L’hystérie et le velours …

L’hystérie et le velours …

Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur l’hystérisation inquisitoriale du “combat” féministe à laquelle on assiste depuis plusieurs mois…


Depuis l’affaire Weinstein – et même si cela avait commencé bien avant – pas un jour ne passe sans que des commandos hystériques ne s’en prennent à telle ou telle institution, publication, personnalité ou œuvre et ce quelle que soit sa notoriété. Plus personne n’est désormais épargné par ces petites commissaires du peuple ultra-connectées, ultra-réactives dont l’objectif n’est plus l’anathème et la dénonciation mais l’éradication physique pure et simple. Ces gardes rouges de la pire des révolutions, celle du genre, sont pratiquement sans ennemis. Elles inspirent une peur panique et les quelques illusionnés qui osent encore s’y opposer se retrouvent aussitôt déchiquetés. Et tout le monde y passe, y compris les celles que l’on pourrait nommer les féministes historiques ou classiques jugées trop molles, trop pondérées, trop respectueuses du cadre légal et démocratique. La peste attaque le choléra à la grande stupeur des tenants de l’ancien discours politiquement correct. La gauche a donné la parole à tyrannie, elle est maintenant priée de la fermer. Car au sein de cette nouvelle nébuleuse l’autre n’est plus dénoncé, stigmatisé comme adversaire de classe comme l’ordonne la tradition stalinienne, mais anthropologiquement nié, animalisé puis rituellement et méthodiquement sacrifié. L’ensauvagement de ces factions est sidérant, leur impact disproportionné, leur pouvoir de nuisance démesuré. Face à ce terrorisme idéologique hyper-agressif et face à l’absence de réponse du corps social ou de ce qu’il en reste, nombreux sont ceux tentés de poser la grande question, le fameux : « Mais que fait l’Etat ? » sans comprendre que c’est précisément la nature de ceux qui nous gouverne qui permet ces déchainements. Mariage de la carpe et du lapin ? Pas du tout, bien au contraire. L’erreur première a été de croire Macron de gauche et de penser les néo-féministes d’extrême-gauche. L’erreur actuelle est de penser Macron de droite libérale et les chiennes de gardes de « balancetonporc » libertaires.

L’erreur centrale est en fait de classer le libéralisme à droite et la contestation de genre à gauche alors que les deux procèdent de la même essence libertarienne, post-politique et totalitaire.

 

L’erreur centrale est en fait de classer le libéralisme à droite et la contestation de genre à gauche alors que les deux procèdent de la même essence libertarienne, post-politique et totalitaire. Car contrairement à Rachida Dati sous Sarkozy ou à Myriam El Khomri sous Hollande, Marlène Schiappa n’est ni un alibi, ni un faire-valoir décoratif. Elle est en cohérence profonde avec l’action d’Emmanuel Macron, avec son réformisme permanent. Réformisme qui ne qui ne vise d’ailleurs qu’à tuer toute forme. Le cynisme progressiste est une hydre qui se nourrit sur tous les terrains, dévorant le réel dans toutes ces dimensions. Tantôt hystérique, tantôt de velours, la bête déroute et perd tous ceux qui tentent de lui appliquer des grilles de lectures clivées donc obsolètes en mode fin vingtième siècle. Et si l’on désire échapper à ces catégories, il devient de plus en plus difficile de s’exprimer et d’être entendu. Car l’objectif de cette offensive libérale-libertaire est de rendre le monde impensable, d’intégrer pour mieux désintégrer, de disséquer pour interdire de catégoriser. Toute analyse devient donc suspecte et le doute devient crime. Dans cet ordre nouveau, fils monstrueux du désordre et de la discorde la distance est interdite et le stoïcisme apparenté au fascisme. Il n’est absolument pas question de toute façon de libérer qui que ce soit dans ce processus. D’ailleurs, on ne libère personne en mode binaire, dans un monde en noir et blanc. La révolution libérale-libertaire individualiste n’a pas pour but l’émergence d’une nouvelle conscience, mais l’appauvrissement de la personne, sa mise en insécurité permanente pour qu’elle file se réfugier sous l’aile de l’Etat, lui-même transformé en appareil de coercition. Hystériser l’écume des choses, transformer le fond, dynamiter la cohérence, dissoudre toute verticalité, ruiner le politique, voilà le programme du totalitarisme « New Age ». Contre cela, il va falloir bien plus que de l’opposition et des lamentations gauchistes ou réactionnaires. Il va falloir de la stratégie, des idées et des principes. Oui, il va falloir faire preuve d’une sacrée dose d’intelligence. Bonne semaine.