Entrevue avec David, moniteur national de Combat Russe

Entrevue avec David, moniteur national de Combat Russe

Paris Vox – Dans le cadre d’une visite au Kajyn (13 Rue Faidherbe 75011 Paris) où sont dispensés des cours de Combat Russe, David, Moniteur National de ce sport, a bien voulu répondre à nos questions.

PV : Bonjour David, tout d’abord merci de nous accorder cette entrevue, vous êtes coutumier des métiers de la sécurité et de la protection, j’imagine que vous avez un parcours sportif assez divers, pourquoi avoir choisi le Combat Russe parmi ce grand panel des sports de « self défense » : du Krav maga au Pencak Silat en passant par le Kajukenbo ?

David  : Bonjour et merci de l’intérêt que vous portez au Combat Russe.

J’ai découvert le « Combat Russe » il y a une dizaine d’années à l’occasion de la première participation de l’équipe russe au Festival des Arts Martiaux de Paris Bercy qui est le plus grand show mondial d’arts martiaux.

J’ai tout de suite été fasciné par la gestuelle et la façon de gérer le combat de Vladimir Khudenkikh. Il était dans un relâchement permanent tout en faisant preuve d’une grande efficacité.

Une démonstration reste un show préparé où les partenaires jouent un jeu et forcément tout fonctionne, mais cela se voyait que sa forme de corps fonctionnait réellement en situation.

A cette époque j’étais encore pratiquant de karaté, et il est évident que le relâchement n’est pas la qualité première d’un karateka.

Je pense que le Combat Russe a réellement marqué le Festival des Arts Martiaux, car même si toutes les démonstrations sont de haut niveau il y a chaque année 2 ou 3 disciplines qui sortent du lot, c’était le cas du Combat Russe cette année là, même si pour moi la meilleure démonstration restera celle de 2007 avec l’utilisation d’une valise comme moyen de défense.

De mon côté j’ai toujours été très curieux et ouvert de ce qui se faisait en terme de combat sous toutes ses formes mais mon intérêt se portait de plus en plus pour le réalisme et le self défense, ce qui m’avait déjà poussé à passer du karaté « traditionnel » au karaté « contact » depuis quelques années.

Je n’ai jamais été un grand amateur de « katas », même si je peux apprécier d’en regarder, car cela n’a de mon point de vue aucun intérêt pour le combat réel, et représente une perte de temps que l’on pourrait consacrer à l’étude du combat.

Je ne connaissais pas encore le Kajukenbo, le Krav Maga commençait à percer grâce à Richard Douieb, et les démonstrations explosives de Franck Ropers pour le Penchak ne me laissaient pas indifférent, cependant le Combat Russe avait également attiré la curiosité d’Eddy Ros (enseignant de Boxe Française et Sambo) qui avait décidé de partir en Russie, à Perm dans l’Oural, à la rencontre de Vladimir Khudenkikh afin de s’entraîner à ses côtés.

A son retour en France il était devenu évident qu’il devait faire partager sa découverte aux autres amateurs, c’est comme cela qu’il a organisé une première semaine de formation sur Nîmes, dirigée par Vladimir Khudenkikh et ses assistants russes.

J’ai sauté sur l’occasion. Ca a été mon premier contact avec Vladimir, avec le Combat Russe, et c’est devenu une évidence ; pas de technique magique, pas de fioritures, de l’absorption et un système de corps à corps redoutable.

Démonstration Combat Russe Bercy 2012 :

https://youtu.be/7cWcsRSeoD4

-PV : d’Où vient le nom de « Combat Russe » ? :

Il s’agit d’une appellation purement Française puisqu’en Russie il s’agit d’une école de combat de corps à corps parmi d’autres.

Les écoles ont des spécificités propres à chaque instructeur, selon leur vécu sportif et professionnel.

Toutes ces écoles sont regroupées au sein de la fédération de combat au corps à corps. Ainsi lors de leur première venue au Festival des Arts Martiaux de Bercy, les organisateurs ont demandé quel était le nom de la discipline afin de pouvoir la présenter au public français et c’est ainsi qu’est né le Combat Russe, en réalité : « Système de Combat Russe de Vladimir Khudenkikh ».

 

-PV : Pourriez vous nous expliquer vos méthodes/pédagogies d’apprentissage ? il apparait par exemple que vos 2 cours hebdomadaires semblent « différents » mais complémentaires ?

 

David  : L’apprentissage se fait surtout dans le travail de la forme de corps, le Combat Russe n’est pas figé, il est évolutif. C’est une adaptation permanente aux actions de l’adversaire. Il ne s’agit pas d’apprendre en cas d’attaque A, la solution A, en cas d’attaque B, la solution B. Dans la rue nous ne pouvons pas prévoir ce que va faire notre assaillant, il est donc important de s’habituer à rebondir sur les opportunités qui s’offriront à nous. Nous devons pouvoir passer des protections aux frappes, des frappes aux contrôles, placer des amenés au sol, évoluer au sol si malheureusement nous nous retrouvons à terre,… jusqu’au moment où nous pourrons soit fuir, soit mettre un terme à l’agression.

Pour toutes ces raisons nous travaillons souvent sur une thématique plutôt que sur un attaque précise, de façon à ce que le cerveau s’habitue à l’inconnu pour ne pas rester inerte ou débordé le jour où il faudra se défendre.

En effet nos 2 cours hebdomadaires sont différents mais complémentaires, le mercredi nous abordons l’aspect « self defense », le travail se fait dans une logique de rue où nous recherchons l’analyse de la situation, la mise hors combat le plus vite possible, l’apprentissage de la législation, la gestion de plusieurs individus, la défense face à une arme, etc… et le vendredi nous travaillons la forme « sportive » puisque le « Combat Russe » en Russie fait partie intégrante de la fédération de combat au corps à corps (qui se rapproche du sambo / pancrace / ju jitsu) afin de s’habituer au contact.

De mon point de vue il est impossible de s’entraîner au combat, qu’il soit sportif ou de rue sans prendre de coups. Ce n’est pas le jour de l’agression que le pratiquant doit découvrir ce que l’on ressent lorsque les frappes arrivent, que les impacts nous déstabilisent, nous sonnent,…

La pratique du combat au contact est la base du combat. On ne peut pas apprendre à jouer au football sans ballon, de la même manière il est impossible d’apprendre à se défendre sans subir d’attaques réelles et motivées, même si à l’entraînement nous portons des protections que nous n’aurons pas dans la rue.

Je vois beaucoup trop souvent des arts martiaux ou disciplines dites de self défense qui se basent sur de la théorie, où sur le système évoqué plus haut du : 1 attaque, 1 défense. Mais si votre agresseur vous loupe sur sa première attaque croyez vous vraiment qui n’y en aura pas d’autres derrière ?

Le combat sportif au contact est un outil pour le mental du pratiquant. Lorsque l’on sait ce que cela fait de prendre des coups, et que l’on est habitué à se défendre dans ces cas là, nous serons moins perturbés lors d’une agression et cela nous permettra de ne pas perdre tous nos moyens qui seront déjà bien entamés par l’impact psychologique de l’agression.

 

– PV : De nos jours, les agressions (physique ou verbales) sont malheureusement devenues courantes pour les parisiens et parisiennes, sans parler de risques d’attentats. Quel serait le point fort du CBR pour les citoyens « lambda » et en particulier aux femmes ? Car il apparait que le CBR prends en compte et mets en avant la préparation psychologique face à une agression afin d’avoir le plus de moyens possible si un malheur se produisait.

 

David  : La connaissance est la clé de tout. Si je vous demande combien font 2 + 8 vous saurez me répondre parce que vous l’avez appris à l’école, c’est en vous, vous n’avez normalement même pas besoin de réfléchir.

Une situation conflictuelle est pareille, si vous avez appris à analyser votre environnement, gérer votre gestuelle, utiliser le bon vocabulaire, vous réussirez peut-être à éviter d’en venir aux mains parce que vous saurez le faire.

Le self défense ne doit pas se limiter à des techniques de combat, le pratiquant doit maîtriser toutes les composantes comme la psychologie, la législation, la prise d’informations… car il est facile de frapper mais il faut aussi pouvoir en assumer les responsabilités.

Si le dialogue n’a pas fonctionné et qu’il a fallu aller à la confrontation, vous devez penser qu’il faudra porter assistance à votre agresseur si vous l’avez blessé, où au moins aviser les secours, mais il faudra aussi vous justifier devant un officier de police judiciaire et peut être même devant un tribunal, d’où l’importance de savoir expliquer la situation et pouvoir justifier vos actions par rapport à la loi.

En tant que victime ou témoin vous devez également savoir quoi faire et quoi dire pour informer les forces de l’ordre avec un maximum de précisions (Ou ? Combien de personnes ? Descriptif ? Arme ? …)

Sur l’aspect opérationnel le Combat Russe est adapté aux femmes puisque nous travaillons sur l’absorption et l’évitement plutôt que sur le blocage « dur », par conséquent cela gomme grandement l’avantage poids / puissance d’un gabarit plus imposant que soi-même.

Nous recherchons la sortie d’axe en permanence, être hors de la ligne d’attaque, pour fuir, ou agir.

 

PV : Le Combat Russe venant de Perm, des stages sont régulièrement organisés en Russie, à qui s’adressent ils ? Et quels sont leur point forts ?

 

David  : Des stages ont lieu chaque année en France et en Russie afin de permettre aux pratiquants de s’entraîner à la source et dans des conditions différentes de leur confort habituel.

Se battre sur un sol gelé ou avec de la neige jusqu’aux genoux vous oblige à modifier votre prise d’appuis au sol si vous ne voulez pas passer votre temps par terre.

Le gros point fort de ces stages est la cohésion puisque nous passons 5 à 6h à nous entrainer ensemble chaque jour tout en incluant des visites, dégustations et activités propres au lieu du stage.

Le Combat Russe n’est pas qu’un système de combat mais surtout une grande famille.

 

PV : Il existe une forme sportive du Combat Russe, pourra-t-on prochainement assister à des compétitions ?

 

David  : En effet le Combat Russe dispose d’une forme sportive qui permet aux pratiquants de participer aux Championnats de Combat au Corps à Corps, en Russie et au niveau international.

Il est vraisemblable que des compétitions auront lieu en France à l’avenir, mais le chantier pour structurer la discipline dans l’hexagone est encore long, et les compétitions seront la cerise sur le gâteau.

Néanmoins les combattants de bon niveau peuvent participer aux championnats russes grâce à nos partenariats avec Vladimir Khudenkikh.

En France nous sommes actuellement affiliés auprès de la Fédération Française du Sport Travailliste (FFST) qui est multisports et regroupe en matière d’arts martiaux et sports de combat : Krav Maga, Penchak Silat, Sambo, Jiu Jitsu Brésilien, Kempo, Combat Russe,…

 

PV : En conclusion, avec votre expérience  : pourriez-vous nous donner votre avis sur le self défense et les clubs d’une manière générale  ?

 

David  : Pour conclure je voudrais dire qu’il n’existe pas de systèmes plus performants que d’autres mais qu’il s’agit surtout de trouver celui qui vous convient et ne vous ment pas.

Il faut savoir pourquoi vous le pratiquez. Est ce pour l’entretien physique ? Pour apprendre à vous défendre dans la rue ? Pour faire du combat en compétition ? … et en fonction de cela n’hésitez pas à tester un cour d’essai et à poser vos questions à l’instructeur.

Si son CV indique « grande expérience de bagarre de rue ».

S’il vous garantie de vous apprendre à tuer vos 3 agresseurs en 6 mois de pratique et vous montre comment conclure tous vos enchaînements avec un coup de pieds au visage alors que vous avez une prothèse de la hanche, posez vous les bonnes questions.

Merci à David, pour ceux qui souhaitent découvrir ce système de défense vous pouvez suivre ses cours au Kajyn (13 rue Faidherbe 75011 Paris) les mercredi et vendredi de 20h à 22h30.

Le site : www.combat-russe.com

Noël Prunier

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