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Histoire de l’Ile de France : les Bacchanales d’Arcueil

Histoire de l’Ile de France : les Bacchanales d’Arcueil

Paris Vox- Redécouvrez les grands monuments de l’Ile de France, ses villes et villages, ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de notre région.


Bacchus et Ronsard à Arcueil.

Le sacrifice à Bacchus.

Durant la Renaissance, les Parisiens aimaient organiser des parties de campagne à Arcueil (Val-de-Marne ; 3 km au sud de Paris). Chantant, dansant, faisant bonne chère, buvant d’abondance, on pouvait aisément les confondre avec les anciens disciples de Bacchus-Dionysos, et Ronsard de versifier :

Qu’à Bacus, fils de Semelle,

Quand il danse : après sans fin

Verse en mon verre du vin

Pour estrangler la mémoire

De mes soucis après boire.

De fait, ce fut un jour au tour du jeune Pierre de Ronsard (1524-1585) et de ses amis poètes, d’en faire autant. En 1549, lesdits poètes vinrent donc fêter à Arcueil le succès de Cléopâtre de Jodelle. Mais en passant dans le village, ils firent la rencontre d’un bouc qu’ils parèrent de fleurs et dont ils voulurent faire présent à Jodelle, à qui ils l’amenèrent. Après avoir bien ri, on relâcha l’animal. Mais bientôt, la rumeur s’empara de l’innocente affaire et les ennemis de Ronsard en profitèrent pour l’accuser d’avoir voulu sacrifier personnellement ce bouc, en l’honneur de Bacchus, ce qui à cette époque, on le sait, pouvait entraîner les conséquences les plus graves pour l’accusé… Mais Ronsard se disculpa par son Folastrissime voyage dArcueil, près Paris, dédié à la joyeuse troupe de ses compagnons, fait en lan 1549.

 

Un mot sur Bacchus.

 

Bacchus est la divinité romaine du Vin et de la Vigne, mais également le dieu de la Débauche et de la Licence. Il fut assimilé au Grec Dionysos, Bacchus n’étant autre que la forme latine du grec Bacchos, qui est l’un des noms de Dionysos. Les fêtes données en l’honneur de Bacchus portaient le nom de bacchanales, équivalent romain des dionysies grecques. Celles-ci furent réprimées à Rome, en l’an 186 avant l’ère chrétienne, avant d’y reprendre pied, plus tard, sous une forme plus sage et plus ritualisées. Par la voix de Pierre Le Loyer, le christianisme diabolisa Bacchus et en fit même le chef du Sabbat sorcier.

 

Un mot sur Pierre de Ronsard.

 

Pierre de Ronsard (1524-1585) est l’un des plus importants poètes français du 16e siècle. Ronsard étudia au collège de Navarre, à Paris, en 1533. Il est l’auteur d’une œuvre poétique et littéraire particulièrement vaste : les Hymnes et les Discours (1555-1564 ; poésie engagée, dans le contexte des guerres de religions) ; La Franciade (1572 ; épopée) ; les Odes et les Amours (1550-1578 ; poésie lyrique). Ronsard fut également diplomate et page du roi de France, François Ier. Il voyagea cependant beaucoup, dans les Flandres et en Ecosse, notamment, pour des raisons diplomatiques. Mais une surdité précoce due à une otite, devait mettre prématurément un terme à cette carrière diplomatique et lui interdire définitivement le métier des armes. Dès lors, Ronsard se consacra à l’étude et jeta son dévolu sur le collège de Coqueret. La période d’étude de Ronsart dura sept ans et demi. Le premier manifeste d’un nouveau mouvement littéraire prônant l’application des principes de la Pléïade fut écrit par Du Bellay : Défense et illustration de la langue française (1549) : la Pléïade était désormais lancée et comprenait sept écrivains : Ronsard, Du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Rémy Belleau, Pontus de Tyard, Etienne Jodelle, Jacques Peletier du Mans et, à la mort de ce dernier, Jean Dorat. Ronsard commença à publier ses premières œuvres en 1550 dans ses quatre premiers recueils, Odes. Bien des années plus tard, Ronsard verra sa santé décliner et ses amis l’abandonner en nombre. Il meurt dans le nuit du 27 au 28 décembre 1585. Deux mois plus tard, le 25 février 1586 (date anniversaire de la bataille de Pavie), des funérailles solennelles sont célébrées au collège de Boncourt, à Paris, auxquelles toute la Cour assistera. Ronsard put ainsi recevoir un hommage officiel largement mérité.

Le triple aqueduc d’Arcueil.

C’est à l’entrée de l’avenue Cousin de Méricourt que l’on peut contempler le triple aqueduc d’Arcueil, à savoir, les vestiges de l’aqueduc romain, l’aqueduc Médicis (1623) et l’aqueduc Belgrand, construit à la fin du second Empire, ce dernier enjambant celui du 17e siècle.

Arcueil-les-Faux-Témoins.

D’où vient l’étrange nom d’Arcueil-les-Faux-Témoins ? Parce qu’il se trouve qu’un certain Cousin de Méricourt fut injustement condamné à mort, en 1794, par le tribunal révolutionnaire, sur base, prétendit-on, du témoignage d’Arcueillais malveillants. Ledit Cousin de Méricourt, qui avait succédé à son père dans la charge de caissier chez le trésorier des états de Bourgogne fut poursuivi pour accaparement, sous-prétexte qu’il avait fourni des fonds à un émigré, ce qu’une lettre était supposée prouver. Toutefois, selon Cousin, cette affaire remontait à une époque où il n’était pas encore question d’émigration et qu’il avait dû la traiter en raison de ses fonctions de caissier. Cousin de Méricourt passa en jugement le 13 juillet 1794, en compagnie de 22 autres inculpés, mais pour des motifs différents. A l’exception d’un seul, tous furent condamnés et exécutés le soir même à la barrière du Trône. Or, l’accusation venait de Dijon et l’on n’a pu trouver trace de la moindre dénonciation, ni même d’un témoignage émanant d’un habitant d’Arcueil. Cela n’empêcha pas Cousin d’être guillotiné et les Arcueillais de porter, un siècle durant, la responsabilité de cette mort vraisemblablement injuste. Cousin de Méricourt possède son avenue à Arcueil, à l’entrée de laquelle on peut contempler le triple aqueduc.

Le marquis de Sade : un bouc-émissaire ?

La maison du marquis de Sade.

C’est au n°11 de la rue de La Fontaine que se situait la maison où le marquis de Sade se livra à l’une de ses premières turpitudes connues. Ce bâtiment fut toutefois détruit en 1925. L’affaire commence le dimanche de Pâques 1768, à neuf heures du matin, place des Victoires à Paris. On dit que Sade y aborda une mendiante de 36 ans, nommée Rose Keller, veuve Valentin, fileuse de coton sans travail. La mendiante suivit le marquis jusqu’à sa maison d’Arcueil. Dès ce moment, les versions de Keller et de Sade divergent : pour la première, il l’aurait fait venir chez lui pour qu’elle fasse la chambre, pour le second, au contraire, il était très clair, que dès l’origine, « c’étoit pour une partie de libertinage » ! Ce que l’on sait c’est que ladite partie peut se résumer comme suit : Sade jette Rose Keller sur le lit, face en avant, la ligote et la fouette à plusieurs reprises. La malheureuse, le corps ensanglanté parviendra finalement à se libérer et à fuir par la fenêtre, avant d’être recueillie par des personnes secourables. Les détails de cette affaire restent toutefois obscurs. Quels instruments a utilisé le marquis de Sade pour torturer sa victime ? Combien de fois lui-a-t-il appliqué ces mauvais traitements, quatre fois ou huit fois ? A-t-il opéré seul ou était-il accompagné d’un valet ? A-t-il pratiqué des incisions dans le corps de sa victime ? A-t-il mis une pommade cicatrisante sur ses plaies ou a-t-il versé sur celles-ci de la cire fondue ? Le scandale, en tout cas, fut tel, que le retentissement de cette affaire ne cessa d’enfler au fil des siècles. Pourquoi tant de bruit autour d’une affaire impliquant une mendiante, abandonnée à elle-même, dont personne, au demeurant, ne se souciait, et ce marquis de Sade dont on sait qu’il fut loin d’être un « saint homme », mais qui fut peut-être chargé aussi de bien des péchés d’autrui, et ce à une époque où les délits et les crimes de libertinage étaient monnaie courante ? Bien des coupables furent traités avec la plus grande indulgence en haut lieu, et peut-être que celle-ci réclamait, en compensation, la plus grande sévérité pour d’autres ?

Un mot sur Arcueil

Origine du nom : Hercule-Arcueil ?

C’est à ces quelques vers de Pierre de Ronsard que l’on doit la légende selon laquelle le nom d’Arcueil, que Ronsard orthographie Hercueil, dériverait du nom du demi-dieu gréco-romain, Héraklès-Hercule :

C’est toy, Hercueil, qui encores

Portes ores

D’Hercule l’antique nom,

Qui consacra la memoyre

De ta gloyre

Aux labeurs de son renom.

Jolie histoire. Las, s’il reste effectivement des ruines de l’aqueduc romain qui menait à Lutèce les eaux recueillies à Rungis et à Wissous, Arcueil, qui semble devoir tenir son nom des arcs ou arcades dudit aqueduc, n’est pas mentionné avant le 12e siècle. Le nom d’Arcueil ne dérive dont point du nom d’Hercule !

Une brève présentation d’Arcueil.

Ainsi donc, le nom d’Arcueil apparaît pour la première fois au 12e siècle. Au siècle suivant, cependant, la construction de l’église gothique Saint-Denis-Jean-Chrysostome témoigne d’une expansion rapide de la population qui seule pouvait justifier la création d’une paroisse autonome. A cette époque, la population d’Arcueil était, pour l’essentiel, composée de vignerons qui produisaient un vin renommé. D’ailleurs on peut constater que sur les chapiteaux de la nef, sculptés au 16e siècle, figurent notamment des scènes de vendange. Arcueil, située à 2 km au sud de Paris (Porte d’Orléans), est aujourd’hui l’une des 47 communes du Val-de-Marne, dont le chef-lieu est Créteil. La commune d’Arcueil enjambe la Bièvre, entièrement canalisée. Urbanisée à 90 %, Arcueil compte sur son territoire 45 % de logements sociaux.

Eric TIMMERMANS.

 

Sources : Guide de l’Île-de-France mystérieuse, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 109-114.