Élections présidentielles américaines : comment se finance le « show » ?

Élections présidentielles américaines : comment se finance le « show » ?

Paris Vox (Tribune)  – Maintes fois copié, mais jamais égalé, le show de la présidentielle américaine est sans commune mesure avec nos campagnes de péquenots dans notre bonne vieille Europe. Le phare de la démocratie se doit d’être le plus éclairant possible. Et pour que ça brille, il faut du billet vert. Tour d’horizon du financement des campagnes américaines.

«  L’argent est le nerf de la guerre  !  » Cela est d’autant plus vrai dans les élections américaines. Au long des décennies, les différents candidats à l’investiture, démocrates ou républicains, ont fait évoluer leurs méthodes de financement.  La loi Tillman de 1907 stipulant que les élections doivent faire l’objet d’un financement public, les choses vont évoluer à partir des années 1970. Le temps passant, les moyens de communications se multiplient  : meetings, spots télévisés, augmentation du nombre de permanences réparties dans chaque État, communication sur internet…les candidats vont progressivement faire appel aux donations directes des électeurs pour financer leur campagne. En 2012, le camp démocrate est parvenu à lever près d’un milliard de dollars pour la réélection de Barack Obama. C’est ce dernier qui fera exploser les plafonds de dépenses à partir de la campagne présidentielle de 2008. Rappelons les records détenus par l’ex président démocrate, qui fait «  groover  » les indicateurs de dépenses lors des élections de 2008, avec plus de 779 millions, et 743 millions en 2012.

La campagne de 2016 sera elle aussi particulièrement dispendieuse, avec un Donald Trump atteignant les 410 millions, et une Hillary Clinton galopant fougueusement derrière le détenteur du record, avec un budget de campagne dépassant les 770 millions de dollars.

Pour celle de 2020, Donald Trump et Joe Biden, feront toujours autant preuve de prodigalité. A  quelques jours de l’élection, les frais des deux candidats sont estimés à plus de 563 millions de dollars (soit 474 millions d’euros).  

Dons privés plutôt que dons publics

Pour rassembler ces budgets de campagnes, les postulants au Bureau ovale font appels aux dons, privés et publics.

Les dons publics demeurent peu utilisés par les candidats. En effet, les montants de ces aides, allouées par la Commission fédérale électorale (Federal Election Commission ou FEC), créée en 1974, impliquent une surveillance importante de l’État, et imposent aux différents compétiteurs un plafond de dépenses strict. Ces derniers devront également renoncer aux dons privés une fois leur mandat parvenu à terme.

Des dépenses moins importantes et plus transparentes qui ne semblent pas suffire aux campagnes électorales récentes, très gourmandes en billets vert.

Il en est tout autrement avec l’argent offert par les mécènes et organismes privés. Afin de surveiller les donations, celles-ci sont  «  passées aux cribles  » par les Comités d’Action Politiques (PAC). Ces derniers se chargent notamment de la publication de l’identité des sponsors, avec un plafond de verre ne dépassant pas 5000 dollars pour les particuliers. La législation ne permettait pas aux entreprises et organismes privés de verser directement de l’argent sur les comptes de campagnes d’un(e) candidat(e).

Cependant, la Cour suprême américaine est venue chambouler le règlement en 2010. Par son arrêt Citizens United vs. Federal Election Commission, il est désormais possible pour n’importe quels entreprises ou syndicats d’apporter son soutien financier à un candidat, et ce sans aucune restriction. Ce qui explique l’explosion des sommes allouées aux différents candidats lors des élections présidentielles de 2012.

Le candidat républicain de l’époque, Mitt Romney, fut l’un des premier à bénéficier du soutien des désormais «  Super PAC  » en déclarant  : « corporations are people ». Bien que décriés par le candidat démocrate Barack Obama à cette période, ces «  super moyens  » ont très vite été utilisés par les deux camps.

Pour rappel, les seuls «  Super PAC  » avaient permis à cette période de lever près de 380 millions de dollars. A eux deux, le candidat républicain et démocrate sont parvenus à faire monter le coût de leur campagne de 2012 à 2,6 milliards de dollars. Et toujours pour faire dans la démesure, précisons que les budgets publicitaires ont également explosé, passant de moins de 4 milliards en 2010 à plus de 10 en 2020.

Sujet longuement évoqué en tout début de course en 2016, le candidat milliardaire Donald Trump, a toujours souligné le fait que, lui, était déjà «  très riche  », et qu’il ne lui fallait personne pour financer sa candidature. Et au pays de l’Oncle Sam, un candidat peut consacrer autant d’argent qu’il veut à sa campagne et puiser dans sa  propre fortune de façon illimitée, à l’avantage d’un Mike Bloomberg, ou d’un Donald Trump. Ce dernier a d’ailleurs déboursé 60 millions de dollars pour sa propre campagne en 2016.

Pour celle de 2020, le président sortant (candidat et Comité national républicain compris) a récolté un joli pécule  : près de 1,49 milliards de dollars. Profitant notamment de nombreux dons de ses supporteurs. Joe Biden, à la traîne pendant un moment, semble profiter de nombreux dons qui affluent au Comité national démocrate depuis septembre. Suffisant pour l’emporter  ? Les talbins, comme les promesses électorales, s’envolent vite.

                                                                                       François-Xavier CONSOLI