français tombés pour la France au Mali en opération. Révoltante parce qu’elle joue sur l’inversion dissymétrique du Padamalgam  : Quand un immigré est mauvais, les autres ne le sont pas, mais quand on en trouve un valeureux, il faut alors présumer que tous les autres le sont.

Quand un immigré est mauvais, les autres ne le sont pas, mais quand on en trouve un valeureux, il faut alors présumer que tous les autres le sont.

Mais ce qu’il y a de plus révoltant dans l’affaire Gassama, si bien sûr on en admet la réalité, c’est qu’à un acte potentiellement désintéressé et profondément humain, on a répondu par l’octroi d’avantages matériels et situationnels irréguliers et exorbitants.

On a en quelque sorte acheté et monnayé l’altruisme, le don de soi. C’est bien là un trait majeur du système capitalo-libéral actuel. Et Emmanuel Macron, produit chimiquement pur de l’hyperclasse financière ne pouvait pas y répondre autrement. Il ne connait pas et/ou fait semblant de ne pas connaître d’autre mode de règlement. Il ne pense que par transaction et paiements. Surtout, cette pensée fondée non sur la morale, le droit ou la règle mais sur l’émotion et le moment ne peut que déboucher sur la discorde. La destruction de la règle est devenue la règle si vous me permettez cette figure de style. Il existe dans notre pays depuis 1901 une Médaille d’Honneur pour Actes de Courage et de Dévouement. Elle récompense toute personne qui, au péril de sa vie, se porte au secours d’une ou plusieurs personnes en danger de mort. Le premier degré de cette décoration consiste d’ailleurs en une simple Lettre de Félicitations pour un premier acte de sauvetage.

On saluera quand même ces centaines de français de souche valeureux qui chaque année, humblement, en sauvent d’autres sans jamais demander rien à personne. Honneur à eux !

Voilà, une lettre de félicitations aurait suffi. Mais non, on a eu la réception à l’Elysée, la naturalisation expresse que les légionnaires apprécieront, eux qui attendent trois ans et enfin le boulot en  prime, chez les pompiers qui eux aussi s’étranglent en voyant arriver le quidam. Faire de l’exception à répétition, fonctionner par coups médiatiques voilà le jack pot permanent que tente de gagner la start-up nation que dirige Macron. On aurait d’ailleurs tort de croire que la start-up nation est un concept, un système qui se borne à gérer un pays comme une entreprise. La start-up nation entend aussi rendre tout monnayable, contractuel, négociable. En ce sens, Gassama est en quelque sorte l’employé du mois !Elle entend la start-up nation poser le rousseauisme, le contrat interindividuel comme seul mode d’expression. Ce qui n’était qu’une idée s’incarne peu à peu dans le réel. Macron en bon banquier sait bien jouer à cette surenchère. La preuve, au jeu de la concurrence le président français à surclassé le président malien qui proposait à Gassama une place dans les forces armées de son pays. Et oui, il parce qu’il faut le rappeler, Gassama naturalisé n’était pas apatride, il est malien. Et un malien dans l’armée malienne pour défendre son pays c’est non seulement logique, mais cela a du sens. Seulement au jeu des propositions, un boulot et une nationalité française ça pèse. Et le Gassama a vite compris les règles, il a rationnalisé son gain. Spiderman vendu au marché en marche. « Avantage » France hélas.  On attend avec impatience les prochains épisodes de Marvel Macron  : Le pakistanais volant, le turc insubmersible, le chinois d’acier … mais on saluera quand même ces centaines de français de souche valeureux qui chaque année, humblement, en sauvent d’autres sans jamais demander rien à personne. Honneur à eux  ! Bonne semaine  !

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