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Violence ordinaire : le silence des homards …

Violence ordinaire : le silence des homards …

Paris Vox (Tribune) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur la notion de “vivre-ensemble”, si chère à Emmanuel Macron, et sa confrontation avec la réalité d’une violence de plus en plus omniprésente.


Champigny sur Marne, des policiers passés à tabac. Marseille, un épicier blessé de plusieurs coups de couteau. Noyelle-Godault, un jeune homme tué d’un coup de couteau à sa descente de bus. Marseille, un lycéen blesse deux camarades avec un couteau. Clermont-Ferrand, un étudiant gravement blessé de plusieurs coups de couteau dans un bar du centre-ville. Paris, un adolescent blessé au couteau dans une rixe entre bandes. Chatelet-Les Halles, RER D un jeune tué de plusieurs coups de couteau après une simple bousculade. Bolbec, treize jeunes gens mis en garde-à-vue pour avoir séquestré et torturé un jeune handicapé à son domicile pendant plusieurs semaines. Isère, un quadragénaire gravement blessé à la gorge par plusieurs coups de couteau.

C’est une vague ininterrompue d’exactions violentes qui déferle sur le pays depuis le début de l’année. Agressions, meurtres, viols, vols avec violence mettent à mal quotidiennement le fameux « Vivre-ensemble » pourtant défendu de manière si vibrante et émouvante par notre bon président Macron lors de ses vœux télévisés. Et pourtant ? Et pourtant rien ne vient ni freiner la violence, ni réellement dégrader le mot d’ordre macronien. Etonnant ? Non. Affligeant ? Oui, vraiment. Révoltant ? Pas encore, voire pas du tout semble-t-il. En tout cas pas au point de matérialiser le rêve fou de grand soir ou de petit matin des adeptes du réveil populaire français. Mais alors, que se passe-t-il pour que ce pays soit chaque jour martyrisé, insulté et trahi sans que l’on voie aussitôt jaillir des armées de fourches se précipitant vers l’Elysée ? La réponse est sans doute contenue dans cette expression apparemment douce qu’est le « Vivre-Ensemble ». Apparemment douce car en fait le « Vivre-ensemble » est une arme de destruction massive de la pensée européenne, voire de la pensée tout court. Cette notion parce qu’elle est inconsistante ne peut être que fédératrice, dans la même veine que le « vous n’aurez pas ma haine » ou encore le superbe « Pas d’amalgame ». Ces notions n’appellent en apparence aucune contradiction et c’est cela qui les rend dangereuses, dictatoriales. Apprises par cœur dès l’école, elle fonde la domination d’un pathos émotionnel écrasant.

Un pathos qui reflète l’américanisation profonde de notre société désormais régie par le culte de l’opinion immédiate, la moraline, l’émotion sur commande et les bons sentiments.

Un pathos qui reflète l’américanisation profonde de notre société désormais régie par le culte de l’opinion immédiate, la moraline, l’émotion sur commande et les bons sentiments. Une société qui oublie de réfléchir, de pensée. Une société qui oublie la possibilité de penser autrement. Et ceux qui osent encore penser contre les mots d’ordre finissent socialement bannis parce que forcément déviants. La police médiatique, au lieu de s’occuper des faits, distribue brevets idéologiques et moraux, anathèmes et ostracismes. Car pour Macron et ses séides, la démocratie doit devenir une nouvelle anthropologie au service du « consommer ensemble ». Il faut extirper les différences de nature, écraser l’esprit de contradiction, arranger tout et s’arranger avec tout le monde, contractualiser le quotidien, détruire la distance et la réflexion, tuer le politique et la confrontation, définir, désigner le Bien et le Mal. Orwell au service de Wall Street et de la Silicon Valley. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le plan fonctionne bien, trop bien même. Pensez donc que la baisse de dix km/h sur la route ou le débat sur le fait d’ébouillanter les homards vivants font plus de bruit médiatique que le massacre au couteau à Marseille de Mauranne et Laura par un djihadiste fou. Quand le silence des homards étouffe les cris de nos enfants. Et oui, le « Vivre-ensemble » ou la société neutralisée, horizontalisée. Une promiscuité à la convivialité imposée. Un peu comme le slogan de Mac Donald « Venez comme vous êtes ». Justement, nous sommes ! Nous sommes un peuple, une nation, nous possédons une culture, une identité, une Histoire, des mœurs. Et il serait temps d’expliquer à tous qu’avant de « Vivre-ensemble », il faut que vive la Nation. Bonne semaine !