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Moeurs et coutumes des Parisii (2/3)

Moeurs et coutumes des Parisii (2/3)

Paris Vox – C’est dans les histoires générales de la Gaule qu’il faut chercher les détails sur les mœurs et les coutumes des Parisii, applicables à toutes les grandes races kimri-gaëliques aussi bien qu’à la peuplade assez obscure dont Lutèce était la principale bourgade.


Les Parisii en société

Le peuple, chez les Parisii comme dans toute la Gaule, comprenait ceux de la nation qui n’appartenaient ni à la caste des druides, ni à l’ordre des équites ou nobles; il embrassait donc dans sa généralité les hommes libres et les colons.

Le premier apprentissage de la jeunesse noble était celui des armes. Ceux qui, dans le combat, prenaient la fuite ou perdaient leurs boucliers, étaient notés d’infamie. La coutume du duel était chez eux en honneur; c’était pour eux un moyen de vider tous les différends et d’établir la justice des causes. Comme les autres Gaulois, les jeunes Parises s’exerçaient à la nage; de bonne heure on leur apprenait l’art de monter à cheval; on les formait aux évolutions militaires.

La chasse dans les forêts était l’un de leurs délassements favoris; ils l’aimaient jusqu’à la passion, et ce jeu endurcissait leurs corps et tenait en haleine leur courage. Ils empoisonnaient quelquefois leurs flèches.

La noblesse était héréditaire et formait un ordre à part, au-dessous des prêtres et au-dessus du peuple. Soit qu’elle fût un patriciat basé sur des traditions religieuses, soit qu’elle ne résidât que chez les descendants des anciens chefs, elle ne conférait aucune prépondérance légale dans le gouvernement ni dans l’administration de la cité. Chaque noble parisii commandait à un certain nombre de familles; de là une hiérarchie de prescriptions et d’obéissance, un lien permanent et sacré, qui n’était, au demeurant, sous des appellations différentes, que la féodalité avant le christianisme.

Le vol était puni de mort lorsqu’il avait été commis dans l’enceinte de la ville; dans le cas contraire on l’excusait comme une industrie propre à former le courage ou à entretenir le mépris du danger. L’homicide de l’étranger était châtié plus rigoureusement que le meurtre du concitoyen. Le maître était juge de ses esclaves, mais il ne pouvait leur appliquer que les lois ordinaires du pays. Il était défendu de s’entretenir des affaires publiques hors du conseil et des assemblées de la nation; on devait se borner à informer confidentiellement le magistrat de tous les événements graves dont on avait le premier connaissance. Les tribunaux étaient présidés par les druides, qui semblaient ainsi s’être réservé le monopole de la justice. Les druides excluaient des sacrifices ceux qui ne s’en tenaient pas à leurs décisions, et cette excommunication plaçait les interdits au rang des scélérats et des impies que chacun fuyait avec horreur. Quant aux esclaves, ainsi qu’on vient de le voir, leur condition était loin d’être odieuse et intolérable comme à Rome; ils étaient plutôt les valets de ferme ou des serfs tributaires que de véritables esclaves. On payait un droit pour les marchandises que transportait le commerce, et c’était une source importante de revenus pour les habitants de Lutèce.

La langue des Parisii, comme les autres idiomes gaulois, n’a point survécu aux siècles; mais quelques débris de ce langage, qui fut celui des peuples du Nord, subsistent encore dans la Grande-Bretagne et dans nos départements armoricains.

L’art de l’écriture ne leur était point étranger; ils s’en servaient dans leurs actes publics et dans les transactions civiles. Il paraît qu’ils employaient des caractères à peu près semblables à ceux qui étaient en usage chez les Grecs, mais ils leur donnaient une signification différente. Il est probable que les caractères dont ils se servaient pour écrire avaient été introduits dans la Gaule par les navigateurs phéniciens. Les druides s’abstenaient de se servir de ces caractères pour transmettre aux peuples leurs maximes et leurs doctrines; ils usaient d’un langage hiéroglyphique, dont les éléments étaient empruntés au règne végétal : c’était la langue des Rhin ou Run, c’est-à-dire des mystères. « Je connais, dit un chant des bardes, la signification des arbres dans l’inscription des choses convenues. Les pointes des arbres imitateurs, que murmurent-elles si puissamment, ou quels sont les divers souffles qui murmurent dans les troncs? Lorsque les rameaux furent marqués sur la table des sentences, les rameaux élevèrent la voix. »

Amédée Gabourd