Faire un don
Histoire de Paris : Le boulevard et la rue des Capucines

Histoire de Paris : Le boulevard et la rue des Capucines

Paris Vox – Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues,  ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


1.Le boulevard et la rue des Capucines – Bref historique.

Le boulevard des Capucines est ouvert par lettres patentes de juillet 1676. Il est l’un des quatre grands boulevards parisiens qui, avec ceux de la Madeleine, des Italiens et de Montmartre, constituent une chaîne de boulevards s’étendant d’ouest en est. Pendant la Révolution, le boulevard des Capucins devient une partie du boulevard Cerutti. C’est en 1700 que la rue des Capucines (1er et 2e arrondissements) fut ouverte sur les anciens jardins de l’Hôtel de Luxembourg, pour prolonger la rue des Petits-Champs. On lui donna d’abord, en 1734, le nom de rue Neuve-des-Capucines et elle a gardé ce nom jusqu’en 1881. La rue et le boulevard des Capucines doivent leur nom au voisinage de l’ancien couvent des Capucines.

2.Le Couvent des Capucines.

De 1633 à 1687, l’espace situé entre les rues Louis-le-Grand, Danielle-Cassanova, des Capucines et le boulevard des Capucines, fut occupé par une partie du marché aux chevaux évacué de la butte Saint-Roch, lors des travaux d’extension du Palais-Cardinal. En 1687, le marché fit place au couvent des Capucines, antérieurement installé au nord de la rue Saint-Honoré, Louis XIV ayant eu besoin de son emplacement pour la création de la partie occidentale de la place Vendôme. Les Capucines furent donc transférées, en 1688, dans leur nouveau couvent. Celui-ci, construit d’après les plans de François d’Orbay, fermait la place Vendôme, au nord, au-delà de la rue des Capucines. La chapelle de ce couvent était située à l’emplacement de la rue de la Paix, son entrée étant à hauteur du n°4. Le couvent des Capucines fut fermé en 1790 et la rue de la Paix, originellement appelée « rue Napoléon », fut tracée en 1806. Au fil des décennies qui suivirent la Révolution, des dépouilles de personnages illustres furent retrouvées sur le site de l’ancien couvent : celle de Louis de Vaudémont, femme d’Henri III et reine de France, à l’on devait le premier couvent des Capucines (Napoléon la fit transporter au Père-Lachaise d’où Louis XVIII la fit transférer dans la basilique de Saint-Denis), celles de Catherine de Joyeuse, de la duchesse de Mercoeur et de Louvois, également. La chapelle contenait aussi, dit-on, le corps de saint Ovide, dont le pape Alexandre VII avait fait don, en 1665, au duc de Créqui, ambassadeur à Rome, inhumé au même endroit. Inutile de dire que la présence supposée de saint Ovide dans le quartier finit par donner lieu, en 1764, à une foire annuelle qui se tenait sur la place Vendôme : la foire Saint-Ovide. En raison de son affluence, ont dû la transporter, en 1771, sur la place de la Concorde (ex-place Louis XIV). Autre défuntes illustres du couvent des Capucines : Mme de Pompadour et sa fille, Alexandrine Le Normand d’Etioles.

3.Lieux remarquables du boulevard des Capucines.

N°1 : Le Café napolitain qui se rendit célèbre par les journalistes, les écrivains et les acteurs qui le fréquentèrent.

N°2 : Emplacement de l’ancien hôtel Montmorency où s’établit ensuite le Théâtre du Vaudeville, fondé en 1791. On l’y édifia, à l’angle de la rue Chaussée-d’Antin (9e arr.), entre 1866 et 1868, et il ouvrit ses portes en 1869. En 1927, il céda la place au cinéma Paramount Opéra. Sa grande salle correspond aux fondations du grand salon de l’hôtel du 18e siècle, dont la façade en rotonde a été conservée.

N°8 : Offenbach y habita de 1876 à 1880, année de son décès.

N°10 : Aux environs de 1840, les hommes de lettres, les artistes et les grands bourgeois se retrouvaient au n°10 du boulevard des Capucines, à la Grange-aux-Belles. Un salon y était réservé à la cour : nous sommes alors sous le règne de Louis-Philippe Ier. Alors que l’on construisait l’Opéra Garnier (voir notre texte « L’Opéra Garnier et son fantôme », Paris Fierté, 18 mars 2013), la Grange-aux-Belles faisait peau neuve et devint le Café de la Paix (1862). Eclairage au gaz, raffinement du décor, cuisine gastronomique et proximité du nouvel Opéra, permirent au nouvel établissement de conquérir rapidement le cœur d’une clientèle de qualité : compositeurs, écrivains, artistes lyriques et danseuses s’y pressèrent bien vite. L’établissement se modernisa au fil des ans, le Café de la Paix fut inscrit aux monuments historiques en 1875. Il sera rénové une nouvelle fois en 2002. L’adresse de l’établissement est aujourd’hui située au 5 rue de l’Opéra.

N°12 : Le Grand-Hôtel, édifié sur un ancien marais-potager.

N°14 : Hôtel Scribe. Emplacement de l’ancien Grand Café dont le « Salon Indien » accueillit, le 28 décembre 1895, les premières projections publiques de « photographie animée à l’aide du cinématographe, appareil inventé par les frères Lumière ». Seule une trentaine de personnes auraient fait le déplacement et la presse ne s’était même pas dérangée. Bref, ce fut un non-événements. Mais trois semaines plus tard, la recette du cinématographe s’élevait déjà à 2000 euros !

N°16-22 : Siège du journal L’Evénement, journal fondé par Victor Hugo.

N°24 : Mistinguett y habita de 1905 à 1956.

N°28 : Ancien emplacement, en 1889, des « montagnes russes », remplacée en 1893 par la salle de spectacle de l’Olympia, que l’on ne présente plus.

N°35 : C’est dans l’atelier de Gustave-Félix Tournachon, alias Nadar, caricaturiste, écrivain, pamphlétaire, photographe et aéronaute de son état, que se réunirent, dans les années 1860, les membres de la Société d’Encouragement pour la Navigation aérienne, fondée la même année, par Nadar lui-même cette société comptait nombre de célébrités, telles que Victor Hugo, George Sand, Offenbach, Alexandre Dumas et bien d’autres. Nombre de savants se rallièrent également à Nadar. Leur but ? La promotion du « plus lourd que l’air ». Ayant constaté que les ballons et montgolfières étaient par trop soumis au bon vouloir des vents et des intempéries, Nadar se fit l’avocat des « plus lourds que l’air » et de l’hélice. « C’est l’hélice, qui entre dans l’air comme dans du bois, qui va nous emporter dans l’air ! ». L’Histoire devait, à terme, lui donner raison. Las, dans les années1860, l’aviation balbutiante était encore dépendante des ballons et ceux-ci, comme par vengeance, furent à l’origine de bien des déboires pour Nadar qui, pour prouver concrètement la valeur de ses théories, était bien obligé, à cette époque, d’user de ballons pour permettre le décollage de la nacelle. Après bien des essais et des expériences, la chute du ballon « Le Géant », le 18 octobre 1863, sonna le glas de l’aventure. Nadar vendit son ballon à une compagnie privée, lors de l’Exposition universelle de 1867. Pourtant, « malgré l’ironie du sort, une idée venait d’être publiquement énoncée, qui allait se révéler féconde. A sa manière, Nadar fut un véritable précurseur de l’aviation. » En avril 1874, quelques peintres –Renoir, Manet, Pissarro, Claude Monet-, qui devaient prendre le nom d’ « impressionnistes », exposèrent à cet endroit leurs premières toiles. L’une de celles-ci, que l’on doit à Claude Monet et qui est intitulée Boulevard des Capucines est aujourd’hui visible au musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou.

4.Un mot sur Mistinguett.

Nous l’avons vu, Mistinguett habita le n°24 du boulevard des Capucines, de 1905 à 1956, année de son décès (5 janvier). De son vrai nom, Jeanne Florentine Bourgeois, Mistinguett naquit à Enghien-les-Bains, le 5 avril 1875, d’une mère couturière et d’un père journalier. Après avoir pris des cours de théâtre et de chant, elle débute sa carrière en 1885. Dans le train qui l’amène à Paris pour ses leçons de violon, elle fait la rencontre de Saint-Marcel, responsable de revue au Casino de Paris, qui l’engage pour lever le rideau. Elle se cherche quelques années durant, changeant plusieurs fois de nom de scène : Miss Helyett, Miss Tinguette, Mistinguette et, finalement, Mistinguett. Elle entre au Trianon-Concert en 1894. Jusqu’en 1914, elle alterne pièces de théâtre, revues et cinéma muet, expériences qui lui permettront de devenir la célèbre « Mistinguett » telle qu’on la connaît. Durant la première guerre mondiale, son amant, un certain Maurice Chevalier, est blessé au front et fait prisonnier en Allemagne. Dans le but de le faire libérer, elle propose ses services au général Gamelin qui l’utilise comme agent de renseignement. Elle soutirera de nombreux renseignements à l’ennemi et parvient à faire libérer Maurice Chevalier en 1916 grâce à ses relations avec le roi d’Espagne Alphonse XIII. De 1918 à 1925, elle sera la vedette incontestée du Casino de Paris, la miss des grandes revues qui fera accourir le tout Paris. Devenue une gloire nationale, elle chante « Ca c’est Paris » et « Mon homme ». Elle apparaît comme l’mage type de la Parisienne. Décédée en 1956, elle sera enterrée au cimetière de sa ville natale.

5.Lieux remarquables de la rue des Capucines.

N°1 : Correspond au n°1 de la place Vendôme.

N°7 : Ancien emplacement des écuries de la comtesse Louise-Marie-Adélaïde d’Orléans.

N°12 : Emplacement de l’hôtel qui servit de logement de fonction aux maires de Paris, Bailly et Pétion.

N°15 : En 1726, Tavenot construisit à cet endroit un hôtel pour le compte du fermier général Des Vieux. Cet hôtel entra en possession du Crédit Foncier, dès 1854.

N°s 16-18 : On situe un hôtel construit en 1745 par Louis Quirot pour le compte du très fortuné fermier général Fillon de Villemur.

N°s 17-19 : En 1726, Tavenot construisit à cet endroit un hôtel pour le compte d’un certain Castaignier, directeur de la Compagnie des Indes. Dès 1854, cet immeuble fut occupé par le Crédit Foncier.

N°s 22-24 : A cet endroit se situe l’emplacement de l’Hôtel de la Colonnade. Il est dit que Dupleix y mourut et que Bonaparte y logea (1793) lorsqu’il fut nommé général commandant de l’armée de l’Intérieur, après le combat devant l’église Saint-Roch. C’était également, dit-on, son domicile lorsqu’il se maria, en 1796. Sous l’Empire, cet hôtel appartint au maréchal Berthier, prince de Wagram (1807). L’Empereur d’Autriche y demeura aussi en 1814-1815. Ensuite, de 1820 à 1853, cet immeuble fut occupé par le ministère des Affaires étrangères, transféré au quai d’Orsay ultérieurement. Le 23 février 1848, c’est devant cet hôtel, sur le boulevard, que se déroulèrent les heurts qui opposèrent les Parisiens à un détachement du 14e régiment d’infanterie de ligne qui s’était déployé pour barrer ledit boulevard et assurer la protection du chef du gouvernement, François Guizot. Vers 21h, la foule voulut forcer le barrage et les soldats firent feu. On dénombra 35 morts et 50 blessés parmi les émeutiers. Ce fut là le déclenchement de la révolution de 1848 qui mit fin au règne de Louis-Philippe.

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Connaissance du Vieux Paris – Rive Droite », J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-195, p. 216-218, 223-224 & 265-267 / « Guide de Paris mystérieux », Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 191-197.