Histoire de Paris : Saint-Sulpice, ses cimetières et ses sabbats sorciers - ParisVox

Histoire de Paris : Saint-Sulpice, ses cimetières et ses sabbats sorciers

Paris Vox- Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues, ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


Les cimetières de Saint-Sulpice.

Les six cimetières.

De tous temps, l’église Saint-Sulpice posséda un ou plusieurs cimetières, et lorsqu’au 18e siècle elle fut appelée à devenir la paroisse la plus étendue et la plus peuplée de Paris, la répartition et la taille de ses cimetières évoluèrent encore en fonction de son développement. Ainsi compte-t-on pas moins d’une demi-douzaine de cimetières ayant dépendu, parfois concomitamment, de l’église Saint-Sulpice :

-C’est sur le  premier cimetière Saint-Sulpice (partie sud-ouest de l’église actuelle) que fut édifiée l’église du même nom. Son charnier fut édifié par Gamard qui travailla également à l’édification de ladite église. Ce cimetière disparut au rythme de la construction de cette dernière. Mais au 13e siècle, la paroisse possédait aussi un petit terrain où elle enterrait les pestiférés (angle des rues des Saints-Pères et Taranne – Bd. Saint-Germain). Ce cimetière fut par la suite cédé aux protestants avant d’être récupéré en 1604 et vendu à l’hôpital de la Charité en 1609.

-En 1652, on doubla le premier cimetière d’un second situé rue de Grenelle. On le nommait le cimetière Sainte-Croix. Il fut désaffecté en 1680 et vidé de ses « occupants » en 1701, les ossements étant transportés au cimetière de la Trinité qui deviendra un autre cimetière de Saint-Sulpice.

-On ouvrit un troisième cimetière en 1664 dit « Petit cimetière » (il mesurait 33m sur 28m) ou cimetière des Aveugles (rappelons que le tronçon de la rue Saint-Sulpice entre la rue Garancière et la place Saint-Sulpice, fut appelé, de 1697 à 1815, rue des Aveugles (inscription sur la base de la tour nord de l’église Saint-Sulpice). Sur le pylône gauche de sa porte figurait l’inscription Fides et pietas erixerunt, sur celui de droite has ultra metas requiescant beattam spem expectantes, et une tête de mort en pierre sculptée  reposait sur les ailes déployées d’une chauve-souris. Nous verrons que cette description permet de clairement identifier le cimetière Saint-Sulpice où se déroulait le Bal des Zéphyrs. Ce cimetière fut fermé en 1784 puis vendu.

-Un quatrième cimetière Saint-Sulpice, dit cimetière de la Trinité, fut ouvert en remplacement du cimetière Sainte-Croix, en 1689, à l’angle des rues du Bac et de Sèvres. En 1701, les ossements du cimetière Sainte-Croix y furent transférés. Le cimetière de la Trinité fut fermé en 1747.

-En 1747, le cimetière de Bagneux remplaça le cimetière de la Trinité. Il était situé à l’angle des rues de Vaugirard (n°102) et Jean-Ferrandi, également nommée rue Bagneux (n°s 12 à 18). Il fut fermé en 1784.

-En 1784 fut ouvert le cimetière de Vaugirard, à l’angle de la rue de Vaugirard  et du boulevard Pasteur (n°16). A cet emplacement on trouve aujourd’hui le lycée Buffon.

Trois histoires des cimetières de Saint-Sulpice.

Les sorcières de Saint-Sulpice.

La place Saint-Sulpice, nous l’avons dit, a été édifiée sur l’emplacement d’un ancien cimetière qui disparut progressivement au rythme de l’avancement des travaux de l’église. Et c’est, selon toute vraisemblance, de ce cimetière dont il s’agit ici. Il est dit qu’une nuit de l’an 1619, trois femmes du nom de Claire Martin, Jeanne Guierne et Jeanne Magnette, s’y rendirent pour mener un rituel satanique. Elles déambulèrent dans le cimetière et, à l’aide de grands bâtons, formèrent des ronds sur la terre. Ensuite, elles se rendirent sur la tombe d’un charpentier qui avait été enterré plus de quinze jours auparavant. Elles fouillèrent le sol de leurs doigts et y firent ainsi un trou dans lequel elles placèrent un cœur de mouton, plein de clous à lattes, lardé en forme de demi-croix et piqué de force bouquets d’épingles. Mais à ce moment elles furent surprises par le fossoyeur et prirent la fuite. L’une d’elles fut immédiatement capturée, quant aux autres, elles furent rapidement retrouvées par la suite. Claire Martin, devineresse et envoûteuse, de même que ses deux complices, furent donc arrêtées, la première étant finalement condamnée au fouet, les deux autres devant être présentes lors de l’exécution. L’arrêt fut exécuté le mercredi 14 août 1619 devant le cimetière Saint-Sulpice, puis au pilori de l’abbaye, et enfin au bout du pont Saint-Michel.

Le bal des Zéphyrs.

Dans un autre cimetière Saint-Sulpice, se déroulait, sous la Révolution (soit après la désaffection dudit cimetière en 1784), ce que l’on nommait le bal des Zéphyrs. On pouvait y voir une tête de mort reposant sur des ailes de chauve-souris, flanquée de deux os en sautoir et d’un sablier vide, description qui renvoie clairement au troisième cimetière Saint-Sulpice, également nommé Petit cimetière ou cimetière des Aveugles. Sur le pylône de droite du cimetière, une inscription proclamait en outre Hic resquiscant, beatam spem expectantes (=Ils reposent ici, dans l’attente d’un heureux espoir). Le bal se déroulait donc dans le cimetière Saint-Sulpice lui-même et l’on y dansait littéralement sur les tombes, vu que l’on n’avait pas jugé bon de retirer les pierres tumulaires qui s’y trouvaient. Les fosses de 3m sur 4m étaient au nombre de sept (on les réutilisait tous les sept ans). La tradition du bal des Zéphyrs fut abolie au Consulat, mais selon d’autres sources, elle subsistait encore en 1825.

Le « ressuscité » de Saint-Sulpice.

On situait jadis à l’angle de la rue de Vaugirard et du boulevard Pasteur (n°16), là où se situe aujourd’hui le lycée Buffon, un autre cimetière Saint-Sulpice, le sixième, celui qui fut ouvert en 1784 au-delà du mur des Fermiers-Généraux et que l’on nommait également « le cimetière parisien de Vaugirard ». Dans les Misérables, Victor Hugo fait une saisissante description de ce cimetière : c’est là que Jean Valjean a été conduit, dans le cercueil de sœur Crucifixion. Il est dit que c’est dans ce cimetière que furent enterrées les victimes des « Massacres de Septembre » (exécutions sommaires et de masse, organisées entre le 2 et le 7 septembre 1792 ; cet événement constitue l’une des pages les plus sombres de la Révolution). Le 3 septembre 1792 au matin donc, le secrétaire Daubanel, responsable de la section du Luxembourg, fit charger des corps sur deux chariots afin de les transporter au cimetière de Vaugirard. Là, ils furent jetés pêle-mêle dans une fosse commune. Mais une des victimes respirait encore et elle ne fut sauvée de justesse que par l’intervention d’un charretier. Le blessé fut caché dans la loge du gardien : il s’agissait d’un prêtre nommé Fiacre-Joseph de Goy. On dit que par la suite il abandonna la soutane et se fit dentiste jusqu’au Directoire (1795-1799). Mais il regagna finalement le sein de l’Eglise et fut nommé vicaire à Saint-Roch, puis à Saint-Thomas d’Aquin et enfin à l’Abbaye-au-Bois. Il finit par se retirer dans un bien de famille situé sur le mont Valérien où il mourut, dit-on, fort âgé. A noter encore que le général Malet et onze de ses complices, impliqués dans la tentative de coup d’Etat contre Napoléon, furent exécutés dans la plaine de Grenelle et inhumés à Saint-Sulpice, le 29 octobre 1812.

Un mot sur l’église et la place Saint-Sulpice. 

C’est à l’initiative de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés que fut fondée l’église Saint-Sulpice. A quelle époque, on ne le sait pas avec certitude. Peut-être au 10e siècle. L’église fut en tout cas reconstruite au 13e s. (1211) et au 14e s. C’est sur cet emplacement que l’on construisit finalement l’église actuelle. De fait, au 17e siècle, sous la poussée démographique, il fallut entreprendre des travaux d’agrandissement et la vieille église romane disparut au profit d’un édifice prestigieux de style essentiellement classique dont la première pierre fut posée par Anne d’Autriche en février 1646. Les travaux furent toutefois ralentis par les événements liés à la Fronde. En 1727, la ligne méridienne est établie au milieu de la croisée. « Le rayon solaire entre dans l’église par une petite ouverture percée dans une plaque disposée dans la fenêre sud de la croisée, sa trace est marquée par une longue ligne de cuivre, encastrée dans le pavé de la nef ; son extrémité nord s’élève verticalement sur un obélisque en marbre blanc. » (Connaissance du Vieux Paris, p.222). La place Saint-Sulpice proprement dite, elle, fut commencée en 1757 par Servandoni, architecte de la façade de l’église. Finalement, à l’exception de la tour du sud restée inachevée, l’église fut terminée en 1788. Sous la Révolution, elle fut tour à tour bureau d’enrôlement, temple de la déesse Raison ou de l’Être Suprême, magasin de fourrage, etc. Elle fut rendue au culte et partiellement remeublée en 1802. Suite à la destruction (1802-1808) de l’ancien séminaire Saint-Sulpice (1642-1802 ; le Grand-Séminaire occupait tout l’emplacement de la place actuelle), la place fut agrandie et reçut une forme rectangulaire. Achevée en 1838, elle fut dotée, en 1844, de la fontaine Visconti (près de l’emplacement de celle-ci se situait le cimetière particulier des Sulpiciens). La fontaine est ornée des quatre célèbres prédicateurs Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon. Au 19e siècle, l’église Saint-Sulpice fit également l’objet de réfections. Après Notre-Dame, l’église Saint-Sulpice est la plus grande de Paris.

 

Eric TIMMERMANS.

 

 

Sources : Connaissance du Vieux Paris, J. Hillairet, Editions Princesse, p.220-223 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1979, 1951-1954, p. 685, 727.

 

 

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