Primaire de gauche : le résidu et la synthèse …

Primaire de gauche : le résidu et la synthèse …

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur revient sur le second tour de la primaire de la gauche et la victoire de Benoit Hamon.


Il y a 43 ans les assises du socialisme de 1974 qui faisaient suite au congrès réussi d’Epinay, bruissaient de mot d’ordres tels que l’autogestion ou la fin de la lutte des classes. Il est donc logique qu’hier, pour clore la séquence de vie du Parti Socialiste, les peuples de gauche aient porté à la candidature suprême un prétendant qui fleurait bon le PSU, ce mélange improbable de radicalité idéologique et de rigueur technocratique. Décidément, Rocard est mort trop tôt pour savourer sa vengeance sur le PS de Mitterrand. Quant à Valls, ringardisé par Macron, stérilisé par Hollande, il vient d’être éjecté par Hamon. Quintessence de la logique mitterrandienne, il n’aura pas survécu à la mue dernière de la gauche du Capital en social-collaborationnisme oligarchique.

Valls ou l’inconvénient d’avoir incarné trop tôt le capital, pas en cadre mais en VRP

Valls ou l’inconvénient d’avoir incarné trop tôt le capital, pas en cadre mais en VRP. Hamon aura donc la lourde responsabilité d’éteindre la lumière derrière lui. Les appels incantatoires des caciques du PS à l’unité ne trompent personne. Déjà, depuis plusieurs semaines, Ségolène Royal, Huchon et derrière eux nombre de cadres PS draguent Macron et draineront, à coup sûr, la grande majorité des députés et sénateurs soucieux de franchir le cap oligarchique qui leur permettra de conserver postes et avantages. Le PS d’Hamon finira en troisième force, incarnant cette gauche résiduelle incapable de trancher entre idéologie et progrès. Un destin semblable à celui de feu le PCF. Il n’est pas exclu qu’Hamon pour survivre, tente un rapprochement/ adoubement avec Mélenchon. Entre maçons, tout est possible, mais à quel prix  ? Au fond, cela a peu d’importance. Le PS sort de l’Histoire politique de ce pays, le Système n’en a plus besoin, c’est tout. Hamon est minoritaire pour n’avoir pas compris que la trajectoire du PS l’amenait à l’être. Valls est dehors pour n’avoir pas compris qu’il fallait sortir plutôt de ce parti conservateur travailliste. Par contre Mélenchon et Macron l’ont très tôt perçu et c’est à ce titre qu’ils caracolent en tête des sondages dits de gauche.

Le PS sort de l’Histoire politique de ce pays, le Système n’en a plus besoin, c’est tout

Mélenchon en a été prévenu très tôt en loge. Les frères s’inquiètent sans doute de cette nouvelle génération oligarchique qui s’assoit sur la maçonnerie par cynisme et réalisme et n’a d’autres buts que le profit pur, débarrassé de l’idéologie. A ce titre, le Mozart de la finance, le fils spirituel d’Attali devient un prétendant sérieux au trône. Premier avatar crédible du canadien Trudeau, parfaite synthèse des besoins de l’oligarchie bancaire, Macron se présente comme l’exact négatif du fascisme historique. Son pragmatisme ne vise pas à servir le peuple mais les desseins de Rothschild, Goldman-Sachs, JP Morgan and Co. Je vois peu d’obstacles à Macron si ce n’est la versatilité des individus de ce pays. Fillon  ? Au rythme où vont les choses, je pense qu’il va avoir du mal à s’en remettre. Une affaire d’accord, mais une par jour, aucun communicant n’y résiste. A moins de tenter une fuite en avant discursive à la Trump, ce qu’à sembler faire timidement Fillon hier lors de son meeting-riposte à Paris. Ce que devrait aussi faire Marine Le Pen  ! Il ne suffit pas de raconter que Trump lui a piqué ses idées pour que l’effet Donald se produise. Non, il faut haranguer, vociférer et batailler toutes dents dehors, avec culot et volonté. On en est loin.  Donc, Valls et Fillon out, le Système peut mette sur orbite son poulain en rempart contre le vilain fascisme du FN, même si celui-ci s’est auto-émasculé. Dans ces conditions et en tenant compte du story-telling antifasciste bourriné sur les consciences depuis quarante ans, ça passe. Après, c’est un monde haut de gamme, animé par des premiers de la classe, comme Trudeau et Macron. Organismes asexués, éternellement jeunes, parfaitement programmés pour nous faire basculer dans le monde post-national, post-identitaire. Un monde post-idéologique, géré comme une transnationale et mu par les flux, ces illusions du Faire. Un monde capable de faire émerger « l’Homo ludens consumens cretinensis », ce consommateur abruti et heureux de l’être car délivré du fardeau identitaire, dernière barrière à la sa propre fin. Enfin, tous ces constats ne valent que pour ceux qui croient encore au mirage pseudo-démocratique, c’est-à-dire en dehors des médias peu de monde. Pour tous les autres, les résolus dont nous sommes, il reste le réel. Et là, il y a des milliers de choses à faire. Alors, bonne journée  !

Fermer le menu