Manger de la viande : le nouveau crime contre l’humanité - ParisVox

Manger de la viande : le nouveau crime contre l’humanité

Paris Vox – Dans cette tribune, François-Xavier Consoli dénonce la nouvelle mode du « veganisme » et défend les affreux « mangeurs de viande ».


L’assaut est général et généralisé. A l’image du démocratique et obligatoire Charlie, le « je suis » comme tout bon slogan de communication, peut s’adapter à n’importe quelle cause. Le politiquement correct s’emparant de tout. Après « je suis Charlie », « je suis Bruxelles », « je suis Juif », la prochaine bulle narcissique « je suis… » sera « je suis vegan », ou « je suis végétarien. » Tout comme n’importe quel autre secteur de notre vie, l’alimentation n’échappe pas à l’emprise globale de notre système politico-économique idéal. Véritable mine d’or pour l’industrie, le contenu de notre assiette relève aussi de la morale, et s’avère être l’objet des moralisateurs du XXIème siècle. Dans une sorte de reprise new-âge de l’écologie et du végétarisme, sans évidemment rappeler le foyer politique d’où émane cette dernière (cela nous ramènerait aux heures les plus sombres de notre histoire), l’anathème envers les mangeurs de viande semble devenir un objet de mode, et manger de la viande, une pratique des plus « barbare. »

Brouter de l’herbe sauvera-t-il la planète

Il est vrai que supprimer la viande de notre alimentation peut paraître séduisant. Militant de la cause animale, ou seulement soucieux du sort de la planète, pourquoi ne pas revenir sur cette évidente production destructrice de l’environnement, et moralement insoutenable. Terminer les vastes espaces de production type ferme des 1000 mille vaches, multiplier par 100 dans certains Etats nord-américains et qui s’étendent à perte de vue. Économie des matières nécessaires à l’élevage de nos amis à pies et à laine. Réduction des maladies cardio-vasculaire, et autres conséquences désastreuses dans nos sociétés occidentales sur notre santé. Une alternative en somme. Mais, tout comme le concept même d’écologie, qui accompagne la destruction progressive du monde par notre système économique, mais avec un supplément d’âme, envisager notre futur bol alimentaire par la racine de soja et le maïs transgénique comme la prochaine étape nécessaire aux bien être de tous, semble un peu trop 0 % en termes de contenu.

Le débat est même catapulté direction la stratosphère par les intégristes du vert alimentaire, avec les antispécistes, fringants héritiers des théories new-wave des années 1970, et têtes pensantes des courants vegan, végétarien, et adorateurs de salades vertes. L’idée des bougres est très simple (et pas simpliste, oh grand dieu non) : toutes les espèces se valent, et de toute façon, l’homme n’étant pas en mesure de comprendre la pensée intrinsèque d’un veau, n’a pas les capacités de mesurer ses désirs, sa volonté, ses espérances, son rapport à ses semblables, à la mort, à Dieu, à la passion incroyable qu’il éprouve pour une femelle vachette qui le scrute de son regard concupiscent depuis 3 jours à tel point qu’il n’y tient plus…

Mais plus que ça, la mise sur le même pied d’égalité de l’homme et de l’animal, dans une logique du « même », démarche qui revient à nier toutes différences, et prônant le sempiternel racisme envers tel ou tel, bute sur un point essentiel. En effet, nier toute différence sur ce point de l’animalité, revient à nier ce qu’est l’homme. Les mêmes qui protègent les animaux, n’ont par ailleurs aucun problème à défendre avec virulence le droit à l’avortement, la PMA-GPA, qui revient à louer le ventre des femmes, et vendre des enfants, comme des objets, toujours au nom de la morale de l’équité et de l’égalité.

Calé sur l’obligatoire « droit de l’hommisme », lorsque les droits de l’homme sont devenus l’alpha et l’oméga de toutes les perspectives intellectuelles des débats moraux et éthiques, cette « bien pensance » urbaine, va prendre en charge le secteur alimentaire et participer au lavage de cerveau massif voulu par lecapital. Mais au nom du bien, évidemment !

«  Haro sur le salaud passéiste à tendances fascisantes nauséabondes qui oserait savourer sa tranche de foie, légèrement revenu dans un peu d’huile de noix, sans aucuns scrupules à commettre son crime ! », lance déjà l’anti-spéciste. Mais que les partisans du confit de quinoa calment leurs ardeurs. Il n’est pas question de nier la douleur animale, ou les traitements violents subi par le petit agneau dans les chaînes de charcutage industrielles. Et c’est précisément là qu’il s’agit de faire la distinction entre le spectacle enkylosant, devant lequel le spectateur sensible, va crier sa douleur et sa souffrance à voir ce charcutage à grande échelle, et la remise en question définitive de la production alimentaire moderne, à des années lumières de l’équilibre traditionnel de notre vieille paysannerie.

Nombres de sujets sont ainsi traités sans aucune profondeur, se contentant de rester à l’écume de l’émotionnel et de la leçon de morale. Postulat qui conduit fatalement à la scission de l’intelligence entre le « pour » ou « contre », point. Pas de nuances. Notre nourriture demeurant bien au contraire une palette de saveurs et de variétés absolument incroyable.

La nourriture : toute une histoire

L’attaque massive contre l’alimentation carnée pourrait sembler anodine. Mais c’est un amas de skuds suréquipés en « moraline », et servant à la destruction progressive de l’homme. Par des démonstrations provoquant soit l’hilarité ou une grande tristesse, les défenseurs les plus virulents de cette pensée ne se privent jamais de balayer d’un revers de main ce qui fait un homme, ce qui fait les cultures, l’altérité.

Car le régime alimentaire ne se jette pas comme le gobelet plastique Starbucks camarade ! De Moscou à Pékin, en passant par Strasbourg, Munich, Milan, Lima, ou Yaoundé, la nourriture, est, et demeure, une histoire, l’histoire des hommes. En effet, c’est au cours de milliers d’années de culture, de transformations, de tentatives plus ou moins fructueuses que le bol alimentaire de l’homme s’est construit. Que l’on se rassure, le MacDo dégueulasse mais universel et dévastateur pourra devenir vegan et verdâtre à souhait, il ne fera que pulluler aux quatre coins de l’hémisphère. Bien au-delà des considérations morales sur une question où il est absolument stupide et vain de vouloir les appliquer, cette compote de pensée et de problèmes qui n’existent pas, sert, une fois encore au nom du bien, le système capitaliste.

L’idée anti-spéciste, aussi généreuse se veut-elle, ne tient guère face à l’histoire. Tout au long de son évolution, de l’Homo Habilis à l’Homo Erectus, la capacité (au combien injuste) de l’être humain à appréhender l’outil, la cohésion du groupe, l’élaboration des techniques de chasse, a fait de la viande, l’un de ses aliments privilégiés, mais pas unique. Par la capacité du groupe d’hommes en chasse à s’organiser, chacun à assurer un rôle déterminant dans des endroits de plus en plus risquée, l’homme a pu jeter les bases de certains rapports sociaux indispensables à la fondation de sociétés viables et désintéressés. Caroui, se nourrir ne relève pas d’un acte ignoble. Autrement, même le beau tigre du Bengale et le requin blanc du Pacifique, farouches prédateurs eux aussi, sont de fieffés salauds !

D’après les données archéologiques et les analyses biogéochimiques, les Australopithèques, robustes et graciles, et les premiers représentants du genre Homo d’Afrique étaient des omnivores opportunistes, consommateurs de plantes, d’invertébrés, mais également, dans une moindre mesure, de mammifères. Ces premiers Hominidés étaient suffisamment organisés pour dérober aux carnivores des morceaux de proies encore riches en viandes et les rapporter auprès de caches d’outils en pierre ou dans leur habitat pour les dépecer et les consommer. Alors, s’ils étaient capables de s’emparer de carcasses fraîches, ce qui nécessite certaines aptitudes, ils pouvaient tout aussi bien chasser de petites proies ou des jeunes animaux, à la main comme le font certains chimpanzés et babouins, ou à l’aide de pierre. Par ailleurs, pour Nicholas Toth, le développement, vers 2 millions d’années, des outils lithiques qui attestent de l’acquisition de capacités cognitives typiquement humaines résulterait d’un changement dans l’exploitation des ressources alimentaires, avec une consommation accrue de viande. Marylène Patou-Mathis, Mangeurs de viande De la Préhistoire à nos jours, 2009

A cent mille lieux de la consommation industrielle actuelle, cette pratique de chasse décrite par cette préhistorienne, est identique dans sa compréhension profonde de l’environnement à celle pratiquée par lesSioux du Dakota, les Hadza de Tanzanie, ou les chasseurs Celtes, et implique un respect de l’écosystème de l’animal. Autrement dit, un tout, et non pas un individu. Le facteur moral que les anti-spécistes et autres intégristes de l’assiette estiment devoir imaginer ne fait que justifier , en dernier analyse, la nécessité pour l’homme moderne de se couper de son histoire, de sa particularité, de sa capacité à la distinction. Justifiant par là même la continuité du cycle de consommation capitaliste : plutôt que renverser le système, l’accompagner avec des anathèmes moraux. A l’heure du délire narcissique poussé à l’extrême, nos sociétés du droit généralisé jusqu’à nos draps de lit et notre façon de nous nourrir, ont poussé la théorie du droit de l’animal vers des sphères de délire sans précédent.

Manger liquide, pour un monde liquide

Facteur de reconnaissance et de distinction géographique, la programmation « en marche » de la fin du carné a une signification très lourde pour notre rose avenir de pilules protéinés et de milk-shake de synthèses. Par cette volonté d’uniformisation du monde entier, encore et toujours au nom du bien et de la non-discrimination (pas d’amalgames surtout !), les prosélytes de cette évolution de l’homme font bien comprendre au criminel appréciant son entrecôte saignante qu’il ne vaut guère mieux qu’un indien commanche avant le passage du rouleau compresseur de la belle civilisation capitaliste, qui va lui apprendre ce que c’est que le droit !

Plutôt que nous gaver le citron avec des steaks de pissenlit, les anti-spécistes et autres écolos devraient non pas remettre en cause la viande, mais le steak frelaté, gavé d’hormones des grandes firmes et des institutions politiques qui facilitent leur implantation en Europe. En termes politiques, et non plus moraux, un lobby n’est pas mieux qu’un autre. Le problème n’est donc pas moral, mais profondément politique, la viande n’étant pas un objet a analysé en terme éthique. Le fait de se nourrir relève bien plus d’une question naturelle, politique et économique. Se rendrait on alors compte que la vraie question n’est pas moins dans notre bol alimentaire, mais sur nos modes de vie délirants, coupés de toute relation au sacré et à l’essentielle ?

« Pourquoi donc le coton, la pomme de terre et l’eau-de-vie sont-ils les pivots de la société bourgeoise ?

Parce qu’il faut pour les produire, le moins de travail, et qu’ils sont par conséquent au plus bas prix.

Pourquoi le minimum du prix décide-t-il du maximum de la consommation ? Serait-ce par hasard à cause de l’utilité absolue de ces objets, de leur utilité intrinsèque, de leur utilité en tant qu’ils correspondent de la manière la plus utile aux besoins de l’ouvrier comme homme, et non de l’homme comme ouvrier ? Non, c’est parce que dans une société fondée sur la misère, les produits les plus misérables ont la prérogative fatale deservir à l’usage du plus grand nombre. » Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847

 

François-Xavier CONSOLI

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