Histoire de Paris : l’origine de la procession à Sainte Geneviève

Histoire de Paris : l’origine de la procession à Sainte Geneviève

Remise au goût du jour par l’association Paris Fierté, qui organise chaque année autour de la fête de la Sainte Geneviève le 4 janvier une marche au flambeau animée par des chants entre la statue de la Sainte, pont de la Tournelle, et l’église Saint-Étienne-du-Mont anciennement abbaye Sainte-Geneviève, la procession des parisiens à leur Sainte existe depuis l’an 1130. Paris Vox vous raconte son origine.


Les habitants de Paris ont souvent obtenu des grâces signalées par l’intercession de leur patronne sainte Geneviève. Celle dont il est ici question est la guérison miraculeuse d’une terrible maladie, appelée le feu sacré ou les ardens, guérison qui repose sur des témoignages si authentiques que la plus soupçonneuse incrédulité ne pourra la révoquer en doute.

La cruelle maladie des ardens affligea la France et particulièrement le territoire de Paris l’an 1130, sous le règne de Louis VI, dit le Gros. Ceux qui en étaient atteints souffraient des douleurs horribles, et se sentaient consumés par un feu intérieur. Etienne, évêque de Paris, indiqua des jeûnes et des prières pour apaiser la colère de Dieu. Cependant le mal croissait tous les jours, et les malades venaient en si grand nombre à la cathédrale implorer l’intercession de la mère de Dieu qu’à peine les chanoines pouvaient-ils y faire l’office, qui souvent même fut interrompu.

marche SG Paris Fierté

Alors la désolation fut à son comble : En vain les médecins mirent-ils tout en œuvre pour trouver des remèdes propres à arrêter cet horrible fléau. L’évêque se souvint que sainte Geneviève avait souvent délivré la ville de Paris des calamités dont elle avait été affligée. Animé d’une vive confiance dans la protection de cette sainte, il se rendit à l’abbaye de Sainte-Geneviève, assembla les chanoines au chapitre, et leur communiqua le dessein qu’il avait de faire faire une procession générale, à laquelle on porterait la châsse de la sainte patronne de Paris. Les chanoines furent tous de son avis, et le jour de la procession fut fixé. L’évêque ordonna que ce jour on jeûnerait dans toute l’étendue de son diocèse.

Le jour désiré étant arrivé , la châsse de la bien heureuse vierge fut descendue du lieu où elle était, et les chanoines de l’abbaye restèrent prosternés en prières devant les reliques, jusqu’à ce que l’évêque y arrivât à la tête de son clergé. Le prélat se présenta bientôt, suivi d’une foule de peuple innombrable. On se mit alors en marche ; mais la foule retarda la procession qui pouvait à peine passer par les rues. On avait fait porter tous les malades dans la cathédrale. L’évêque les fit compter et il s’en trouva trois cents. Au moment que la châsse de sainte Geneviève entra dans cette église , les malades ressentirent les effets de la puissante intercession de celle dont les reliques paraissaient ; car ils furent tous délivrés du mal , à l’exception de trois qui n’avaient point de confiance. La maladie cessa dans tout le royaume.

À la vue d’un miracle si évident, le peuple poussa des cris de reconnaissance, ce qui causa bientôt une telle confusion, que le clergé ne put contenir son élan ni chanter les hymnes qu’on allait entonner en l’honneur de la sainte. Les fidèles ne purent douter qu’une guérison si subite ne fût une faveur spéciale accordée au crédit dont jouissait Geneviève auprès du Seigneur, et ils demandèrent unanimement de retenir la châsse de la sainte dans la cathédrale même. Mais les chanoines ne voulurent pas consentir à abandonner ainsi les reliques de leur bienheureuse patronne, ils s’en retournèrent de suite à leur église ; mais quelque diligence qu’ils fissent, ils n’y arrivèrent qu’à la nuit, tant il leur était difficile de regagner leur monastère, à cause de l’immense foule qui obstruait de nouveau tous les passages, heureuse de témoigner sa reconnaissance à sa bienfaitrice.

Le pape Innocent II vint à Paris peu de temps après. Ayant lui-même reconnu la certitude du miracle dont nous venons de parler, il ordonna qu’on en célébrât tous les ans la mémoire le 26 novembre, et pour en perpétuer encore mieux le souvenir, une petite église , dite Sainte-Geneviève la petite, fut appelée Sainte-Geneviève des Ardens. Cette église avait été construite à l’emplacement où était située la maison de sainte Geneviève et où elle mourut. On l’a démolie en 1747, pour y bâtir l’hôpital des Enfants-Trouvés.

Les historiens profanes aussi bien que les ecclésiastiques ont rapporté ce miracle comme un fait certain et qui excluait toute espèce de doute. Depuis cette époque, la châsse de sainte Geneviève fut portée dans les calamités publiques en procession solennelle, avec celles qui renfermaient les reliques des saints Marcel et Lucain ainsi que celles de sainte Aure. Pendant cette cérémonie, les chanoines de Sainte-Geneviève marchaient pieds nus, à la droite de la châsse, tandis que les chanoines de Notre-Dame marchaient à gauche. L’abbé de Sainte-Geneviève avait de même la droite sur l’évêque de Paris.