Histoire de Paris : Montmartre

Histoire de Paris : Montmartre

Paris Vox – Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues,  ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


Montmartre, du village au 18e arrondissement parisien

Jadis, Montmartre était un village indépendant de Paris. Selon la légende chrétienne, son nom aurait pour origine  Mons Martyrum (ou « Mont des Martyrs). Et de fait, il est dit que saint Denis, premier évêque de Paris, y fut décapité avec deux autres coreligionnaires. Nous y reviendrons. Une des rues historiques menant à Montmartre porte, en outre, le nom de « rue des Martyrs ». Plus probablement, Montmartre se réfère à un Mons Martis, soit le « mont de Mars » : à l’époque gallo-romaine, un temple dédié au dieu Mars, dieu de la guerre, se situait à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Pierre. On peut d’ailleurs encore voir dans celle-ci plusieurs colonnes provenant dudit temple : deux colonnes dans le chœur et deux autres, de part et d’autre du buffet d’orgue. Cinq chapiteaux corinthiens subsistent également de l’église primitive. Un temple dédié au dieu Mercure avait également été édifié sur la butte. Le Mons Martis fut par la suite christianisé, pour devenir le Mons Martyrum. La butte Montmartre s’élève à une altitude de 130, 53 m : c’est le point culminant de Paris (situé à l’intérieur du cimetière jouxtant l’église Saint-Pierre). On accède à la butte par un funiculaire ou en empruntant un escalier de 222 marches. C’est en 1790 que le village de Montmartre devient une commune du département de la Seine. Cette commune incluait la partie occidentale de l’actuel 18e arrondissement, la partie nord du 9e arrondissement, de même qu’une partie du quartier des Batignolles, couvrant ce qui fut le territoire de l’Abbaye des Dames de Montmartre, sept siècles durant. Mais dans les années 1840-1845, la construction de l’enceinte de Thiers partage le territoire de la commune en deux, ce qui aura d’importantes conséquences politiques pour la commune, quinze ans plus tard. De fait, le 1er janvier 1860, Paris s’étend au-delà du mur dit des Fermiers généraux et jusqu’à l’enceinte de Thiers. La commune de Montmartre est alors dissoute, la plus grande partie de son territoire située, comme nous l’avons dit, dans l’enceinte de Thiers, étant rattaché au 18e arrondissement parisien sous le nom de « Buttes-Montmartre », la partie restante étant rattachée à la commune de Saint-Ouen.

Deux anecdotes militaires montmartroises.

-Lors du siège de Paris, en 1590, Henri IV fit installer une batterie d’artillerie sur la butte Montmartre –extra-muros !- et une sur le haut de Montfaucon, ver le Mesnil. Cet épisode de l’histoire parisienne est à replacer dans le cadre des guerres de religions. Henri IV, favorable au parti des Huguenots, s’oppose à la Ligue catholique commandée par le duc de Nemours. En mars 1590, les ligueurs, poursuivis par les troupes royales, s’enfermèrent dans Paris dont Henri IV, disposant d’une armée de 20.000 hommes, commença bientôt l’investissement. Après un mois de siège passif visant à empêcher l’entrée de vivres dans la ville, les troupes royales passèrent à l’action. Mais suite à l’échec d’une attaque de nuit menée par ses troupes entre les portes Saint-Jacques et Saint-Marcel, Henri IV décida de lever le siège de Paris, ayant appris qu’approchait une armée espagnole, favorable aux ligueurs. L’installation de pièces d’artillerie royales à Montmartre est liée à la petite histoire scandaleuse et historico-légendaire de la butte. En effet, il est dit que le roi Henri IV avait pris ses quartiers dans l’abbaye de Montmartre et aurait eu une liaison avec l’abbesse, une nommée de Beauvilliers, qui, après la levée du siège, l’aurait même suivie à Senlis. C’est elle aussi, dit-on, qui présenta au roi Gabrielle d’Estrées, sa cousine germaine, qui prit finalement sa place dans le cœur d’Henri IV. Et voilà pourquoi les Parisiens, informés de ces faits, baptisèrent bientôt l’abbaye de Montmartre le « magasin des putains de l’armée » ! Histoire ou légende ? Il semble en tout cas que l’on s’oppose sur l’identité de l’abbesse de Beauvillliers dont on dit qu’elle aurait été la maîtresse d’Henri IV. S’agissait-il d’une Claude, d’une Catherine, d’une Marie ? Il semble que les historiens, et plus précisément la Société d’Histoire et d’Archéologie « Le Vieux Montmartre », optent pour Claude de Beauvilliers qui, en 1592, était l’abbesse en titre de l’abbaye de Montmartre et qui aurait, effectivement, été séduite par Henri IV.

 

-Le 15 mars 1871, afin d’éviter tout risque de révolte -la solde de la garde nationale avait été supprimée un mois plus tôt, privant de revenus des milliers de familles parisiennes modestes qui, ruinées ou au bord de la ruine, se voyaient, en outre, exiger le paiement de leur taxe professionnelle et de leur loyer- les députés décidèrent de confisquer les canons de Paris. C’est le général Joseph Vinoy qui fut ainsi chargé de récupérer les canons prussiens, entreposés à Belleville, aux Buttes-Chaumont et à Montmartre. Les militaires arrivèrent à Montmartre dans la nuit du 17 au 18 mars, mais le transport des canons de siège fut retardé en raison du manque de chevaux. Et quand la population de Paris se réveilla, le 18 mars au matin, elle s’opposa violemment à l’enlèvement de « ses » canons : n’avaient-ils pas été acquis suite à une souscription privée financée par les habitants de la capitale ? Les soldats chargés de réprimer toute opposition de la population parisienne, fraternisèrent avec les habitants de Montmartre. Leur chef, le général Lecomte, fut fait prisonnier et incarcéré dans le QG des bataillons fédérés de l’arrondissement de Montmartre, puis fusillé, dans l’après-midi, rue des Rosiers, en compagnie du général Thomas. Les communards contrôlèrent bientôt Paris. Mais Thiers, qui s’était replié sur Versailles, dès le 18 mars, préparait sa revanche. En avril 1871, l’armée des Versaillais, commandée par le général Mac Mahon, comptait 100.000 hommes (mais seulement 20.000 d’entre eux avaient vraisemblablement reçu une formation militaire). L’offensive pouvait commencer. Les troupes de Mac Mahon s’emparèrent du faubourg Montmartre, le 23 mai, de la manière suivante : Montmartre est prise à revers par la division Montaudon, et de front par les généraux Clinchant et Ladmirault, Quelques centaines de fédérés tiennent encore leurs positions, mais les renforts et les munitions promis ne s’y trouvent pas. Quant aux artilleurs, ils ont pris la fuite ! Les lignards gravissent bientôt la butte par les rues Lepic et Marcadet, alors que l’artillerie versaillaise pilonnent les positions des fédérés. A midi, les Versaillais prennent position au moulin de la Galette, s’emparent de la mairie et occupent le 18e arrondissement. Montmartre est tombée et les exécutions sommaires commencent.

Montmartre, un haut-lieu du christianisme parisien

Montmartre constitue un haut-lieu du christianisme parisien. On y compte trois églises ; notons toutefois que deux d’entre elles ont été construites aux 19e et 20e s. :

 

-L’église et la place Saint-Pierre : L’église Saint-Pierre, construite entre 1133 et 1147, est la véritable église de Montmartre, même si la basilique du Sacré-Cœur, de par son caractère imposant, lui vole la vedette touristique. Consacrée en 1147 par le pape Eugène III, elle est l’une des plus vieilles églises de Paris et l’ultime vestige de l’abbaye royale de Montmartre. L’église Saint-Pierre de Montmartre, située au n°2 de la rue du Mont-Cenis, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 21 mai 1923. Si la fondation de l’église actuelle remonte au 12e siècle, une église primitive s’élevait déjà à cet emplacement au 7e siècle (une crypte datant peut-être de cette époque a été retrouvée en 1611), où elle avait supplanté un temple gallo-romain dédié au dieu Mars. Cette église primitive fut détruite par les Vikings, en 885, puis reconstruite en 944. En 1096, placée sous le vocable de Saint-Denis, elle fut cédée au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Trente-sept ans plus tard, elle se trouvait en ruines et fut cédée au roi Louis VI. La construction d’une nouvelle église pour l’abbaye de bénédictines, fondée par la reine Adèlaïde de Savoie (1100-1154 ; abbesse de 1134 à 1137 ; l’église abrite toujours son tombeau), pouvait commencer. L’abbaye survécut jusqu’à la Révolution, époque à laquelle ses bâtiments furent vendus en lots et détruits. L’église, quant à elle, en partie paroissiale, échappa de peu au massacre. Sous la Commune, l’église fut transformée en école gratuite par une féministe du nom de Paule Minck. L’église Saint-Pierre fut restaurée, par Louis Sauvageot, entre 1900 et 1905.

-La basilique du Sacré-Cœur : Contrairement à l’idée que l’on pourrait s’en faire, du fait de sa grande renommée, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est un ouvrage relativement récent. Suite aux événements de la Commune (1871), il fut décidé, en 1873, dans le contexte d’un nouvel « Ordre moral », de construire à Montmartre, la désormais célèbre basilique du Sacré-Cœur, dite également, du « Vœu national ». Cet édifice attire aujourd’hui dix millions de pèlerins et visiteurs par an. Quant aux vitraux, on les doit à Maurice Max-Ingrand et sont datés de 1953.

-L’église Saint-Jean : Située au 19 rue des Abbesses, au pied de la butte Montmartre, cette église, construite entre 1894 et 1904, fait l’objet, depuis le 15 mars 1966, d’une inscription au titre des monuments historiques, et c’est en vain que l’on s’interrogera sur la raison d’une telle reconnaissance. De fait, le seul « mérite », disons-le, plus que contestable, de cet édifice, est d’avoir introduit à Montmartre, le béton armé dont elle est constituée. En 1953, le R.P. Régamey, co-directeur de la revue « L’Art sacré », s’exprimait à son propos en ces termes clairvoyants : « Et la première église en béton, Saint-Jean-de-Montmartre, formes agressives et veules, selon l’esthétique du fer de cette époque : une de ces églises que Claudel qualifie si bien de hagarde ! ».

 

On y compte également trois communautés religieuses :

-Des religieuses de Notre-Dame du Cénacle : Cette congrégation, née en Ardèche, en 1826, s’établit sur la Butte Montmartre, en 1890.

-Des Carmélites : Contemplatives cloîtrées. Leurs journées se partagent entre les offices, la méditation et les travaux manuels.

-Les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre : Contemplatives vouées à la prière et à l’ « adoration perpétuelle » dans la basilique. Elles y accueillent des groupes de visiteurs et y organisent des réunions de prière.

 

Faubourg, boulevard et porte.

 

Le faubourg Montmartre.

 

L’actuel quartier du Faubourg-Montmartre est le 35e quartier administratif de Paris. Situé au sud-est du 9e arrondissement, sa limite nord correspond au début de la montée de la Butte Montmartre. La rue du Faubourg-Montmartre rappelle encore aujourd’hui l’existence passée de ce vieux faubourg parisien. Cette artère est une section du vieux chemin qui conduisait de Lutèce à la Butte-Montmartre. Pendant la Révolution, elle fut temporairement rebaptisée « rue du Montmarat », en référence à la célèbre victime de Charlotte Corday. Au n°60 de cette rue on situait, entre 1760 et 1846, une petite chapelle dédiée à Saint-Jean-Porte-Latine, affectée à un cimetière de Saint-Eustache.

 

Une rue, une porte et un boulevard Montmartre.

La double particularité de ces trois endroits parisiens est de faire référence à Montmartre, sans pour autant se situer dans le quartier de la Butte Montmartre :

-Le rue Montmartre est une rue des 1er et du 2e arrondissements parisiens. Elle se prolonge en direction du nord, au-delà du boulevard Montmartre, par la rue du Faubourg-Montmartre. La rue Montmartre commença à prendre forme vers 1137, lorsque Louis VI créa le Marché des Halles. Le n°125 de cette artère devint le titre d’un film policier de Gilles Grangier (1959), dans lequel Lino Ventura tient le rôle de Pascal, le crieur de journaux : 125, rue Montmartre. Cette dernière portait jadis le nom de rue de la Porte Montmartre. Le n°144 est également remarquable : un immeuble à journaux y a remplacé l’ancien Marché Saint-Joseph, qui avait lui-même remplacé le cimetière où fut enterré Molière. Et c’est également dans cet immeuble que fut publié le n°1 de l’ « Aurore » incluant le célèbre article « J’accuse » de Zola prenant la défense de Dreyfus.

-C’est au carrefour actuel des rues d’Aboukir et Montmartre que se dressait, de 1380 à 1634, la Porte Montmartre, élément de l’enceinte de Charles V (1338-1380). A ne pas confondre, toutefois, avec l’actuelle avenue de la Porte-de-Montmartre qui, elle, est bien située dans le 18e arrondissement et fait référence à une petite porte de Paris située à 500 m à  l’ouest de la porte de Clignancourt et à 500 m à l’est de la porte de Saint-Ouen. Beaucoup plus récente que celle précédemment citée, elle date de la période de l’enceinte de Thiers (1841-1844).

 

-Enfin le boulevard Montmarttre, qui est l’un des quatre grands boulevards parisiens, n’est pas, lui non-plus, situé dans le quartier de la célèbre butte, et s’étend sur les 2e et 9e arrondissements. Ce boulevard fut terminé en 1763. C’est au n°10 de ce boulevard que l’on situe le musée, inauguré le 10 janvier 1882 et que l’on ne présente plus. Pour l’anecdote, rappelons que c’est au n°5 du boulevard Montmartre, qu’au début de la Troisième République, un nommé Jean Buguet, installa sa boutique de… « photographe spirite ». De fait, notre homme se faisait fort de photographier ses clients accompagnés de l’image fluidique de leurs chers disparus ! Et, bien évidemment, une photo d’une telle originalité et d’une telle valeur affective ne pouvait que se vendre à prix d’or… Il faut dire qu’un certain Leymarie, quant à lui, « Libraire spirite » et amateur de tables virevoltantes, avait déjà trouvé le filon, il ne lui manquait qu’un comparse qu’il trouva en la personne de Buguet. Ne photographiait-on pas des spectres en Amérique ? Alors pourquoi pas en France ? Les montages photographiques n’eurent guère de peine à convaincre les gogos qui, jusque sur les bancs du tribunal, soutinrent Buguet et ses fantômes de pacotille ! Mais les juges, eux, ne l’entendirent point de cette oreille, le 16 juin 1875, ils condamnèrent Buguet pour escroquerie, à un an de prison et 500 francs d’amende.

 

Eric TIMMERMANS.

 

 

Sources : Connaissance du Vieux Paris – Rive droite, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-1954, p. 318-503 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 499-680-681 / Histoire et dictionnaire de Paris, Alfred Fierro, Robert Laffont, 2001, p. 576 (+Wikipédia).

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