Libéralisme national ?

Libéralisme national ?

Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il se penche sur le positionnement idéologique dit « national-libéral ».


Souvent avec le camarade Xavier Eman et quelques autres nous nous retrouvons aux prises avec cette espèce se déclarant « nationale-libérale ». Et souvent aussi ces braves gens – je le dis sans moquerie aucune – nous expliquent qu’il est tout à fait possible de concilier défense de la nation et libéralisme économique. Les plus « durs » d’entre eux adoptent une ligne que l’on pourrait qualifier d’ethno-libéralisme et traduire par « prospérer sans immigration », mais la plupart sont tout de même dans une posture intégratrice même si pointilleuse et exigeante sur les critères de choix et de sélection des candidats.

Bref, lors de nos joutes, nous nous faisons très souvent expliquer que le marché n’est pas notre ennemi (ce qui peut se concevoir) ni non plus le Capital (ce qui nous laisse pour le coup très dubitatifs). Et l’on nous assure de surcroit que la prospérité nécessaire d’une nation doit s’accommoder de moindres règles et de souplesses économiques et financières. Inutile de vous dire qu’à ce point des débats, nos griffes sociales et solidaristes sont acérées et taillent dans le vif. Une fois traités de gauchistes socialisants (ce qui n’est pas pour nous déplaire, même si c’est  faux) il nous reste quand même à considérer ceux qui se disent eux-mêmes ressortir d’une droite décomplexée, conservatrice sur les mœurs et la sécurité, tatillonne quant aux flux migratoires mais ouverte sur l’économie mondiale et ses richesses. On pourrait donc teinter le libéralisme d’une conscience identitaire ou tout au moins patriote ? Mouais …

Je sais qu’il va s’en trouver parmi vous chers auditeurs pour se reconnaitre dans ce portrait et sentir venir de ma part des piques acerbes. Je vous rassure tout de suite, je suis toujours soucieux de me tenir loin des procès par contumace, préférant la vérité d’une conversation à la facilité de l’anathème impersonnel des ondes. Il n’est donc pas question ce matin d’une quelconque tribune contre cette droite décomplexée mais bien plutôt d’un rapport d’observation abrupt qui à mon sens produit dans le réel de véritables objections à la vulgate libérale. Si l’on dépasse, par soucis de réalisme et d’honnêteté, les mensonges répétés de Pôle emploi sur les chiffres du chômage et qu’on préfère se référer à des études sérieuses issues des laboratoires d’économie, on se rend vite compte que l’on n’est pas à 10 % de chômage mais largement au-delà des 20. Marc Rousset est de ceux-là qui nous rappelle que le taux de chômage salarié frôlerait même les 30 %  ! Dès lors, comment comprendre la démarche de ce qui s’est passé jeudi dernier à Lyon à savoir le premier salon (à notre connaissance du moins) de rencontre entre employeurs et « réfugiés » ? Un forum pour l’emploi exclusivement dédié aux immigrés de très fraiche date  ! Pas moins de quatre-vingts emplois offerts aux cinquante candidats présents, tous pourvus  !

Un forum pour l’emploi exclusivement dédié aux immigrés de très fraiche date ! Pas moins de quatre-vingts emplois offerts aux cinquante candidats présents, tous pourvus !

 

Un partenariat entre Pôle Emploi, la préfecture du Rhône et une association Habitat et Humanisme. Si pour les deux premiers acteurs nous n’avons plus aucune illusion, nous découvrons le troisième avec plus d’étonnement le troisième. Habitat et humanisme, une association fondée par Bernard Devert, homme d’affaire lyonnais ayant prospéré dans l’immobilier et ordonné prêtre catholique à la fin des années 80. Remords de businessman  ? Point du tout pour celui qui veut réconcilier l’économie et le social en fondant ce qu’il appelle une entreprise à caractère social. Décoré de la Légion d’Honneur en 2009, il a même reçu en 2016 le prix de l’entreprenariat social attribué par le Boston Consulting Group (nouvel employeur de l’ancien chef d’Etat-major des armées, le général de Villiers au passage). Et ce projet de forum d’emploi pour réfugiés a été mené par un lieutenant de Devert, un certain Matthieu de Châlus nouveau DG de l’association, fils d’une vieille famille de la noblesse auvergnate passé par l’EDHEC, April Group et Europ Assistance aux Etat-Unis. On est ici très loin des profils de gauchistes habituellement aux petits soins pour les migrants. Et comment croire que ces deux personnes, Devert et Châlus, tous deux issus de vieilles souches françaises, puissent se rapprocher de ce courant de pensée  ? Hé bien ils ne le font pas et se pensent sûrement patriotes. La lecture du blog du père Devert est éclairante. Conservatisme moral sur le plan de la fin de vie notamment, citations de Bernanos, mais aussi mise au service du libéralisme à des fins sociales, pardon humanistes. Hé bien voyez-vous, c’est cet humanisme de marché moi qui me gêne. Car, comme toute technique du Capital appliqué à l’Humanité, il en vient par une parfaite inversion antinaturelle mais économiquement logique à nier le facteur ethnique au nom de l’éthique. Un réfugié qui travaille est un homme intégré  ? La belle affaire  ! Et le français de souche au chômage, c’est un privilégié peut-être  ? Ce forum n’a créé aucun emploi pour lui, ni pour aucun autre français de souche. Quand intégrer désintègre. Et l’éthique de responsabilité tant rappelée dans cette opération n’est que l’achat d’une bonne conscience du Capital à visage « humain ». Alors navré mais on ne peut faire commerce de l’identité et là s’arrête donc ma compréhension du marché. Bonne semaine.

 

 

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