Histoire du gibet de Montfaucon (2/4)

Histoire du gibet de Montfaucon (2/4)

Paris Vox – Symbole de la théorie des rigueurs salutaires et de la violence auquel notre société moderne n’est plus habituée, le gibet de Montfaucon est assez peu connu des Parisiens. Retour en plusieurs épisodes sur l’histoire de ce haut lieu de l’exécution de la justice à Paris.


2.La malédiction du gibet de Montfaucon

On se trompe en faisant remonter la fondation du premier gibet qui fut élevé sur cette éminence à Enguerrand de Marigny, né en 1260. Tout prouve, au contraire, qu’il en existait un avant cette époque, puisque la chronique rapporte que ce tout-puissant ministre de Philippe le Bel le fit réparer. Ce qui est certain, c’est qu’on ne touchait pas impunément à cette sinistre machine ; car Enguerrand, Pierre de Brosse et Pierre Remy, qui tous trois l’avaient fait remettre en état, y furent pendus.

Jamais favori de la fortune n’a fourni plus grand exemple du contrecoup de ses rigueurs que cet Enguerrand : premier ministre, chambellan, surintendant des finances, conseiller intime des suprêmes décisions de son souverain, cet homme, surchargé de dignités, avait atteint l’apogée de toutes les ambitions. Mais il en fut enivré : sa vanité irrita les grands, ses exactions agitèrent les petits, et des murmures grondèrent contre lui, sourds d’abord, et qui atteignaient la menace, lorsque arriva la mort de Philippe.

Cet événement laissa Enguerrand sans appui. Le comte de Valois, chef des mécontents, ayant déterminé son neveu Louis le Hutin, successeur au trône, à réclamer de Marigny les comptes de son administration, celui-ci répondit que la majeure partie de l’argent prélevé sur le peuple avait passé dans les mains du prince.

Le lendemain, comme il se rendait selon sa coutume au conseil du roi, on lui fît rendre son épée, et il fut dirigé vers la tour du Temple, au milieu des huées populaires. Son procès fut instruit pour la forme, car, au moment où il se levait pour répondre aux quarante chefs d’accusation produits contre lui, il fut chargé de chaînes, et immédiatement conduit au gibet de Montfaucon, où il fut pendu.

Quant au seigneur Pierre Remy, accusé également de concussion, la justice populaire avait devancé l’arrêt du parlement qui le condamna au même supplice, puisque, à la suite de la restauration du gibet, on put voir écrit sur le principal pilier : En ce gibet, ici emmy, sera pendu Pierre Remy.

On enterrait aussi sous le gibet des personnes toutes vives. Il est relaté qu’en 1440, Jeannette la bonne Valette et trois autres femmes subirent cet atroce châtiment pour leurs démérites, et furent enfouies dans une fosse de sept pieds de long.

Germain Boué