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Génocide rural …

Génocide rural …

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui: gros plan sur l’histoire et la tragique situation actuelle du monde paysan.


 

«Je suis désolé de ce que je vais faire mais je n’en peux plus. Prends soin des terres et des animaux. Continue ce que j’ai fait. Adieu»

Voilà ce qu’un paysan écrivait à son fils il y a quelques mois avant de se suicider à l’âge de 66 ans. En France, un paysan se suicide tous les deux jours selon l’Institut de Veille Sanitaire. Soit un peu cyniquement il est vrai, un Bataclan rural par an. Le taux de suicide des paysans dans notre beau pays est 3 fois supérieur à celui des cadres. Et pourtant tout le monde ou presque s’en fout. Qui sait d’ailleurs au juste que nous sommes en pleine crise laitière, la énième crise, dévastatrice pour les petits producteurs.

En fait, depuis la nuit des temps le paysan est soumis à l’Histoire, aux guerres, aux pillages, aux crises économiques. Il est en quelque sorte le baromètre de ce monde. Mais depuis une cinquantaine d’année, force est de constater que le baromètre est au plus bas. On le sait, depuis la révolution industrielle, la paysannerie avait amorcé une lente décroissance. Mais enfin pour la grande boucherie de 14-18, les bataillons étaient encore majoritairement composés de paysans de part et d’autre du Rhin. Et d’ailleurs, malgré la saignée de la grande Guerre et les ravages de la seconde, tout allait plutôt bien pour le paysan dans la France d’après-guerre. Pensez-donc, dix millions d’actifs agricoles en 1945.

Une série de réformes dont la plus idiote a sans doute été de le dénommer désormais agriculteur

Seulement voilà, il y a une cinquantaine d’année, un énarque à belle gueule carnassière s’est invité chez le paysan, lui a expliqué encore une fois qu’il était le plouc de service, que son monde devait changer et il lui a présenté comme inexorable une série de réformes dont la plus idiote a sans doute été de le dénommer désormais agriculteur. Pour le couper de son pays sans doute et lui faire prendre pieds dans un siècle de technologie et de progrès infini. Et on le connait le paysans, pardon l’agriculteur. Comme en 14, où il avait déjà ce courage dur de sortir de la tranchée en sachant parfaitement qu’il avait de grandes chances d’y rester, volonté puissante d’une vieille race habituée à l’effort et aux souffrances … Comme en 14 donc, le paysan changea de nom, détruisit ses haies, abandonna des pratiques de cultures plurimillénaires au profit du chimique qu’on lui vendait meilleur. On peut le critiquer le paysan. Mais pourquoi diable n’a-t-il pas fait fi de ces guignols encostumés et bardé de chiffres ? Un atavisme sans doute, le reste de cette bonne France qui obéit à l’autorité, Comme en 14 on vous dit.

Cette obéissance ne l’a pas empêché de s’en prendre plein la figure, dans les films, les émissions, les sketchs, de la part des bourgeois hautains, des prolos railleurs et pour finir maintenant des néo-ruraux, bobos bouffis de ville qui détestent l’odeur du fumier et voudraient que la campagne ressemble à un terrain de golf.
Pourtant notre paysan/agriculteur a tout fait, tout subi, la PAC, les pesticides qui l’empoisonnaient lui, sa terre, ses enfants et les français. Parfois un coup de gueule, une manif qui tourne au pugilat, mais le plus souvent le silence. Et maintenant il meurt. Il préfère le suicide à un monde qui l’oublie, le marginalise. Il préfère tourner le dos à une oligarchie qui lui inflige la dernière insulte en ordonnant de détruire sa production. Il préfère ne plus voir ces centrales d’achat de la grande distribution qui achètent les récoltes en-dessous du prix de revient. Alors, il rassemble le peu de fierté qui lui reste pour, dans un geste désespéré, graver son refus de ce monde creux et fou qui dévore tout, même la terre nourricière.

Renouer avec nos racines, aider nos paysans à revenir à une production naturelle et retrouver avec eux le gout du vrai

A l’heure où les deux tiers des Français vivent dans en zone urbaine il devient vital de soutenir notre paysannerie. On s’en moque du Burkini ou de Montebourg président, avec la mort lente de la paysannerie c’est une part de l’âme française qu’on assassine. C’est notre pays qui se défigure. Car contrairement au printemps qui toujours revient, une paysannerie faite d’usages, de coutumes et de connaissances fines de la terre, du temps et de la nature met des siècles voire des millénaires à se constituer. Pas de pays sans paysans dit le slogan. Alors ce week-end, si vous avez encore le privilège des vacances, arrêtez-vous pour saluer l’un d’entre eux et l’assurer de votre admiration et de votre soutien. Achetez-lui quelques œufs, un peu de lait ou de pommes de terre et parle-lui de son monde. Il faut renouer avec nos racines, aider nos paysans à revenir à une production naturelle et retrouver avec eux le gout du vrai.  Bon week-end à vous !