Histoire de Paris : des farfadets rue Mazarine - ParisVox

Histoire de Paris : des farfadets rue Mazarine

Paris Vox- Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues,  ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


Les farfadets d’Alexandre Berbiguier.

Connaissez-vous les Farfadets, ces « esprits élémentaires » proches des Lutins ? Sachez en tout cas que l’ouvrage de référence en la matière, si je puis m’exprimer ainsi, émane d’un personnage pour le moins singulier : Alexandre Berbiguier de Terre-Neuve du Thym (1764 ou 1776 – 1851). Il fut l’auteur d’un livre en trois volumes, intitulé Les Farfadets ou tous les démons ne sont pas de lautre monde Mais le pauvre homme, qui souffrait apparemment de graves troubles psychiques, ne devait pas s’en tenir à décrire les Farfadets qui, selon lui, étaient partout et avaient, comble de malheur, envahi sa demeure, sise rue Mazarine n°54, dans le 6e arrondissement, encore fallait-il qu’il s’acharne à les capturer… Pour ce faire, il prétendit avoir inventé un « baquet révélateur » qui lui permettait de repérer et de voir évoluer les petits êtres démoniaques ! Il trouva ensuite un moyen pour capturer ses ennemis en les enfermant dans des bouteilles. Berbiguier était à tel point fier de sa découverte, qu’il voulut faire cadeau de l’une de ses bouteilles, bien entendu bourrée de Farfadets semblant demander grâce, au monde scientifique… Aucune suite ne fut vraisemblablement donnée à cette offre généreuse (quelle ingratitude !). Les délires de Berbiguier inspirèrent une complainte populaire intitulée Le Fléau des farfadets qui contribua beaucoup à la popularité des incubes, succubes et autres lutins.

Un mot sur la rue Mazarine.

Le chemin de la contrescarpe.

Non, on s’en doute, le nom de cette rue ne doit rien à celui de la fille, jadis cachée, d’un défunt président de la République. Son histoire est bien plus ancienne et bien plus intéressante. Cette artère n’est rien d’autre que l’ancien chemin de contrescarpe du fossé de l’enceinte de Philippe-Auguste, qu’il longeait jusqu’à la porte Buci. Ce n’est qu’en 1600 que ce chemin devint une rue nommée « des Fossés-de-Nesle ». Ultérieurement, Mazarin y fonda le « collège de Quatre-Nations », ce qui lui fit, en 1687, prendre son nom actuel.

Mazarin, Molière, Champollion et Antoine Blondin à la rue Mazarine.

-N°s 5 à 17 : C’est dans ces maisons, construites en 1670, que Mazarin établit son « Collège des Quatre-Nations ». Ce collège était à l’origine destiné à l’instruction gratuite de soixante gentilshommes des quatre nations réunies à l’obédience royale par le traité de Westphalie (1648) et le traité des Pyrénées (1659) : l’Artois, l’Alsace, Pignerol et le Roussillon (y compris la Cerdagne). On compta parmi leurs habitants Marie Desmares, dite la Champmeslé. Celle-ci interpréta les principaux rôles des tragédies de Racine qui, dit-on, vint souvent lui rendre visite en cet endroit. Ce tronçon de la rue Mazarine voisine aujourd’hui avec l’Institut de France, créé en 1795 et siégeant depuis dans l’ancien bâtiment proprement dit du Collège des Quatre-Nations (quai de Conti n°23)

-N°s 10-12-14 : A la fin du 16e siècle, on trouvait là un jeu de paume dit « des Métayers ». Il fut loué en 1643 par un jeune homme de 21 ans nommé Poquelin qui y installa son « Illustre Théâtre ». C’est alors que ledit Poquelin prit le nom de Molière et qu’il s’attacha à un groupe d’amateurs dont les quatre Béjart. Ledit groupe ne comptait qu’une seule personne de talent, Madeleine, dont Molière, on le sait, devint l’amant. Mais la troupe théâtrale ne fit là que de mauvaises affaires et se vit cribler de dettes dès septembre 1644. Molière décida alors d’installer l’ « Illustre Théâtre », en décembre de la même année, au port Saint-Paul

-N°19 : On trouve aujourd’hui, à cet endroit, une galerie d’art, mais ce bâtiment abrita longtemps un café –« Le Rubens »- de même que le bureau d’Antoine Blondin (1922-1991), romancier et journaliste, également connu sous le pseudonyme de Tenorio. Déporté en Allemagne dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO), Blondin, journaliste engagé, collaborera après la guerre avec la presse de droite et notamment avec la presse nationaliste, dont Rivarol. Dans les années 1950-1960,  il appartiendra au courant littéraire des Hussards qui réunissait des antigaullistes de droite et s’opposait aux existentialistes, et tout particulièrement à la figure de Sartre. C’est aussi au « Rubens » qu’Antoine Blondin rédigeait, pour le journal L’Equipe, ses papiers consacrés au Tour de France. Mais ce que beaucoup retiendront de sa carrière, c’est son livre, « Un Singe en hiver » (1959), adapté au cinéma par Henri Verneuil, en 1962, et dont les rôles principaux sont tenus par Suzanne Flon, Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo. L’on dit parfois, avec les précautions d’usage, c’est-à-dire en utilisant le conditionnel, que le livre comme le film exprimeraient, avec de surcroît des accents céliniens, la passion de l’auteur pour l’alcool. Tout qui est célinien, voyage et boit, retrouvant la trace d’un vécu bien familier, vous dira que l’usage du conditionnel, dans ce cas, est bien superflu. Je suis, pour ma part, un inconditionnel du film !

-N°28 : C’est là qu’habitait Jean-François Champollion dit le Jeune lorsqu’il comprit, en septembre 1822, la signification des hiéroglyphes, suite à la découverte de la célèbre « pierre de Rosette », trouvée en Egypte en 1799. Cette maison fut également habitée par le peintre des batailles, Horace Vernet, qui contribua très largement à la diffusion de l’épopée napoléonienne.

-N°54 : Nous l’avons dit, là vivait l’infortuné Monsieur de Terre Neuve du Thym et ses hordes de Farfadets. A sa décharge, rappelons que le pauvre homme confondait parfois les Farfadets…et les puces. Un début d’explication rationnelle peut-être ?

 

Eric TIMMERMANS.

 

Sources : Connaissance du Vieux Paris, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-1954, p. 86-87 / Enigmes, Légendes et Mystères du Vieux Paris, Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006, p. 98-99 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1979, p. 474-476.

 

 

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