Histoire de Paris : Céline et le passage Choiseul - ParisVox

Histoire de Paris : Céline et le passage Choiseul

Paris Vox- Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues, ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


Céline : un auteur et son passage.

Fernand Destouches est « correspondancier » (selon les mots de Céline) dans une compagnie d’assurance, « Le Phénix ». Son épouse, Marguerite Guillou, est propriétaire d’un magasin de mode, à Courbevoie. C’est dans un appartement attenant à ce magasin que, le 27 mai 1894, naît Louis Destouches qui se fera connaître plus tard sous le nom de plume de « Céline » ou encore « Louis-Ferdinand Céline ». En 1899 que la famille Destouches va s’établir dans le passage Choiseul. Au numéro 67, d’abord, où Marguerite Guillou-Destouches ouvre un magasin de « nouveautés », puis, à partir de 1904, au n°64, et ce jusqu’en 1907. C’est donc au « Passage » que Louis-Ferdinand vivra toute son enfance. Le 12 mai 1936, Denoël et Steele publient Mort à crédit dans lequel  Céline immortalisera le passage Choiseul, rebaptisé par ses soins « Passage des Bérésinas » ou sa « cloche à gaz » (référence à l’installation de l’éclairage au gaz dans la galerie). Il y décrira sa vie, son enfance, dans la boutique du « Passage » : « Fallait se méfier du vol et de la casse, les rogatons c’est fragile. J’ai défiguré sans le faire exprès des tonnes de camelote. L’antique, ça m’écoeure encore, c’est de ça pourtant qu’on bouffait. C’est triste les raclures du temps…c’est infect, c’est moche. On en vendait de gré ou de force. Ca se faisait à l’abrutissement. On sonnait le chaland sous les cascades de bobards… les avantages incroyables…sans pitié aucune…Fallait qu’il cède à l’argument…Qu’il perde son bon sens…Il repassait la porté ébloui, avec la tasse Louis XIII en fouille, l’éventail ajouré bergère et minet dans un papier de soie. C’est étonnant ce qu’elles me répugnaient moi les grandes personnes qui emmenaient chez elles des trucs pareils… » (Mort à crédit).

Après son enfance au « Passage », Louis-Ferdinand passera son adolescence à l’étranger, de pension en pension : en Allemagne (1907-1909) d’abord (Diepholz, près de Hanovre : un an ; Karlsruhe : quatre mois), puis en Angleterre, où il sera pensionnaire de deux collèges, de février à novembre 1909. Revenu à Paris en 1910, il entre en apprentissage chez un marchand de tissus puis, successivement, chez trois joailliers. Le 28 septembre 1912, Louis-Ferdinand s’engage au 12e régiment de cuirassiers de Rambouillet. Blessé au bras (et non à la tête, comme on le croit souvent) dans les Flandres, durant la première guerre mondiale, il est affecté au service des passeports au consulat général de France, à Londres, en janvier 1915. Fréquentation des music-halls et du milieu des proxénètes français de Londres. En mars 1916, il est engagé comme « surveillant » de plantation à Bikobimbo, au Cameroun. Durant la traversée qui le mènera de Liverpool à Douala, il écrit son premier texte connu Des vagues. Rapatriement en France, en mars 1917, pour cause de dysenterie. En juillet 1919, Louis passe son bac à Rennes, puis entreprend des études de médecine. Mariage avec Edith Follet, le 19 août de la même année. Le 1er mai 1924, il présente sa thèse consacrée à l’œuvre de Philippe Semmelweis. A noter que Louis-Ferdinand sera engagé par deux fois par la société Rockefeller, en mars 1918, dans le cadre d’une campagne contre la tuberculose, et en 1924, année où il sera mis à la disposition de la commission d’hygiène de la SDN ; il s’installe à Genève. 1925-1926 : missions médicales aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie. Juin 1926 : divorce d’avec Edith Follet. 1928-1929 : début de la rédaction de Voyage au bout de la nuit.1932, mise en vente du roman pour lequel son auteur obtient le prix Renaudot. En 1935, il rencontre Lucienne Almanzor, qu’il épousera en 1943. Publication de Mort à crédit, le 12 mai 1936.

Publication des célèbres pamphlets antisémites Bagatelles pour un massacre (décembre 1937) et L’Ecole des cadavres (novembre 1938). Céline participe à des réunions d’officines antisémites et correspond avec leurs animateurs. Polémique autour de L’Ecole des cadavres, dont six pages litigieuses seront finalement retirées. Publication des Beaux Draps en 1941. Sous l’Occupation (1941-1944), Céline poursuit son œuvre littéraire : nouvelle édition de Mort à crédit, réédition de L’Ecole des cadavres et de Bagatelles pour un massacre. Dans Au pilori, Céline appelle à la constitution d’un parti unique et à une réunion des personnalités anti-juives. Il assiste aussi à un meeting de Jacques Doriot au Vel d’Hiv, puis se rend à Berlin. En 1944, sentant le vent tourner, le couple Destouches, accompagné de leur chat Bébert, entreprend de partir pour le Danemark, où Céline a mis de l’argent en sûreté. Dès le 17 juin 1944, commence alors pour eux un périple qui les conduira successivement à Baden-Baden, Berlin, Kraenzlin, Sigmaringen, Flensburg et Copenhague (27 mars 1945), où Céline et sa femme seront finalement arrêtés, en décembre 1945. Si son épouse est rapidement relâchée, l’auteur, lui, restera en prison jusqu’au 24 juin 1947. En mai 1948, le couple Destouches s’installe dans la propriété de leur avocat danois, à Klarskovgaard. Si Céline est condamné, le 21 février 1950, à un an de prison, à 50.000 francs d’amende, à l’indignité nationale et à la confiscation de la moitié de ses biens, il n’en n’est pas moins amnistié en avril 1951. Au mois de juillet de la même année, le couple Destouches rentre en France, non sans appréhension : depuis l’assassinat de l’éditeur Robert Denoël, en décembre 1945, Céline craint les représailles. Aussi décide-t-il de s’installer, non à Paris, mais à Meudon. L’ensemble de son œuvre romanesque est réédité entre mars et mai 1952. Livraison des Entretiens avec le professeur Y  en juin 1954. Céline est plus actif que jamais et accorde notamment une trentaine d’interviews, entre 1957 et 1961. Il poursuit également la rédaction du troisième volet de la célèbre trilogie dans laquelle il évoque son périple à travers l’Allemagne en 1944-1945, soit Nord, D’un château l’autre et Rigodon. C’est le 30 juin 1961 qu’il achèvera la seconde rédaction de Rigodon. Céline meurt le lendemain d’une rupture d’anévrisme.

Eric TIMMERMANS.

 

Sources : Connaissance du Vieux Paris, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951, 1953, 1954 / Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris, Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979 / « Céline », d’après une chronologie d’André Derval, Magazine Littéraire – Février 2011, p.51 à 54 / Mort à crédit, Céline, Folio-Gallimard, 1972.

 

 

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