Histoire de Paris : Les enceintes de Paris (3/5)

Histoire de Paris : Les enceintes de Paris (3/5)

Paris Vox – Depuis la Seine, enceinte naturelle du Paris des premiers temps, jusqu’au périphérique dont la boucle fut achevée en 1973, la ville de Paris s’est toujours définie à l’intérieur d’enceintes. Des vestiges des fortifications successives, trop petites pour la ville en perpétuelle croissance, sont encore visibles dans quelques lieux historiques de la capitale. Balade sur les tracés de ces cloisonnements qui ont fait Paris.


ENCEINTE SOUS CHARLES V ET CHARLES VI (1356 – 1565)

La perte de la bataille de Poitiers en 1356 et la captivité du roi Jean faisant appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu’au cœur de la France, le dauphin songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il ne changea rien à l’enceinte de Philippe-Auguste, parce que les nouveaux faubourgs se trouvèrent si petits, qu’il ne jugea pas à propos de les mettre à couvert ; il se contenta de les ruiner pour empêcher l’ennemi de s’y loger ; le rempart déjà existant fut entouré d’un fossé.

Du côté du nord, les faubourgs étant beaucoup plus considérables et plus près des murs, il fut résolu de les enfermer dans de nouvelles fortifications. C’étaient d’abord de simples fossés, qui furent depuis remplacés par des murailles flanquées de tours. Cette entreprise, commencée sous Charles V, ne fut achevée que sous Charles VI. Elle coûta 162,520 livres, somme équivalant aujourd’hui à 1,170,000 francs ; à cette occasion, 750 guérites en bois furent attachées aux créneaux des murailles. Nous avons dit que l’enceinte précédente aboutissait d’un côté entre le pont Saint-Paul et le Pont-Marie, vis-à-vis la rue de l’Étoile. Charles V la fit reculer jusqu’à l’endroit où est l’Arsenal ; et les portes Saint-Antoine, Saint-Martin et Saint-Denis, furent placées où nous les voyons aujourd’hui. (La porte Saint-Antoine a été abattue quelque temps avant la révolution.)

Depuis la porte Saint-Denis, les nouveaux murs longeaient la rue de Bourbon Villeneuve, traversaient les rues du Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires, l’hôtel de Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré près l’ancien hospice des Quinze-Vingt, et allaient finir au bord de la rivière, par la rue Saint-Nicaise. Aux quatre extrémités de l’enceinte générale, comme à celle de Philippe-Auguste, il y avait quatre grosses tours : la tour du Bois, près du Louvre ; la tour de Nesle, où est le palais de l’Institut ; la tour de Tournelle, près de la porte Saint-Bernard ; et la tour de Billi, près des Célestins. Elles défendaient des deux côtés de la rivière l’entrée et la sortie de Paris, par de grosses chaînes attachées d’une tour à l’autre, et qui traversaient la Seine, portées sur des bateaux placés de distance en distance.

L’approche de l’île Saint-Louis était défendue par un fort. Jusqu’à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées ; cependant la ville s’accrut considérablement, tant par des constructions qui s’élevèrent par degrés dans des terrains vagues qu’on y avait renfermés, que par les nouveaux faubourgs qui se formèrent à ses portes. Ces faubourgs s’étaient tellement étendus, que, sous Henri II, on commença à s’en inquiéter et à craindre l’excessive grandeur de Paris. Une ordonnance du roi défendit de bâtir davantage dans ses environs ; et le projet fut formé de construire une nouvelle muraille qui renfermerait définitivement cette ville dans ses dernières limites.

Le plan en fut arrêté au conseil en 1550, et des bornes furent plantées du côté de l’Université ; mais cette entreprise resta sans exécution. La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris fut la construction d’un rempart qui commençait au bord de la rivière, au-dessous de la Bastille, et se prolongeait jusqu’au-delà de la porte Saint-Antoine. François Ier avait déjà tenté plusieurs fois ce travail, lorsque les guerres qu’il avait à soutenir contre l’empereur lui faisaient craindre que les armées d’Allemagne, qui venaient jusqu’en Picardie, n’insultassent sa capitale ; mais il ne l’avait point achevé. Cette fortification, plus fortement construite que les autres, subsistait encore sous Louis XIV.

C’était une courtine flanquée de bastions et bordée de larges fossés à fond de cuve. Sous Charles IX, la porte Neuve, qui était près du Louvre, fut reculée jusque derrière les Tuileries ; et un nouveau bastion fut construit à cette place pour y élever une clôture nouvelle, laquelle aurait enfermé dans la ville ce château et la partie du quartier Saint-Honoré qui, depuis la rue Saint-Nicaise, où était encore l’ancienne porte, était alors appelée faubourg Saint-Honoré. Toutefois, cette portion de clôture ne fut achevée que sous Henri III, qui fit continuer les nouveaux murs depuis le bastion de la porte Neuve, nommée depuis porte de la Conférence, jusqu’à l’extrémité de ce faubourg, en traversant le terrain où est maintenant la place Louis XV.

Théodore Muret