Faire un don
Histoire du gibet de Montfaucon (3/4)

Histoire du gibet de Montfaucon (3/4)

Paris Vox – Symbole de la théorie des rigueurs salutaires et de la violence auquel notre société moderne n’est plus habituée, le gibet de Montfaucon est assez peu connu des Parisiens. Retour en plusieurs épisodes sur l’histoire de ce haut lieu de l’exécution de la justice à Paris.


Le gibet de Montfaucon et le couvent des Filles-Dieu

A côté de ces monstrueux usages, le moyen âge avait certaines délicatesses naïves. En communion plus directe avec la nature, ses actes les plus barbares revêtaient une sorte de bonhomie : jamais, au milieu des drames dont étaient prodigues les institutions humaines de ce temps, ne se perdait l’idée de Dieu et d’une vie future.

Ainsi, lorsqu’un condamné était conduit à Montfaucon, le sinistre cortège devait passer devant le couvent des Filles-Dieu, dont la construction s’élevait isolément à l’emplacement qu’occupe aujourd’hui le passage du Caire. Arrivé à la porte du monastère, on faisait descendre le patient du tombereau, et toutes les religieuses, la supérieure en tête, venaient le recevoir, un cierge allumé à la main. Il était conduit de la sorte devant un grand Christ appendu extérieurement au chevet de l’église, et on le lui faisait baiser, tout en l’aspergeant d’eau bénite. Alors, le condamné, assis sur un banc, recevait des mains de l’abbesse trois morceaux de pain et un verre de vin. Cela s’appelait le repas du patient.

Une fois, un pauvre malheureux condamné à être pendu à Montfaucon, ayant reçu de la supérieure l’offrande habituelle, avala son vin, et mit soigneusement les morceaux de pain dans sa poche.

Quand la marche funèbre eut repris son cours, le confesseur, qui avait remarqué cette bizarre prévoyance, lui demanda à quel usage il destinait le pain dont il avait fait réserve. « Je suppose, mon révérend, répondit tranquillement le pauvre hère, que les bonnes sœurs me l’ont donné pour que je le mange en paradis, car je ne vois pas ce que j’en pourrais faire en ce monde, puisque je n’ai pas faim et que je vais mourir. »

Ce couvent des Filles-Dieu avait été fondé dans le courant du treizième siècle par Guillaume III, évêque de Paris. Il était destiné à recevoir les folles et pécheresses créatures qui, après des abus de tous genres, étaient tombées dans la mendicité. Un des statuts portait cette prescription étrange, qu’on n’y recevait aucune novice qui n’eût fourni des attestations de ses faiblesses. Mais cette maison ne put jamais atteindre le but de réforme que s’était proposé le pieux fondateur. Loin de justifier de la dénomination de Filles-Dieu qui leur avait été donnée, les religieuses continuèrent, en dépit de la règle et des pratiques, à rester les sujettes du diable, jusqu’à l’époque où la Révolution supprima ce couvent avec tous autres.

Germain Boué