La stratégie du trou de souris…

La stratégie du trou de souris…

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se penche sur le débat des « primaires » de droite.


 

Comme c’était à craindre, le second débat des primaires de droite a été bien morne. Si, si j’insiste. Même insipide. Je vous avoue l’avoir d’ailleurs mollement regardé et n’avoir pas pu tenir jusqu’au bout. On a certes vu quelques clashs, quelques échanges plus vifs et des clivages se manifester, mais enfin pas de quoi non plus s’empêcher de dormir. J’ai de plus détesté comme nombre d’entre vous j’imagine ces interpellations sur fond de tutoiement. Cette proximité amicale/acide, ce côté potes qui se détestent était profondément énervant. Et puis, quelle misère de voir François Bayrou devenir pendant vingt-cinq longues minutes le sujet de toutes les invectives. Bayrou, l’incarnation parfaite de la chanson de Dutronc sur le retournement de veste.

Bayrou, l’incarnation parfaite de la chanson de Dutronc sur le retournement de veste

Bayrou l’éternel clown d’un centre inexistant devenu hier soir le prophète caché d’un jeu d’alliance. Je finirais presque par croire que c’est lui le grand gagnant de la soirée …  Je note encore que personne pendant deux heures n’a attaqué Juppé au contraire de Sarkozy. Cela nous dit deux choses  : que plusieurs candidats seront soutien de Juppé au second tour des primaires et que la stratégie du tout sauf Sarko est une bêtise car Sarkozy n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est attaqué. Bref,  de toute façon la messe était dite puisque plusieurs sondages annonçaient dans la journée d’hier que quelque soit l’issue de ce débat, les intentions de vote varieraient peu voir pas. Au contraire de l’élection américaine qui nous régale de rebondissements et de suspens depuis dix jours, force est de constater que nos pales primaires font l’effet d’un Tranxene sur un Whisky. Alors que dire  ? Et bien que tout ce barnum n’est pas loin s’en faut le lieu de palpitation du politique dans notre pays. Paradoxalement, il semblerait que le maelstrom à gauche soit d’un plus grand intérêt. Il y a d’abord la campagne de Mélenchon que je crois très sérieuse et bien pensée. Il faut garder un œil sur lui, une surprise pourrait surgir.

Sarkozy n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est attaqué.

Mais ce qui est réellement plus intéressant en ce moment, c’est le fossé qui se creuse dans le tandem Valls/ Hollande. Il faut dire que notre petit François national, pour normal qu’il veuille être, nous a quand même pondu  un livre de confessions qui a tous les atours d’une vraie bombe chimique. A tel point que le Valls se sent pousser les ailes d’un présidentiable (ce dont nous ne doutions guère), à tel point que l’on dit que les deux hommes sont en froid polaire. Mais, bizarrement, Hollande garde la main. Seul figure de proue d’une gauche du Capital dévastée et qu’il a contribué à équarrir, le maitre de l’Elysée fait durer le suspens. Et c’est ça qui est bon. Il a jusqu’à décembre pour se prononcer, obligeant d’ici là les barons du PS à ronger leur frein, incapables de déployer le moindre discours, d’amorcer la moindre parcelle de stratégie. Ils sont tous verrouillés, obligés d’attendre qu’Hollande se prononce. Et c’est sur cet immobilisme que compte le père François. Comme je vous l’ai dit plusieurs fois à ce micro, je crois qu’il va y aller. Je sais cela parait fou, mais une stratégie existe pour lui, celle du trou de souris. C’est exactement la stratégie portée par Jacques Chirac en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Un base étriquée, peu de marge de manœuvre, mais au final une stature de recours, d’homme symbole face à la barbarie. Et bien c’est cette stratégie qui je crois anime Hollande. Et il s’y prépare, faisant donner ses fidèles les uns après les autres dans une forme de méthode Coué qui a tout de la prophétie auto-réalisatrice. Jean-Vincent Placé, Nadjat Vallaud-Belkacem, Cambadélis servent dans les médias de hérauts des réussites supposées de l’homme de l’Elysée. « Tout changera quand François Hollande entrera en campagne » assure encore Nadjat Vallaud-Belkacem.  Et il pourrait bien y arriver d’autant que la droite, elle, donne une image on ne peut plus brouillonne. En attendant, on va passer un week-end tranquille parce que le point focal des prochains jours c’est Washington. Et là c’est un vrai scénario de thriller. Suspens, suspens  ! Comme un clin d’œil de l’Histoire, il semblerait que les Etats-Unis vivent une campagne électorale à la française bien clivante, quand nous nous enfonçons dans de primaires et pâles copies de la démocratie à l’anglo-saxonne. Quelle ironie  !  Pauvre France  ! ! Allez, bon week-end  !

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