Sainte Greta : l’arbre qui cache les billets

Sainte Greta : l’arbre qui cache les billets

Féroce et décidée, de la COP 24 en Pologne, au Forum de Davos, des unes de presse aux 20h, en passant par des images, quasi pieuses, de l’enfant lors des « manifestations pour le climat », on ne peut échapper à Greta Thunberg. Un visage d’ange qui parfois se pare de grimaces, et dont le vernis sous-jacent est bien vert, comme le dollar.

« Nous vous regarderons  ! » affirme-t-elle de ses yeux accusateurs lors de son discours à l’ONU le 23 septembre dernier. «Vous avez volé mes rêves et mon enfance, comment osez vous  ? » Les sanglots dans la voix, le poing vengeur. Même Meryl Streep n’aurait pas fait mieux. Le monde a sa nouvelle rock star. Et comme toute belle âme qui s’engage dans une cause noble, il est très vite suspect de s’interroger sur ce personnage, qui tend de plus en plus vers la caricature. Opération de communication retransmise sur toutes les ondes, conférences, interventions,  réceptions et actions planétaires pour nous rappeler l’imminence du cataclysme écologique qui vient, Greta Thunberg nous « alerte sur l’état du monde  ! ». Urgence climatique  ? Certes. Mais savoir d’où vient Greta, c’est bien aussi.

Les réseaux de la révolution verte…

Tel une icône religieuse, ou le visage de Big Brother, son minois à bonnet et ses couettes bien peignées nous sont familier depuis un an. Militant pour un « réveil des consciences » quant à la situation écologique, sa grève scolaire, et ses interpellations aux décideurs de ce monde ont fait de l’adolescente la nouvelle voix de l’écologie. Une vague mondiale se soulève, en général très jeune, et réclame des mesures. C’est le cas notamment en France, avec l’ONG Youth for Climate, fondée début 2019 en Belgique et dont la marraine n’est autre que Greta Thunberg. Organisation qui s’internationalise très rapidement, et structure de nombreuses manifestations contre le réchauffement climatique. Certes, qui aime se repaître du massacre des bébés phoques sur la banquise  ? Personne. Mais l’urgence ne fait pas pour autant place aux solutions. Les jeunes manifestants demeurant avares de solutions, se suffisant de slogans un peu trop lyriques et de provoc assez contre-productive. Mais pas d’inquiétude, les réseaux, derrière leur égérie, ont des solutions. C’est d’ailleurs pour cela qu’on l’utilise.

La première mention de la suédoise de 16 ans, Greta Thunberg remonte à un tweet d’août 2018  : « Une jeune fille de 15 ans devant le parlement suédois fait la grève de l’école jusqu’au jour des élections dans 3 semaines. Imaginez à quel point elle doit se sentir seule sur cette photo. Les gens passent par là et continuent comme si de rien n’était. Mais la vérité c’est qu’elle le sait ! » Publié sur le compte de la start-up « We don’t have time » (https://www.wedonthavetime.org/about-us), cette dernière se décrit comme « un réseau social pour toutes les personnes qui veulent lutter contre la crise climatique. » Réseau social ou sorte de facebook vert, mais aussi rampe de lancement de campagne de communication et d’actions médiatiques. Son fondateur Ingmar Rentzhog, diplômé en économie et en intelligence artificielle, est également membre de la « Force de frappe de la politique européenne du climat » (https://ec.europa.eu/clima/about-us/mission_en) et de l’association fondée par le militant écologique Al Gore, « The Climate Reality Project » (https://en.wikipedia.org/wiki/The_Climate_Reality_Project). Ce dernier est aujourd’hui le principal investiseur de 14 sociétés dites « vertes ». Une belle mise pour ce cher Al qui prédisait déjà l’extinction du monde dans 10 ans…en 2006.

A cela s’ajoute sa place au bureau de direction de l’une des plus importantes agences immobilières de Suède  : Svenska Bostadsfonden, dont le principal pourvoyeur de fonds est la plate-forme participative « FundedByMe »  : un tissu d’entreprises dont le principal moteur est la communication. Car c’est précieusement par ce biais qu’elles trouvent leurs financements.

Dernier point. Peu de temps avant ce fameux tweet, Ingmar Rentzhog devient président-directeur du think tank Global Utmaning. En matière de « défis économiques » sur lesquels ce think-tank apporte son expertise, il indique  : « Il faut un nouveau modèle de croissance verte, circulaire et inclusive qui crée de la valeur, du travail et du bien-être. » (https://en.globalutmaning.se/) Afin de mieux lancer ses nouveaux programmes économiques, le think tank annonce en janvier 2019 sa collaboration avec Global Shapers, une instance de jeunes cadres et dirigeants d’entreprises. Ils se définissent ainsi  : « Âgé de moins de 30 ans et travaillant dans divers domaines, les Shapers constituent un réseau de hubs fondé et dirigé par la prochaine génération. ». La start-up nation macronienne n’aurait pas fait mieux. Précisons que ce « hub » est une émanation du Forum Économique Mondiale (https://www.weforum.org/agenda/2011/10/who-are-the-global-shapers/)

Une nouvelle économie verte en perspective, chaudement recommandée par ces différents organismes.

Une icône au service du « business vert » ?

…et la madone qui va avec.

Devenue « administrateurs conseillers spéciaux pour la jeunesse » pour We Don’t Have Time dès la fin 2018, c’est dans un article rédigé par David Olsson, directeur Général délégué de l’association que l’on comprend le rôle déterminant de la jeune Greta Thunberg pour faire de l’urgence climatique un vrai produit, qu’il faut vendre  : « Greta est devenue une championne du climat et a essayé d’influencer ses proches. Son père écrit maintenant des articles et donne des conférences sur la crise climatique, alors que sa mère, une célèbre chanteuse d’opéra suédoise, a cessé de prendre l’avion. Tout ça grâce à Greta. Et il est clair qu’elle est allée encore plus loin en influençant le débat national sur la crise climatique, deux semaines avant les élections.  et en moins de 24 heures, nos messages sur Facebook et nos tweets ont reçu plus de vingt mille likes, partages et commentaires. Il n’a pas fallu longtemps aux médias nationaux pour s’en rendre compte. Dès la première semaine de grève, au moins six grands quotidiens, ainsi que la télévision nationale suédoise et danoise ont interviewé Greta. Deux chefs de parti suédois sont également passés lui parler. »

Greta a immédiatement eu vingt sympathisants qui s’assoient maintenant à côté d’elle. Sujet de nombreux reportages dans les journaux nationaux et à la télévision, elle a reçu des milliers de messages de soutien sur les médias sociaux. Les mouvements de jeunes, comme celui de Jaime Margolin, #ThisIsZeroHour, que #WeDontHaveTime a interviewée plus tôt, parlent avec une urgence nécessaire à laquelle les adultes devraient prêter attention. »

Car en effet, Greta Thunberg est désormais un nom, une « influenceuse. » Ces jouets des réseaux qui permettent de vendre une marque, un produit, ou une  idée, à grand renfort d’images, de formules chocs, ou de photos prises opportunément. Notons que l’exploitation médiatique de cette adolescente a eu pour principal effet l’embastillement complet de l’idée d’écologie au sein d’un débat entre les « climato-sceptiques », et les « chevaliers de la protection du climat. » Un clivage « gentils méchants- » qui arrange parfaitement les réseaux comme « We don’t have time », particulièrement binaire dans leur présentation de ces enjeux.

Rappelons que ce cher Ingmar Rentzhog, président du réseau social, dont les centaines de milliers de données et mails collectés valent leur pesant de cacahuètes, ne tweet pas à propos d’une étrangère quand il le fait en août 2018. Il participe déjà en mai de la même année à une conférence sur le climat avec la petite Greta. Le monde est décidément bien petit quand on décide si soudainement d’en prendre soin.

Pour les anglophones, cette intervention d’Ingmar Rentzhog, plus porté sur l’entreprise et le «benchmarking» que sur l’écologie est assez révélatrice :

https://scottamyx.com/2019/03/18/interview-with-ingmar-rentzhog-the-founder-of-we-dont-have-time/

Sincèrement impliquée dans son combat pour l’environnement, qui ne peut être minoré par toute cette vaste opération de communication, Greta Thunberg n’en demeure pas moins une icône, devenu sacrée, d’une progressive financiarisation de la nature. La chute n’en sera que plus dure, et le vrai problème, faussement abordé.

                                                                                              François-Xavier CONSOLI

Pour aller plus loin  : nous vous recommandons l’excellent séries d’article par Cory Morningstar , sur le site Entelekheia (http://www.entelekheia.fr/2019/07/18/la-fabrication-de-greta-thunberg-pour-consentement-acte-i-leconomie-politique-du-complexe-industriel-a-but-non-lucratif/)

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