La France tout simplement

La France tout simplement

Paris Vox a le plaisir de proposer à ses lecteurs une sélection des retranscriptions écrites des chroniques d’Arnaud de Robert, diffusées quotidiennement dans la matinale de Radio Libertés.


Le grand rassemblement médiatique et politique baptisé pompeusement Front Républicain est donc à l’œuvre. Faux front mais vrai lobby oligarchique, il peine cependant à mobiliser les foules. Tant pis, il fera sans. Sa capacité de pression autant que ses moyens sont pratiquement sans limites et la dédiabolisation de FN ne suffira pas, loin s’en faut à casser cette machine titanesque. Donc, sauf exceptionnels rebondissements – et il peut toujours s’en produire – L’héritier de Rothschild et de François Hollande devrait logiquement l’emporter le 7 mai prochain.

Pas un vote pour Marine Le Pen  ! Cette consigne est quasiment suivie à la lettre chez nos élites bien-pensantes et les ralliements au Front National ne sont que marginaux et peu significatifs qualitativement. Et tous ceux qui voudraient, même timidement, se rapprocher de Marine Le Pen ou et/ou du parti frontiste et de ses satellites sont immédiatement disqualifiés. L’opprobre fasciste retombe sur eux comme la peste. Infréquentables, infâmes, ils subissent la fameuse reductio ad Hitlerum mise en place depuis trente ans par l’oligarchie. Si le Front Républicain peine aujourd’hui à recruter au-delà des élites politiques, sociales, intellectuelles et économiques, au-delà de la classe dirigeante bien-pensante, la rhétorique « Le Pen = facho » fonctionne encore très bien et est pour le moment suffisante à maintenir les digues du système assez étanches pour permettre l’élection de Macron.

la rhétorique « Le Pen = facho » fonctionne encore très bien et est pour le moment suffisante à maintenir les digues du système assez étanches pour permettre l’élection de Macron.

Au besoin, si la figure diabolisante d’un Hitler ou d’un Mussolini ne marche plus suffisamment, on invoque la matrice supposée commune entre le populisme et l’islamisme radical. Dans ce sens-là les amalgames partout ailleurs proscrits vont bon train. L’objectif est de détruire l’essence politique du FN et d’en faire une pathologie, un symptôme de régression humaine que seul l’élan d’ouverture, la mondialisation pourra guérir. Cette stratégie encore payante a toutefois ses limites, surtout quand le nombre de « malades »supposés atteint les presque huit millions d’électeurs. Ce qui n’empêche aucunement un Emmanuel Macron de la traiter de somnambules du 21e siècle ou d’appeler, comme à Marseille il y a quelques semaines, à les chasser du pays, tout bonnement. Chose d’ailleurs intéressante, Macron et ses équipes ne cherchent même plus à dissocier le FN et ses électeurs comme leurs prédécesseurs de droite et de gauche le faisaient ces dernières années. Les précautions oratoires sur un électorat en colère qui se trompe ne sont plus de mise. Désormais, voter FN c’est s’extraire du projet commun macronien. Et les journalistes d’opposer la France ouverte et la France fermée, la France d’hier et celle d’aujourd’hui, celle du passé face à celle de l’avenir. Le FN valide d’ailleurs pratiquement cette antienne en se positionnant lui-même comme le camp de la souveraineté/identité face à la finance mondialisée. Cette classification forcément simplificatrice et donc pratique médiatiquement est une erreur, une impasse voire un piège pour les électeurs. Quel que soit le résultat final des présidentielles, les deux camps rassembleront bien plus que ce sur quoi on se fonde aujourd’hui pour les classifier, les déterminer. Le second tour aura à ce titre valeur d’explosif du système actuel. Macron va rassembler un arc politique extrêmement vaste et sans aucune centralité réelle. Ce sera sa force pour être élu, mais sa grande faiblesse pour les législatives. Marine Le Pen, si elle dépasse les 40 % des votes, aura elle aussi reçu un apport non négligeable des électeurs de droite mais aussi de gauche. Le Rubicon sera franchi. De fait, mathématiquement, la stratégie de disqualification par la reductio ad Hitlerum voit ses jours comptés. Le monde politique de l’après second tour sera très différent.

Droite et gauche sont en décomposition avancée.

Droite et gauche sont en décomposition avancée. Avant de parler de recomposition, il va s’écouler un bon moment. Il est donc très intéressant pour Marine Le Pen, qui est aujourd’hui la seule en capacité réelle de le faire, de se réclamer non pas d’une certaine idée de la France ou d’une certaine France, mais de la France tout simplement. Là où Macron apporte l’artifice, l’exogène, le flux, Marine, elle, de Whirlpool aux pêcheurs du Grau du Roi incarne le réel, la France simple, belle et rebelle. Et cela commence à se voir. Bon week-end  !

Fermer le menu