Street-art : touche pas au grisbi, salope !

Street-art : touche pas au grisbi, salope !

Paris Vox (Tribune)- L’actualité de cette fin de semaine à Paris concerne notamment le vol d’œuvres d’art de rue. Jean Ernice a entendu parler de cette affaire et tenait à la commenter.


Vous avez certainement lu cette brève : “le brésilien Neymar… “, non restez, rassurez-vous je ne parle pas de lui. Je préfère aborder l’information qui illustre plus de choses qu’il n’y paraît :

“de faux employés de la mairie de Paris dérobent  des œuvres de street-art en pleine journée, la mairie de Paris porte plainte”

Je ne me réjouis évidemment pas de cette nouvelle. Je ne pleure pas à chaudes larmes non plus ! Néanmoins je souhaite attirer l’attention de nos lecteurs sur quelques points que beaucoup semblent avoir oublié…

L’art de rue, bien souvent nommé « street art », est un domaine clandestin. Ce qui n’empêche par exemple nullement Invader d’être un artiste ludique et sympathique. (note de Paris Vox : nous avions présenté cet artiste à travers une exposition qu’il donne https://www.parisvox.info/2017/04/24/lartiste-invader-investit-musee-herbe-lexposition-hello-my-game-is/)

Les artistes agissent souvent de nuit, contrevenant à toutes les lois. Ces derniers semblent aussi s’étrangler que quiconque puisse toucher à ces œuvres.

Mais aucun d’eux ne pensent à ces architectes et artistes qui ont construit bâtiments, maisons voire même églises sur lesquelles nos nouveaux artistes posent leurs pièces de façon illégale. Et les propriétaires subissent aussi.

C’est l’histoire de la prostituée qui s’en prend à la femme de petite vertu…

On a donc affaire à des gens qui hurlent à la dégradation quand celle-ci est leur propre domaine d’action. C’est l’histoire de la prostituée qui s’en prend à la femme de petite vertu…

Est ce que ces œuvres embellissent la ville ? En quoi sont elles plus légitimes que ces graffitis honnis qui salissent nos rues ?

Les vols sont le signe que dorénavant ces artistes ont une valeur marchande, ont été intégrés au système marchand. Le romantisme désintéressé de l’artiste clandestin en prend un sérieux coup. La revente sans certificat ne vaut rien selon les experts. Nihiliste mais pas trop. Maître Folace aurait résumé cette situation par cette expéditive tirade : « Touche pas au grisbi, salope ! »

Et puis ces forfaits sont autrement moins inquiétants que ceux qui frappent les palais de la sacro-sainte République (répétez après moi Liberté Égalité Fraternité).  Personne, ou presque, ne s’indigne de ce que relatait Libé : http://www.liberation.fr/france/2016/04/16/mais-ou-sont-passees-les-23-000-oeuvres-d-art-egarees-par-l-etat_1445929

Cet article a beau avoir plusieurs mois, il n’en demeure pas moins d’actualité. Les plaintes des collectivités se font bien souvent attendre. Il faut reconnaître que les œuvres volées sont pour certaines des vestiges monarchistes ou impériaux. C’est quand même moins important que des mosaïques inspirées de la sous-culture pop américaine… La mairie a saisi le péril civilisationnel qui pointe, hors de question d’usurper l’identité de nos agents municipaux. C’est prioritaire et indispensable. Elle a donc porté plainte avec célérité. Merci de faire abstraction du reste, tout le reste.Vous reprendrez bien une dose de soma ? 

Jean Ernice