Déséquilibristan

Déséquilibristan

Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur l’incapacité de l’Etat à appréhender le terrorisme sous un autre angle que le « déséquilibre mentale ».


Il y a peu, avec mon vieux camarade Benoît qui est un peu de la partie, nous devisions sur le fait que nombre de djihadistes revenus de la zone syro-irakienne, attrapés avant leur départ ou radicalisés in situ étaient bien entendu fichés S, mais aussi pour beaucoup astreints à un suivi psychologique d’ailleurs fort onéreux pour la communauté nationale. Et nous en étions arrivés à la conclusion que, outre le désir pathologique et xénophile de sauver « l’autre » malgré lui, ce suivi psychologique avait bien une visée curative … mais pas pour les djihadistes, non, pour nous, oui pour nous les citoyens. Car en définitive, c’est nous qu’il faut préparer à l’équarrissage, au démembrement, à l’égorgement, aux bombes, à l’acide, au viol et à la terreur. Et il faut que l’oligarchie puisse nous administrer le remède de la cohérence. Une cohérence par le haut en quelque sorte. Une tentative psychologisante de renverser la chaine alimentaire en cours qui fait de nous des proies assez faciles. Mais comment faire sans apparaitre faible  ? Comment faire sans admettre que tout contrôle sur l’ennemi est perdu, voire pire que tout contrôle sur l’ennemi n’a jamais été réellement voulu et possible parce que systématiquement annihilé par le dogme antiraciste, oui comment  ?

Comment faire sans admettre que tout contrôle sur l’ennemi est perdu, voire pire que tout contrôle sur l’ennemi n’a jamais été réellement voulu et possible parce que systématiquement annihilé par le dogme antiraciste, oui comment ?

C’est une tâche assez ardue, même pour un appareil d’Etat, mais à laquelle les anciens gauchistes psychanalysant ralliés au libéralisme  – vous savez, la génération des Gérard Miller, ceux qui sont passés du col mao au rotary comme le dit si justement Guy Hocquenghem – a donné la solution. Elle est simple, comme toutes les solutions produites par l’ingénierie sociale  : les djihadistes sont des déséquilibrés. Voilà d’ailleurs pourquoi on les suit, voyez-vous  ? Alors toujours avec mon vieux camarade Benoît nous avons formé la théorie du « Déséquilibristan ». Bien mieux que Daesh, l’Occident, incapable de conceptualiser, de penser qu’il est encore possible de tuer ou de mourir pour une idée ou un dieu, a inventé l’Etat suprême, le Déséquilibristan. A la fois parfaitement utopique et parfaitement réel, cet Etat-refuge est la meilleure traduction des ravages de la psychanalyse et de son instrumentalisation par l’oligarchie. Une copie plus intelligente et plus fine que l’univers psychiatrique répressif soviétique. Une réalité volontairement névrosée qui permet de concevoir l’altérité mortifère comme non-normale ou plutôt malade. L’islamisme n’est donc plus la manifestation d’une volonté, les attentats ne sont pas des actes guerriers, ils sont les symptômes d’une maladie mentale. Extraordinaire Déséquilibristan, Etat peuplé de fous de Dieu ravis d’être pris pour des fous tout court. Il est la parfaite traduction du vide, de l’impossibilité pour l’homme creux occidental à penser le dépassement du soi autrement que comme une pathologie. Mais le Déséquilibristan parce qu’il est finalement admis par les populations est aussi le marqueur de l’extrême faiblesse de l’âme européenne qui préfère une pseudo-rationalisation de la menace à la riposte et la révolte. Il est enfin piquant de constater que nos élites essaient de nous expliquer que la force de l’ennemi – qui réside dans la grande cohérence entre sa foi et ses engagements – est en fait un défaut, une tare mentale. C’est vrai qu’en face, « l’homo cretinus consumans » est méchamment physiquement et mentalement armé contre ces menaces, n’est-ce-pas  ? ! La seule réponse du système est donc de rationaliser son incompréhension, de cataloguer sa bêtise pour finir par disculper ses bourreaux au nom d’une vision scientifique prétendument supérieure  ! A moins que ce ne soit tout bonnement le meilleur moyen qu’ait trouvé l’oligarchie pour castrer les masses, dissoudre toute velléité de réaction. Quoi qu’il en soit, et comme le disait Anthonin Artaud, c’est folie aujourd’hui de ne pas être fou dans ce monde de fous. Bienvenue donc en Déséquilibristan, ce pays radieux où les victimes hautaines offrent à leurs meurtriers la légitime folie du triomphe. Bonne semaine  !

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