La révolte des ignorants

La révolte des ignorants

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui : gros plan sur la nouvelle conjuration des ignorants.


 

Et bien aujourd’hui, j’aimerais revenir sur un évènement récent qui aurait pu passer totalement inaperçu sans la vigilance espiègle et ironique d’un journaliste québécois, Mathieu Bock-Côté.
Mais bien loin de nous emmener sur les rives du Saint-Laurent, la tribune du journaliste du Journal de Montréal mettait en lumière un épisode accablant qui s’est déroulé pendant les épreuves du bac français de cette année. En effet, dans l’épreuve d’anglais les lycéens devaient déterminer et décrire où se trouve Manhattan. Et bien figurez-vous sitôt cette épreuve terminée, elle a été unanimement conspuée par les candidats sur les réseaux sociaux : trop difficile, on est en anglais pas en géo, trop dur ! Une pétition pour faire annuler l’examen lancée sur le net a même recueilli à ce jour 30 000 signatures ! Une vraie petite manif virtuelle de joyeux ignorants.

La nouvelle psychologie de la jeunesse qui rassemble avec fierté dans un cocktail explosif arrogance et ignorance.

Passé le moment d’agacement et d’énervement devant tant de nullité, il est utile de voir dans cet évènement le symbole de l’effondrement du système éducatif des pays occidentaux et son corollaire la nouvelle psychologie de la jeunesse qui rassemble avec fierté dans un cocktail explosif arrogance et ignorance.
L’effondrement du système éducatif se mesure déjà en années de régression puisque des chiffres récents parlent d’une perte de deux niveaux de classe en vingt à trente ans. Les terminales passant le bac cette année ont donc le niveau moyen d’une classe de seconde des années 80. Chaque année, les programmes sont allégés, des chapitres entiers disparaissent parce que comme disent les nouveaux pédagogues, «c’est trop dur, les élèves ont trop à gérer, vous savez ». J’en parle en connaissance de cause, j’y ai eu droit pendant des années, lorsque j’enseignais dans le secondaire, durant les fameuses réunions pédagogiques, véritables calvaires de la pensée. Ce taillage continuel des contenus repose sur la vulgate gauchiste qui préfère alléger les programmes plutôt que de densifier le travail pour maintenir un niveau virtuel, de façade, mesuré via les résultats d’un bac qu’il sera bientôt très difficile de ne pas avoir.
Mais que voulez-vous, entre la nécessité d’intégrer annuellement des milliers de néo-arrivants au système scolaire et la volonté de produire un type humain conforme au marché et au « vivre-ensemble », tout cela ne se fait pas sans quelques dégâts collatéraux, hein ? Et cette dévalorisation des enseignements, des savoirs, de la culture au profit d’une ouverture à l’autre, au monde et à la paresse généralisée, ne va pas sans provoquer des mutations au sein de notre belle jeunesse. Jeunesse qui comme le note justement Mathieu Bock-Côté, ne s’incline plus devant la culture, n’a plus honte d’échouer, n’a pas non plus honte de son inculture. Se considérant pas forcément à tort d’ailleurs comme victimes de la nouvelle idéologie pédagogiques, les jeunes réclament haut et fort le droit fondamental d’avoir des examens adaptés à leur ignorance. Le monde doit s’adapter à eux et pas l’inverse.

Se considérant pas forcément à tort d’ailleurs comme victimes de la nouvelle idéologie pédagogiques, les jeunes réclament haut et fort le droit fondamental d’avoir des examens adaptés à leur ignorance.

Et cette arrogance loin d’être combattue est encensée comme la preuve d’une libération du conservatisme. Ce faisant, on lâche tout simplement dans la nature des bataillons de petits commissaires politiques de l’ignorance, n’ayant aucune limite dans leur détestation de ce qu’ils décrètent comme inutile. Et tout ce qui est inutile pour eux c’est tout ce qu’ils ne comprennent pas, ce qui est trop dur, trop compliqué. Tout ce qui les dépasse doit être rabaissé. C’est plus simple et ça laisse le temps de s’abreuver de télé-réalité ou de porno-minute sur internet.
Cette révolte des ignorants peut être vue comme le vrai dynamitage de notre socle culturel. Et c’est tout sauf un incident de l’Histoire. Cela a été voulu et promu. Pour le plus grand bonheur du système libéral qui a moins besoin de culture que de consommateurs ignorants et dociles.
Comme un avant-goût du Meilleur des mondes, chouette !

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